[CINÉMA] Frankenstein, la version de Guillermo del Toro pour Netflix

Pour Netflix, Guillermo del Toro a réalisé un Frankenstein blockbuster, hyper-formaté.
Copyright Netflix
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C’est de notoriété publique, des films indéfendables sortent en salles chaque semaine quand d’autres, plus ambitieux, sont cantonnés aux plates-formes de streaming comme Netflix. Ainsi, malgré les grands noms rattachés à son projet, la nouvelle adaptation de Frankenstein, célèbre roman gothique de Mary Shelley publié en 1818, n’a eu droit qu’à une sortie confidentielle dans un nombre limité de salles américaines, Netflix ayant décidé de donner la quasi-exclusivité du film de Guillermo del Toro à sa plate-forme de diffusion.

Mûri depuis 2007, ce vieux projet du cinéaste mexicain, désormais habitué aux films de monstres (Cronos, Hellboy, Mimic, Le Labyrinthe de Pan), a connu bien des bouleversements. D’abord envisagé avec le comédien Doug Jones dans le rôle de la créature, puis avec Benedict Cumberbatch et, enfin, Andrew Garfield, le film a finalement pu se faire avec Jacob Elordi. Le coup d’envoi a été donné par Netflix lorsque Guillermo del Toro a signé, en 2023, un contrat avec la plate-forme pour la production de plusieurs longs-métrages, dont cette itération de Frankenstein.

Le romantisme ou la critique de la modernité

Avec un budget impressionnant de 120 millions de dollars, le réalisateur a pu donner vie à ce récit crépusculaire d’un savant fou d’orgueil et d’ambition désirant se hisser à l’égal de Dieu. Un « Prométhée moderne », nous dit le titre original du roman, qui par la sélection rigoureuse de différents morceaux de cadavres assemblés souhaite créer l’homme idéal. Un funeste projet qui va se retourner contre lui, contre ses proches et contre sa créature même…
Œuvre emblématique du romantisme noir, qui déplorait en son temps la dépoétisation du monde sous les assauts de la modernité, de l’idéologie du progrès et du rationalisme scientifique, Frankenstein est de ces écrits du XIXe siècle qui, avec ceux d’Edgar Allan Poe ou de Bram Stocker, exploraient avec fascination la noirceur de la psyché humaine, le macabre, la mélancolie et les réalités occultes, celles des monstres, des esprits et de l’au-delà.

Des aménagements plus ou moins réussis

Plutôt fidèle, dans sa conception, au roman de Mary Shelley, le Frankenstein de Guillermo del Toro se permet néanmoins quelques aménagements, comme l’invention de nouveaux personnages, un changement de relation entre Victor et Elizabeth – qui ne sont plus fiancés l’un à l’autre – ou l’invincibilité de la créature qui n’en finit pas de se faire tirer dessus par ses opposants. Des choix discutables, dirons-nous, rappelant parfois un peu trop l’imaginaire de Marvel et des super-héros, mais qui n’éclipsent en rien une certaine finesse d’écriture, notamment dans ces séquences évoquant l’éducation sévère du jeune Victor. Laquelle préfigure naturellement celle que celui-ci dispensera plus tard à sa créature…

Un blockbuster hyper-formaté

Moins noire, cependant, que la version de Kenneth Branagh, qui est sans doute la plus convaincante à ce jour, l’adaptation par Guillermo del Toro, si elle s’inscrit en toute logique dans la continuité de ses précédents films, a quelque chose d’artificiel qui gâche un peu le plaisir. Hyper-formaté dans son imagerie, avec ses fonds verts omniprésents, ses couleurs flashy et son rythme de blockbuster survitaminé, ce Frankenstein frise souvent le mauvais goût et s’inscrit peut-être davantage dans la tradition de la Hammer que celle de Branagh. On se plaît, parfois, à imaginer ce qu’aurait pu donner une adaptation par Robert Eggers, le réalisateur talentueux de The VVitch, The Lighthouse et du récent Nosferatu.

2,5 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

6 commentaires

  1. BOF…
    J’ai éteint après 20mn…
    Il faut revoir « Frankenstein » et « La Fiancée de Frankenstein » de James Whale avec Boris Karloff et les « Hammer » avec Peter Cushing.
    Inégalables

  2. C’est comme Besson et son Dracula qui aurait pu directement sortir sur Netflix.
    Dracula et ses serviteurs gargouilles…. c’est Blanche-Neige et les 7 nains.

  3. On peut effectivement reprocher un coté un peu « Marvel » à cette version mais ça reste un moment agréable avec une qualité d’image réussie y compris dans les scènes d’obscurité. Votre note moyenne est justifiée.

  4. Cette version n’est pas mauvaise. L’acteur jouant le monstre est impressionnant. Évidemment les films adaptés de livres sont toujours moins bons que ces derniers, ce n’est pas nouveau. Par contre la fiancée de la créature ne voit pas le jour dans cette version de Del Toro, c’est dommage.

  5. Eh bien, ça ne fait pas envie ! Les adaptations commerciales d’œuvres littéraires sont devenues pénibles. A propos du Nosferatu, je ne l’ai pas particulièrement apprécié, ce film est tellement sombre qu’il tombe dans la caricature et qu’on a du mal à y croire, quant à ce vampire asthmatique qui peine à aligner trois mots entre deux halètements il ne convainc personne.

  6. Oui, c’est pas mal, mais je ne suis pas allé au bout. Machouiller une énième version autour d’un même thème, où est l’intérêt, même avec le savoir-faire de DelToro ? Les scénaristes sont-ils incapables de trouver une histoire originale ? Les romans de fantasy et de science-fiction en particulier, dont Frankenstein est un des premiers, fourmillent d’idées qui n’ont commencé à être exploitables au cinéma que récemment avec le développement de logiciels d’effets spéciaux vraiment performants. Le réservoir que cela représente est presque infini. Et au lieu de cela, c’est remake sur remake … Vous me direz, c’est toujours mieux que cette daube de Marvel, preuve qu’il faut tout de même bien choisir ce que l’on adapte à l’écran.

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