Commission d’enquête TikTok : un prétexte à la levée de l’anonymat ?

L’interdiction des réseaux sociaux aux enfants amènera-t-elle à ficher les utilisateurs adultes ?
Capture écran tiktok
Capture écran tiktok

Rédigé par des députés centristes et socialistes, le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs vient d’être dévoilé, ce jeudi 11 octobre. La plate-forme chinoise y est décrite comme un réseau « à l'assaut de la jeunesse », regorgeant de contenus « trash » et « néfastes ». Entre autres perles, les auteurs dénoncent un modèle algorithmique retors, « construit pour capter l'attention à tout prix, notamment celle du jeune public ». « La motivation première de TikTok n'est pas le bien-être de ses utilisateurs, elle a pour finalité unique le profit », y est-il encore écrit.

Avait-on vraiment besoin d’un rapport parlementaire pour nous apprendre que les multinationales chinoises ne sont guère animées d’ambitions philanthropiques ?

En amont de ce rapport, les députés avaient souhaité rencontrer des acteurs influents de TikTok, au mois de juin dernier. Plusieurs « influenceurs » avaient été auditionnés, donnant lieu à des échanges parfois tendus. Plusieurs créateurs de contenu avaient regretté des débats orientés, mettant exagérément en avant des personnes hautement controversées. « On aurait eu beaucoup plus à apprendre en écoutant les créateurs qui tentent d'avoir une approche plus éthique des réseaux sociaux, avait alors estimé Anna Baldy, tiktokeuse aux 200.000 abonnés. Il y avait beaucoup moins de députés à notre audition qu'à celle de ces influenceurs problématiques ; ils étaient trois, dans la salle… »

La méthode consistait-elle à mettre en lumière quelques moutons noirs afin de justifier la mise sous surveillance de l’ensemble du troupeau ?

Des recommandations potentiellement dangereuses

Fort de son constat, le rapport avance en tout cas 43 recommandations pour lutter contre les « effets dévastateurs » de la plate-forme sur la santé mentale des jeunes. Certaines sont fort légitimes : généraliser le dispositif « portable en pause » dans l'ensemble des établissements scolaires, interdire le téléphone dans les lycées ou encore opérer une décroissance numérique au sein de l'Éducation nationale. Plus surprenant, les députés évoquent la création d'un « délit de négligence numérique » pour « les parents irresponsables » qui laissent leurs enfants surfer sur TikTok sans surveillance. Mais la recommandation la plus problématique est celle que beaucoup redoutaient : l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Sur le papier, cette idée semble couler de source. Qui voudrait, en effet, que de jeunes enfants encore en pleine croissance aient accès à des contenus violents, islamistes ou pornographiques ? Aucun Français sensé. Mais comment s’assurer de l’âge des utilisateurs de TikTok, sinon en leur demandant de décliner leur identité administrative ? En d’autres termes, c’est la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux qui est demandée.

La fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux est d’ailleurs une vieille marotte du camp centriste, qui revient dans le débat avec une insistance toujours croissante. Cette revendication est également activement portée par nos institutions européennes qui poussent à la création d’un « portefeuille numérique personnel » pour chaque citoyen européen, d’ici la fin d’année 2026.

La reprise en main du récit médiatique

Fin août, le lanceur d’alerte Jon De Lorraine avait tiré la sonnette d’alarme, sur CNews : « Il faut vraiment mettre l’accent sur ce qui va se passer dans les prochaines semaines sur l’authentification sur les réseaux sociaux. On utilise la raison de protéger les enfants de moins de quinze ans […] mais il y a un gros risque pour tout le monde. » Un mois plus tôt, il précisait déjà sa pensée, sur X : « Le gouvernement veut en finir avec l’anonymat sur les réseaux sociaux. Officiellement, c’est pour "protéger les enfants". En réalité, c’est pour faire taire les voix dissidentes, effacer les comptes influents anonymes, étouffer les commentaires de colère sous les posts officiels, expliquait-il. L’anonymat protégeait des gens menacés, harcelés, parfois traqués jusque dans leur vie perso. Moi-même, certains ont tenté de me faire perdre mon travail. »

Y aurait-il, derrière le beau projet de « sortir nos enfants du piège TikTok », le désir caché de mieux contrôler l’ensemble des réseaux sociaux, ficher les influenceurs gênants et reprendre progressivement la main sur le récit médiatique ? Le système criera au conspirationnisme, bien entendu. Pourtant, le risque existe que les réseaux sociaux rejoignent la large cohorte des champs dans lesquels nos libertés se réduisent comme peau de chagrin. Et si la naïveté de nos grands moralistes européistes menait au pire, à une société de surveillance à la chinoise ?

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Il y a de nombreuses conneries sur ce réseau, mais dans l’absolu, pas plus que sur France Télévisions non ?
    Il y aurait aussi un sérieux ménage à y faire pour tous les manques d’intégrité dont font montre ses journalistes !!

  2. Les pouvoirs publiques veulent censurer les réseaux sociaux car ils sont la principale source d’information de celles et ceux qui veulent une information fiable en dehors de celle policée des médias « mainstream » et de la presse subventionnée pour diffuser la doxa gouvernementale.

  3. interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans, c’est ce qu’on appelle un vœu pieux. Lever l’anonymat est la seule mesure applicable à condition de l’assortir de sanctions significatives en cas de non respect et bien sur de les appliquer. Quant-à Tik-Tok (hors Chine où la liberté de penser est légendaire), l’interdire en Europe serait une bonne mesure, enfin !

  4. La levée de l’anonymat serait déjà, une excellente chose, car comme le dit un humoriste :
    « L’anonymat est le meilleur engrais pour faire pousser les C…. »
    On peut donc espérer qu’il y aurait (peut-être) un peu moins de violence écrite.

  5. L’écrivain Harari explique dans ses livres que le monde pourra tourner avec seulement 20% de la population. Il faudra bien surveiller les 80% restant.

  6. Non seulement TikTok a pour objectif de faire du profit (on ne peut l’en blâmer) mais encore et surtout, avec le soutien du gouvernement communiste chinois, il a celui d’abrutir complètement la jeunesse occidentale. Et il y réussit pleinement. En Chine, les contenus de TikTok ont des buts pédagogiques et les horaires d’accès sont limités.

    • Un petit bémol à votre article, l’anonymat et surtout l’utilisation de pseudos sur les réseaux engendre une violence verbale démesurée. Je n’utilise pas de pseudos ce qui me permet de modérer mes propos et surtout de mes assumer.

    • La jeunesse occidentale n’a pas besoin du gouvernement chinois pour être abrutie. Vous êtes toujours dans une vision manichéenne de la géopolitique : les gentils occidentaux, les méchants soviétiques et chinois, avec en plus culte de la personnalité

  7. « Et si la naïveté de nos grands moralistes européistes menait au pire, à une société de surveillance à la chinoise ? » le pire pour les citoyens ordinaires mais ce dont rêvent les dictateurs . Ainsi plus d’opposition.

  8. Ne serait ce pas un grand pas vers une dictature pure et dure ? pas le droit de dire ce que l’on pense du gouvernement et ses politiques, pas le droit d’écrire des pamphlets contre la société décadente, pas le droit de demander des enquêtes sur les dépenses des élites…etc ???

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