[CINÉMA] Destination finale : Bloodlines, de quoi ce film est-il le nom ?

Le cinéma d’épouvante est souvent révélateur des peurs et des inconscients collectifs.
Capture d'écran BA
Capture d'écran BA

Il est toujours intéressant d’analyser le cinéma d’épouvante, car il est souvent révélateur des peurs et des inconscients collectifs. Traditionnellement réac dans ses discours, sous des aspects faussement libertaires hérités de 68, ce genre n’a pas son pareil pour dévoiler le ridicule de nos contemporains.

À l’heure où l’individu revendique fièrement et complaisamment la pleine maîtrise de son destin dans une espèce de réflexe narcissique et désespéré, allant jusqu’à traquer le moindre signe de vieillissement et à vouloir contrôler chaque aspect de son existence ainsi que les modalités de sa propre mort, une célèbre franchise horrifique des années 2000 a décidé de remettre les pendules à l’heure.

Point ne sert de se débattre avec la mort

Chaque opus de Destination finale met en scène un nouveau groupe de personnages ayant survécu initialement à une catastrophe collective (accident d’avion, carambolage sur une autoroute, accident de montagnes russes ou d’une course de voitures, effondrement d’un pont) qui, dès lors, sont inlassablement traqués par la Mort, selon un ordre logique et une mise en scène toujours plus macabre. Comprendre par là que la mort est d’abord une réalité collective avant d’être un destin individuel – rappel de bon sens à une forme d’humilité face à la finitude de l’existence.

Les personnages ont beau tenter de comprendre et de déjouer ses plans, la Mort finit toujours gagnante…

Les liens du sang sont sacrés

Sorti en salles le 14 mai, le sixième volet, intitulé Destination finale : Bloodlines succède au cinquième après quatorze ans d’attente et a, semble-t-il, enregistré le meilleur démarrage du week-end dernier, aux États-Unis. Réalisé par Zach Lipovsky et Adam B. Stein, le film renouvelle la formule en mettant en scène les descendants d’une survivante qui vont devoir, à leur tour, échapper à la Mort. Ceux-là, en effet, n’auraient jamais dû exister ; la Faucheuse est donc bien décidée à réparer ses erreurs et à éliminer, les uns après les autres, les membres de cette lignée maudite. C’est un postulat classique du film d’horreur : les liens de familles sont sacrés…

En intégrant à la franchise la notion de transmission du destin et de poids familial, ce nouvel opus de Destination finale adopte clairement une vision traditionnelle de la société, à rebours du discours dominant.

Dédramatiser la mort

Comme à l’accoutumée, cette sixième « vanité cinématographique », petit plaisir coupable, verse à loisir dans l’humour noir et le consumérisme morbide, avec son lot de morts crétines et alambiquées que l’on gobe comme du pop-corn, hélas jusqu’à l’écœurement… Un humour de dérision, qui vise assurément à dédramatiser la mort et n’est pas sans rappeler la grande époque des Contes de la crypte.

Si la réalisation a un petit peu trop recours, à notre goût, aux fonds verts, aux effets numériques (souvent ratés) et aux facilités du gore, le film a au moins l’intérêt de développer le personnage récurrent et énigmatique de William Bludworth et d’offrir à son interprète, le regretté Tony Todd (Candyman, The Crow), une dernière et mémorable apparition cinématographique.

2,5 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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