Coalition des droites : le fossé se creuse entre les électeurs et les états-majors

88 % des sympathisants RN et 82 % des sympathisants LR sont favorables à une « coalition des droites ».
Assemblée nationale
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Les électeurs de droite réclament désespérément une alliance électorale qui pourrait définitivement tourner la page de la gauche et de la Macronie. Pourtant, les réticences au sein des appareils sont tenaces.

Dans un sondage IFOP commandé par Valeurs actuelles, la volonté des Français, et plus largement des sympathisants LR et RN, de voir éclore un gouvernement de « coalition des droites » apparaît nettement majoritaire. 52 % des Français s’y déclarent favorables, un chiffre qui grimpe à 88 % chez les sympathisants du Rassemblement national, 82 % chez les sympathisants Les Républicains et 100 % chez les zemmouristes. Écrasante majorité de la base, donc, qui, contrairement aux ténors des partis politiques, s'exprime en faveur d'un rapprochement entre les formations politiques, à l'image de ce qu'a réussi à faire Giorgia Meloni en Italie.

Victoire dans le Tarn-et-Garonne

Un exemple électoral récent plaide en faveur de cette coalition. Dimanche 12 octobre, dans l’élection législative partielle de la 1re circonscription du Tarn-et-Garonne, le candidat UDR-RN Pierre-Henri Carbonnel a devancé son adversaire socialiste en emportant 52,06 % des suffrages. « Un tel résultat traduit l’avènement de l’union du peuple de droite dans le pays », s’est enthousiasmé Éric Ciotti. En effet, le député des Alpes-Maritimes, qui est le premier à avoir fait un pas vers le Rassemblement national en 2024, a fait de l’union des droites son cheval de bataille. Or, il est manifeste que, dans ce scrutin, le candidat du camp national a bénéficié d’un excellent report de voix de l’électorat LR au second tour (son candidat ayant obtenu 17,5 % des voix au premier tour). « Pas une voix pour la gauche », avait lancé Bruno Retailleau. Julien Aubert, vice-président LR, était allé plus loin : « Si j’étais un électeur de cette circonscription, j’irais voter pour le candidat de l’UDR. Je n’irais pas voter pour le candidat de gauche », avait-il lancé sur le plateau de BFM TV. Une victoire d’autant plus significative que les élections partielles, boudées par les électeurs, sont souvent défavorables au RN.

Les obstacles à une coalition des droites, Marion Maréchal tente de les briser. Depuis la fin de l’été, son discours offensif en faveur de l’union des droites n’est pas passé inaperçu. Sarah Knafo et Éric Zemmour plaident eux aussi pour cette union mais se servent des réticences du RN pour inviter les électeurs à se ranger derrière eux car, disent-ils, une fois en tête, ils feront cette union. Côté Rassemblement national, les récents propos de Jordan Bardella ont semblé faire bouger les plaques tectoniques. « S'il me manque quelques députés pour constituer une majorité absolue, je regarderai le résultat des élections et je tendrai la main autour de moi », disait, il y a une semaine, le président du RN. Une inflexion de ton remarquable alors que Marine Le Pen n’hésite pas, quant à elle, à affirmer qu'elle veut « sauver la France » plutôt que la droite. Les sympathisants LR ne s’y trompent pas, puisque 59 % d’entre eux plébiscitent Jordan Bardella pour diriger une coalition des droites, contre 36 % en faveur de Marine Le Pen.

Chat échaudé craint l'eau froide

C’est donc un fossé, qui se creuse entre les aspirations des électeurs et les propos tenus par l’immense majorité des parlementaires et stratèges au RN. Auprès de BV, l’eurodéputé Alexandre Varaut insiste pour une « union la plus large possible » qui comprendra, bien sûr, « bien des gens de droite », mais il ne souhaite pas oublier, non plus, les électeurs de gauche qui font partie des 35 % des Français à avoir rejoint le RN. Au Rassemblement national, on n’a pas la mémoire courte. Le discours des ténors de droite en faveur du front républicain a laissé des traces indélébiles. L’exclusion d’Éric Ciotti, il y un an et demi, par tous ses pairs, alors que ce dernier opérait un rapprochement avec Marine Le Pen, est une leçon, dit-on, dans les rangs du RN ; les LR pouvaient, aux dernières législatives, se joindre au RN ; ils l’ont refusé. « Tous ceux qui veulent se joindre à nous sont les bienvenus, souligne Alexandre Varaut, la balle est dans leur camp. On ne va pas aller les supplier, ils nous ont déjà claqué la porte au museau. »

Le calcul est rapidement fait, dans les rangs marinistes. Ce sondage montre qu’au second tour, l’électorat LR devrait se reporter massivement vers les candidats RN-UDR, faisant exploser le traditionnel « front républicain ». La certitude d’une vague patriote lors des prochaines élections législatives, qu’elles soient anticipées ou non en cas de dissolution, conforte l’état-major RN dans son choix stratégique : surtout ne pas pousser de discussions avec Les Républicains qui nagent dans un brouillard idéologique pathétique et particulièrement obscurci depuis ces derniers jours.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

59 commentaires

  1. Que les électeurs de LR n’oublie pas que cet ostracisme leur est défavorable (voir les dernières législatives, où la droite majoritaire a laissé la victoire aux magouilles de LFI) et qu’ils s’en souviennent lors des prochaines municipales : Arrêtez votre machine à perdre les élections !

  2. Mesdames Messieurs de la population Française, le courage ne doit pas venir uniquement de nos politiques, vous devez faire preuve de détermination, et faire passer le message suivant: Pas d’union, pas de vote.
    Nous, peuple de France, nous EXIGEONS l’union des droites. Les chefs de parti qui refusent, à dégager.

  3. Tant que ceux qui se revendiquent « de droite » (ce qu’il ne sont pas vraiment, en réalité) continueront à le proclamer, ils traîneront un boulet qui les empêche d’émerger. Ils acceptent de fait les calomnies de la gauche.

  4. Tant que Wauquiez préférera sa place de collabo de la macronie à l’union des droites … et tant que Retailleau n’osera pas créer la scission avec ces faux-c… du centre gauche pour rejoindre Ciotti…

  5. L’attitude des LR me fait inexorablement penser au sabordage méthodique le la flotte française en rade de Toulon. Ils sont les meilleurs alliés objectifs de l’emprise totalitaire de la « bien pensance » de gauche. A se demander s’ils ne sont pas commandités et payés par elle?
    Je ne crois pas pas à la thèse de la bêtise ou de l’aveuglement idéologique de « la droite la plus bête du monde ». Enfermée depuis plus de 40 ans, même aux manettes, dans le piège Mitterrandien, elle s’y complet, confortablement enracinée dans la posture d’opposant institutionnel. Et même dans ce second rôle, LR sont désespérément nuls.

    • L’exemple est intéressant car en 40 toute ke flotte ne s’est pas rendue des navires ont leve l’ancre avant,ou refuse de rentrer en France pour se joindre aux forces libres..certes il y en eut peu.mais quand même..les pachas et leur équipage se sont emmancipes du commandement et ont marqué leur patriotisme…il doit bien y avoir quelques LR pour s’en inspirer…
      Quand les adhérents des partis qui comme moi ne sont ni députés, ni senateurs,ni elus ,mais juste de simples gueux s’informeront mieux et voteront  » en leur âme et conscience plutot qu’en obéissant a des professionnels de la « poloche « ( dont c’est le seul métier) ,les choses seront bien plus claires et efficaces..

  6. c’est bien connu, le poisson pourrit toujours pas la tête.
    ils reprochent tous a manu premier de ne pas écouter le peuple, mais ils sont tous pareil.
    pourtant on parle bien toujours du « bon sens populaire ».
    si la droite faisaient un « nouveau front patriote » je suis sûr que leur « nouveau front populaire » passerait a la trappe.

    • Dans la mesure où le RN se dit lui même n’être ni de droite ni de gauche,donc avoir le cul entre deux chaises,on ne peut pas le classer à droite non plus.D’autant que nombre de ses sympathisants sont issus de la gauche,contfrairement aux sympthisants FN de Le Pen père.

  7. Cette union est effectivement un « bon plan » mais…elle risque fort d’être vaine. Déjà faudrait-il bâtir un « programme » (commun ? ) !
    Par ailleurs la macronie a posé une méchante chausse-trappe : la fameuse « réforme des retraites », bâton merdeux laissé au prochain Président de la République. Celui-ci, quoi qu’il fasse, et surtout s’il est de droite, verra se lever une opposition forcenée !

  8. Le RN ne gagnera qu’à condition que les LR et Reconquête mettent un peu de réalisme dans leur politique économique. Mais cela signifierait la perte d’une partie de leurs électeurs. Le RN ne gagnera jamais seul.

    • Oui le RN devrait mettre un peu de réalisme dans son programme économique pour séduire reconquete et les LR et non l’inverse..Après plutôt que de parler de ce qui fache,il vaudrait mieux mettre en avant ce qui réunit.. les 63 mesures de Sahra Knafo,la lutte contre l’immigration..clandestine ou pas,la sortie des accords européens ( oui c’est possible) lqui nous defavorisent..la sécurité etc ..

    • C’est bien une bataille d’ego des chefs de partis dont les LR avec wauquiez le parjure. Ils tiennent trop à leurs gamelles et n’ont que faire du peuple.

  9. L’union est d’autant plus indispensable qu’au terme des élections il conviendra de se battre contre l’extrèem gauche. J’en suis conviancu.

  10. Par l’intermédiaire de Wauquiez.
    Les députés LR viennent de rejoindre la macronie et le PS indirectement.
    Pas sûr que les adhérents LR apprécient.
    Belleamy est pour la censure.
    Reste a Retailleau de trancher et se faire respecter

    • Pourquoi indirectement, les 6 traîtres actuellement au gouvernement sont directement alliés à la gauche la plus détestable .

    • Facile, Bellamy , Retailleau ne font pas partie de l’AN….. j’ai toujours dit que le parti LR était un parti d’opportunistes

  11. D’aucuns préfèrent être le premier dans son hameau que le second à Rome! On se bat tellement mieux entre nous, et ce depuis l’antiquité!

Commentaires fermés.

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