[CINÉMA] alter ego, la comédie désopilante de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine
La bande-annonce ne payait pas de mine, le synopsis non plus. C’est donc à contrecœur que nous sommes allé voir alter ego, et nous ne le regrettons nullement. Comme quoi, le travail médiocre d’un distributeur n’augure pas forcément de la qualité d’un film. Car à l’arrivée, c’est une comédie particulièrement réussie que nous ont concoctée Nicolas Charlet et Bruno Lavaine.
La peur du « doppelgänger »
Imaginé initialement pour un nouveau spectacle, pensé alors comme un roman-photo qui eût été projeté au public et doublé sur scène, le scénario suit un cadre du tertiaire, Alex, vivant tranquillement dans sa maison pavillonnaire avec son épouse Nathalie, lorsque débarque un beau jour un nouveau voisin qui s’avère être son parfait sosie. Parfait à un détail près : il a des cheveux !
Prénommé Axel, cet indésirable « double » est aussi joyeux et débonnaire qu’Alex se montre aigri et autocentré. Très vite, notre antihéros va commencer, avec un mélange de curiosité malsaine, de jalousie puis de haine, à épier son nouveau voisin, à scruter sa façon de s’exprimer, de se mouvoir, de réagir au monde extérieur. Une attitude singulière que ne soupçonnent pas Axel et son épouse, ouverts et le cœur sur la main.
Lorsque Alex voit débarquer Axel sur son lieu de travail et occuper le bureau en face du sien, la psychose devient totale. Désormais, alors même que le voisin ignore cette animosité et que personne d’autre ne voit la ressemblance entre eux, Alex cherche par tous les moyens à le dénigrer, à nuire à sa réputation et peut-être – qui sait ? – à le faire dégager pour de bon…
Le rire nerveux
Récit misanthrope et largement surréaliste sur la bassesse humaine, l’envie et la haine irrationnelle, alter ego a tout de la petite comédie d’auteur, perchée et fauchée, façon Delépine et Kervern. On pense également à Quentin Dupieux pour le goût de l’absurde et du malaise, voire même, par moments, à Jacques Tati.
Démarrant doucement, innocemment, notre tandem de cinéastes applique le pinceau humoristique par petites touches bien senties et titille non sans sadisme son héros pathétique (Laurent Lafitte, qui prend un plaisir communicatif à l’écran) jusqu’à lui faire perdre totalement la boule dans une série de quiproquos improbables provoquant l’hilarité nerveuse du spectateur. Résolument éclectique, le scénario bascule alors à loisir dans le registre policier avant de flirter avec la comédie sociale, puis avec l’épouvante.
À première vue inoffensif, le film de « Nicolas et Bruno » se révèle en définitive une comédie acidulée, narquoise, jusque dans son twist final d’une cruauté sans nom. Il est rare d’entendre autant de rires dans une salle de cinéma.
4 étoiles sur 5
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