[CHRONIQUE] Labellisation des médias : il était une fois l’Union européenne

Les deux compères hors-sol constatent avec effroi que le récit progressiste est de plus en plus rejeté par les peuples.
© European Union-Wikimedia Commons
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Chacun le sait qu'Emmanuel Macron est un bon petit soldat de l’empire bureaucratique dirigé par Ursula von der Leyen. Or, depuis quelque temps, les deux compères hors-sol constatent avec effroi que le récit progressiste et mercantile porté par l’oligarchie mondialisée est de plus en plus rejeté par les peuples. Tout simplement parce que les fruits en sont amers. Il est bien ennuyeux pour eux que ces foutus peuples votent de moins en moins comme il faut. À cette « anomalie », il fallait bien trouver une cause : la désinformation. Certes, la désinformation existe. Elle a été un instrument privilégié de l’URSS et des marxistes. Elle s’accompagnait de l’inversion du sens des mots. Ainsi, une guerre d’asservissement à l’idéologie marxiste-léniniste devenait une guerre de libération. Le Monde pouvait ainsi titrer que Pol Pot avait libéré Phnom Penh.

Pour l'UE, un combat déjà ancien

Pour l’oligarchie progressiste contemporaine de droite et de gauche, la question est d’empêcher qu’une information libérée de la doxa idéologique ne soit diffusée. Il ne faut pas parler des faits qui la contredisent. Comme disait le philosophe allemand Fichte, « si la théorie entre en conflit avec les faits, tant pis pour les faits ». Le rapport avec le réel est celui du rapport à la vérité. Pour la philosophie classique héritée de la Grèce, la vérité consiste dans l’adéquation de la pensée avec la réalité. Mais pour les « intellos de gauche » et notre nomenklatura, biberonnés à Bourdieu, « il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie ». Dès lors, pourquoi se gêner ? Il est possible de relever une curieuse indifférence à la vérité dans les cénacles journalistico-politiques. Ceux-ci nous assènent une opinion dominante qui est construite non à partir de faits avérés et démontrables par tous mais à partir de présupposés idéologiques, de sentiments personnels, de croyances et de réflexes grégaires propres à ces moutons de Panurge idéologiques qui vivent en circuit fermé.

Pour l’Union européenne, le combat est déjà ancien. En 2016, la Commission s’est doté d’un outil intitulé « Les décodeurs de l’Europe » afin de contrer les critiques faites au système européen, supposées fondées sur de fausses nouvelles. L’année 2016 n’est pas anodine, c’est celle  du référendum britannique par lequel 51,89 % des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté ont décidé de se retirer de l’UE. Or, pour celle-ci, la seule explication à cette décision réside dans la désinformation. Le fait que le peuple britannique ait réellement souhaité « reprendre le contrôle » de son destin n’a pas effleuré les eurocrates. Et c’est ainsi que « toute l’Europe » déplore « les allégations mensongères » ayant conduit au Brexit ou encore « les discours climato-sceptiques qui entravent la politique de lutte contre le réchauffement climatique », qui est l’alpha et l’oméga de la politique de la Commission. Il existe donc une « vérité révélée » délivrée par la Commission européenne et toute opinion contraire est une hérésie.

Dans le « Digital Services Act », la Commission constate que « la désinformation [comprendre une information non conforme] n’est pas en soi illégale » et semble regretter que l’Union européenne ne puisse donc pas « l’interdire sans porter atteinte à l’un de ses piliers fondamentaux : la liberté d’expression ». Ouf ! Toutefois a germé dans l’esprit impérial de Mme von der Leyen et de ses collaborateurs l’idée de recourir à des « vérificateurs de faits ». La Commission a donc décidé de coopérer avec le « Réseau européen des normes de vérification des faits » (European Fact Checking Standards Network), qui regroupe divers organes de presse ou associations. Pour la France, l’AFP depuis 2023. Nous voilà rassurés !

Une vieille obsession présidentielle

Lors des vœux à la presse de 2018, Emmanuel Macron avait abordé la question de la certification de l’information. Ce sujet est donc une vieille obsession présidentielle et ses propos devant les lecteurs de La Voix du Nord du 19 novembre dernier n’auraient pas dû surprendre mais plutôt inquiéter : « C’est une matière dangereuse, en fait, l’information. » Et penser « que c’est important qu’il y ait une labellisation faite par les professionnels » ne rassure pas. En effet, il existe des inimitiés et même des haines journalistiques, des réflexes concurrentiels, des combats idéologiques. Quand on sait que France 24, radio d’État, publiait, le 2 juillet 2024, sous la plume de Benjamin Dodman, un papier intitulé « Comment Bolloré et son empire médiatique ont porté l’extrême droite aux portes du pouvoir », dans lequel était évoquée sans cesse la période de l’Occupation et écrit que le scénario d’une alliance des droites « conduirait à la formation du premier gouvernement d’extrême droite en France depuis le régime de Vichy » (oubliant que ledit régime été fourré d’hommes de gauche, depuis Déat, Doriot et Bousquet en passant par Mitterrand, décoré de la Francisque, et que les pleins pouvoirs avaient été donnés au maréchal Pétain par une grande partie des parlementaires de gauche), il est facile d’imaginer le danger de la labellisation par les pairs.

Tous ces démocrates proclamés, dont le point commun est qu’ils se méfient du peuple comme de la peste, ne rêvent que d’une chose : conditionner la pensée, encadrer l’information, formater l’éducation. Non à développer l’esprit critique, la confrontation des idées, la délibération raisonnable des décisions. Ces êtres déracinés, nourris d’obsessions idéologiques, sont dangereux. D’autant plus dangereux que l’effondrement de leur magistère délétère les rends agressifs voire fous furieux. Ne soyons pas naïfs : ils sont prêts à tout pour se maintenir en place. Soyons prêts à tout pour défendre nos libertés.

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Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

38 commentaires

  1. C’est bien beau les constatations mais on ne fait que constater, dénoncer les agissements de Von der Leyen et Macron et puis ? et puis ils continuent à nuire et personne ne peut rien contre ! c’est désespérant.

  2. Un couple maléfique, même tendance dictatoriale, memes soupçons de malversations, même avenir incertain. Ces deux là avaient tout pour s’unir.

  3. Quand le peuple vote mal, il faut entraver les élus. Quand le peuple pense mal, il faut le rééduquer. Voici la conception de la démocratie des dirigeants de la France et de l’Europe.

  4. Je ne cesse de conseiller la lecture du livre d’André Bonnet « les preuves de la trahison démocratique » qui explique la trahison de sarko mais également que tout « ça » remonte aux années 70 et même on peut ajouter a 1945 . L’ue est fédéraliste et l’effacement des états et des peuples. Et heureusement qu’il y a Odysée, TVLiberté, Boulevard Voltaire ou Tocsin pour nous fournir une vraie Information, mais ces fous sont dangereux. Comme on dit dans le midi « Mèfi »

  5. Arrêtez les, la cour est pleine, leurs boniements sur mes,avantages de l’Europe ne passent plus, ne se digèrent plus, on n’en veut plus. Ce duo travaille pour leurs portefeuilles. Les dévoiement de cette bande européenne ont englué les nations dans un marasme qui devient très dangereux. Il faut en sortir très vite, rétablir les frontières et élire des vrais politiciens et non des clowns de la finance ou autre envoyés des instances mondiales supérieures. Tout doit être revu et corrigé en France condition sine quanone pour éviter l’effondrement de notre civilisation plus que millénaire.

  6. Les gens sont plus intelligents et savent où chercher et comment décoder l’information.
    Heureusement que les médias alternatifs exisitent

    • Je crains que vous soyez optimiste. Je pensais comme vous, mais à l’évidence, le plus grand nombre ne réagit plus. 40 ans de déculturation font leur effet.

  7. Dans un sens, cette labellisation des médias par le pouvoir peut avoir une utilité ; supposons que, par exemple, soit décerné un info score de A à E, du plus au moins politiquement correct. Il suffira alors de choisir un média noté E, éventuellement D pour avoir une information fiable.

  8. A mesure que la fin de son règne arrive à grand pas, il devient imprévisible et tenté par la dictature. Normal, il va perdre tous les avantages liés à sa fonction; notamment sa lubie d’enfourcher son jet trois fois par semaine pour aller rencontrer toutes les « élytres » européennes, elles aussi amatrices de voyage par avion. Ils vivent littéralement au-dessus de leurs peuples qu’ils méprisent et qu’ils comptent assujettir à la doxa de la gôche au moyen de la désinformation et de lavage de cerveau.

  9. « Comment Bolloré et son empire médiatique ont porté l’extrême droite aux portes du pouvoir »

    Alors que c’est tout le Système.

    • Faux, c’est la politique de Macron qui a mis le RN la où il est. En 2017 ,il devait faire disparaître ce groupe qui prospère sur cette politique de gauche et de tpmg. Tout pour ma gueu..

  10. Et qu’est-ce qui vous empêche de créer un label « presse indépendante, libre des influences du pouvoir en place, car non subventionnée ! par les gouvernements en place et les milliardaires gauchistes (Niel, pigasse, soros, etc…ou de l’UE non élue? » Je pense que toute la presse indépendante (BV, VA, le salon beige,el pais, Cnews, politico, JDD, en France ABC ,la razon, cope, en espagne, corriere della sierra , il giornele, en Italie, et d’autres en Europe qui vont se rallier à ce « panache d’indépendance ». Et que Musk et la droite U.S. vont pousser les algorithmes (ce qui est réclamé par le petit micron) de cette presse antigauche, soit comme pour l’effet « Streisand » exactement l’inverse de l’objet recherché!

  11. Toute information contient sa désinformation : soit par mensonge direct, soit par incomplétude, soit par glissement et sortie du contexte. Nous sommes tous sujets, par notre parti pris plus ou moins sectaire à des interprétations erronées.
    Mélenchon utilise ces quatre arguments pour séduire et il n’est pas le seul…

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