[CINÉMA] The Ugly Stepsister, une version horrifique de Cendrillon
En novembre dernier sortait sur nos écrans The Substance, un film d’épouvante réalisé par la Française Coralie Fargeat, sur la dictature du jeunisme et l’injonction à la beauté dans nos sociétés modernes occidentales. Demi Moore, « sex-symbol » des années 90 (Striptease, Harcèlement, Proposition indécente ou encore Ghost) y faisait montre d’une rare humilité en incarnant une présentatrice télé vieillissante prête à s’injecter un dangereux produit chimique pour devenir « la meilleure version d’elle-même » et courir de façon pathétique après sa jeunesse perdue. Un choix aux conséquences dramatiques pour son intégrité physique, qui faisait peu à peu basculer le récit dans l’étude tératologique, évoquant le cinéma peu glamour de David Cronenberg.…
The Substance s’affichait ainsi comme la critique d’une société libérale où l’individu est constamment en compétition avec son prochain et doit se battre pour exister socialement et professionnellement. De là l’obsession du dépassement physique à travers le sport ou le désir de conjurer sans cesse son vieillissement, que ce soit à travers les crèmes miracles ou la chirurgie esthétique. Une dérive narcissique à l’origine, également, de toute l’idéologie du tatouage (le « tuning » corporel) et, plus largement, de la reconquête de soi (« ma vie, mon corps, mon choix »).
Souffrir pour être belle
Dans un esprit similaire au film de Fargeat, le premier long-métrage d’Emilie Blichfeldt, The Ugly Stepsister, nous propose aujourd’hui une relecture originale de Cendrillon. Une version horrifique du conte, plus proche de celle des frères Grimm que de celles de Charles Perrault et de Disney. Classé comme un body horror movie, le film focalise non pas sur l’orpheline à la pantoufle de verre mais sur l’une de ses demi-sœurs, Javotte, rebaptisée ici Elvira. Cette dernière n’est pas la peste que nous connaissons mais simplement une pauvre fille raillée pour son physique ingrat. Cendrillon, hautaine et désagréable, n’hésite d’ailleurs pas à afficher ouvertement son dégoût pour elle. Fleur bleue, Elvira rêve secrètement du prince charmant et, encouragée par sa mère, recourt à toutes les extrémités possibles pour changer physiquement, conformément à cet adage selon lequel il faudrait « souffrir pour être belle ». Âmes sensibles, s’abstenir…
De l’outrance à la caricature…
Animé par une intention similaire à The Substance, The Ugly Stepsister entend dénoncer la dictature du Beau et l’obligation faite aux jeunes filles de se conformer aux canons de désirabilité de leur sexe. Là où le propos était pertinent dans le film de Fargeat, car décrivant parfaitement l’époque contemporaine, il nous apparaît ici légèrement anachronique, la réalisatrice norvégienne ayant choisi de regarder le XIXe siècle avec les lunettes déconstructrices d’aujourd’hui. Ainsi, Emilie Blichfeldt tombe un peu trop souvent dans la caricature et la misandrie facile - les hommes, tous plus pourris les uns que les autres, étant évidemment désignés comme responsables… Cette caricature idéologique, sans doute, est-elle la conséquence logique d’un parti pris outrancier, autant visuel que narratif, avec lequel la cinéaste a souhaité inscrire son œuvre dans la tradition du conte cruel. Digne héritière, à ce propos, du cinéma gore et des Contes de la crypte, Blichfeldt nous abreuve ad nauseam de plans chocs et ne sait jamais quand s’arrêter. Dans le genre, on lui préfère le cinéma plus mûr et plus mesuré de Robert Eggers (The Witch, The Lighthouse ou encore le récent Nosferatu).
3 étoiles sur 5
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13 commentaires
ça peut être sympa en effet…
Mais pourquoi donc les réalisateurs de nos jours manquent-ils autant de créativité et doivent-ils se plonger dans nos héros d’antan pour leur donner une psychologie repoussante ?
« Ils » détruisent tout, même les rêves des petite-filles.
De VAIR, pas de VERRE !!!!
Curieux comme cette génération semble vouer un culte à la laideur.
Comme disait Serge Gainsbourg « La laideur a cet avantage sur la beauté, c’est qu’elle dure ». Lui savait de quoi il parlait…
Quelle horreur! Et vive « Bonne nuit les petits » et les VRAIS contes de fée…
Essayons donc de marcher sur du « verre »…beau sujet de film d’épouvante ! Le roi ayant été guillotiné en 1793 et l’histoire ne commençant qu’en 1789, malgré quelques tentatives restauratrices de faible valeur historiographique, le vair n’est donc plus, en littérature, qu’un ennuyeux et pantouflard fantasme, voire tout juste bon à être réservé à une héraldique de fins de race, quoi !
Les lecteurs qui ont de la bouteille, comme moi ou Sylvain Tesson, sont surpris par le verre de la pantoufle. Il est vrai que citer le vair, c’est jouer sur du velours .
Mais non le vair n’est pas du cuir ! c’est la fourrure de l’écureuil « petit gris »…
la pantoufle de vair !
A boycotter
Un détail orthographique mon cher Pierre : Cendrillon eût pu avoir le pied fragile en pantoufle de verre mais je pense qu’elle l’avait au chaud en pantoufle de vair. Merci pour vos commentaires éclairants par ailleurs
Bien sûr le vair c’est du cuir ..il n’y a pas de chaussures en verre.
Notre société, en particulier notre jeunesse, en marche effrenée vers la violence et vers d’inquiétants désarrois psy. a-t-elle besoin de telles horreurs pour se divertir ?