[CINÉMA] Dalloway, quand l’IA supplante l’humanité…

Plaisant à suivre et légitime dans ses inquiétudes, le film compte sur l’interprétation sans faille de Cécile de France.
©2024 Mandarin & Compagnie – Gaumont – Panache Production – La compagnie Cinématographique
©2024 Mandarin & Compagnie – Gaumont – Panache Production – La compagnie Cinématographique

Romancière à succès, Clarissa n’a rien produit depuis six ans, à sa grande frustration. Hébergée dans une résidence pour artistes à la pointe de la technologie, elle espère bénéficier des bienfaits de la domotique et de l’intelligence artificielle afin de retrouver l’inspiration qui lui manque tant pour rédiger sa biographie de Virginia Woolf. Car en effet, « Dalloway », son assistante virtuelle, l’aide au quotidien à puiser dans son imaginaire, à rassembler ses idées, à les trier, à les organiser et à les traduire par écrit.

Au fil des jours, cependant, et alors que son travail n’avance guère, Clarissa devient plus suspicieuse à l’égard de cette IA par trop intrusive…

Le remplacement qu’on ne voit pas venir

Évoquant la série Black Mirror ou le récent film Another End, le nouveau long-métrage de Yann Gozlan s’affiche comme un thriller paranoïaque aux accents complotistes sur les méfaits de l’intelligence artificielle, devenue omnipotente à force d’omniprésence…

Adaptation libre des Fleurs de l’ombre, roman de Tatiana de Rosnay paru chez Robert Laffont en 2020, Dalloway nous présente un futur proche où l’infantilisation de l’Homme par la machine l’a mené progressivement à une forme de dépendance ordinaire, y compris dans un domaine qui le différenciait jusqu’à présent de l’animal : celui de la production intellectuelle et de la création artistique.

Le film de Gozlan ne se contente pas de décrire cette dépendance future de la société 2.0 au tout technologique mais postule par avance la supériorité des intelligences artificielles face aux hommes, rendus obsolètes car faillibles par définition, du fait de leurs limites physiques et mentales. Un (faible) espoir, malgré tout : le développement d’émotions et de sentiments par la machine qui, peut-être, un jour, lui seront tout aussi fatales qu’à notre espèce…

L’esprit de Boîte noire

Jouant à fond la carte de la paranoïa, des mensonges lénifiants, des fausses pistes et de l’instabilité psychologique d’un personnage principal au bout du rouleau, le cinéaste retrouve l’esprit de Boîte noire, qu’il avait réalisé en 2021, sans pour autant l’égaler en termes de densité narrative et de mise en scène. Moins léché visuellement que ce dernier, plus convenu dans son approche, Dalloway enfonce des portes ouvertes au point d’en être prévisible jusque dans son issue scénaristique.

Néanmoins plaisant à suivre et légitime dans ses inquiétudes, le film peut compter sur l’interprétation sans faille de Cécile de France – dans un registre inattendu de sa personne – et sur la voix doucereuse et menaçante de Mylène Farmer, qui donne vie à cette IA foncièrement dominatrice et malfaisante.

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Il faut faire preuve d’une abnégation dont je serais bien incapable pour faire cette rubrique cinéma, qui oblige son rédacteur à se farcir tous ces films.

  2. Encore, a mon sens, l’intelligence artificiel terme inapproprié.
    Seul les vivants notamment l’humanité est intelligente a même de créer, pas l’intelligence artificiel qui en est totalement incapable, fonctionnant sur des bases de données quelle a la possibilité de trouver les réponses a des questions posées.

  3. La bande-annonce n’annonce rien de bon malheureusement… Une sorte de vidéo-clip où s’enchaînent les clichés en tous genres, filmés comme une pub d’une heure et demie.

  4. On a l’impression de voir un épisode de Black Mirror mais avec 10 ans de retard.
    A force de faire des films ultra-subventionnés et que personne ne va voir, le cinéma français « original » a pris beaucoup de retard sur les autres pays.

    • Le cinéma français est devenu tellement imbu de lui-même qu’il ne voit pas à quel point il a un criant manque d’originalité dans ses scénarios. Il en devient imbuvable de médiocrité.
      Il y a vraiment un manque de vrai pros quand même.
      Oui une pâle copie du cinéma américain.
      Il faut reconnaître que les plus grands sont de l’autre côté de l’Atlantique.
      Il y a quand même des résistants, mais trop peu mis en avant.
      Ben, Il ne faut pas faire l’ombre aux gros nuls.

Commentaires fermés.

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