Choc des générations : chez les cathos, aussi, les jeunes sont plus conservateurs

Si les anciens craignent un « repli », les jeunes cathos, eux, prônent un retour du sacré et de rites institués
messe

« Agenouillement, messe en latin… ces catholiques qui s’inquiètent d’un retour en arrière », titrait un article de La Croix, la semaine dernière, dans sa série « Être catholique en France en 2025 ». Et c’est vrai ! Parce que si de nombreux jeunes cathos veulent s’agenouiller, communier sur la langue et ne craignent ni le rite tridentin ni de chanter en latin, c’est souvent au grand dam de la génération Vatican II : auprès de La Croix, un retraité témoigne qu'« un certain nombre de personnes nous ont fait ressentir que nous étions responsables de l’effondrement de la foi et qu’il fallait revenir à des choses plus morales et plus sérieuses ». Leurs grands-parents ont vécu la révolution liturgique des années 60, leurs parents ont baigné dedans, et voilà que leurs petits-enfants, eux, se « tradicalisent » !

Quand le progrès est « réac »

Qu’il s’agisse de politique ou de religion, la jeunesse serait conservatrice : la Gen Z voterait en masse pour des partis classés à l’extrême droite, alertait Arte, affolée, et les jeunes cathos fréquenteraient plus que leurs aînés la messe en rite tridentin, s’affolait La Croix. Les anciens progressistes seraient donc dépassés par les jeunes conservateurs : en 2025, le progrès est réactionnaire. Pour Gonzague B., un jeune interrogé par BV qui a grandi dans une famille catholique mais loin de la mouvance tradi, « c’est vraiment générationnel, un besoin de repères : on le voit beaucoup chez les convertis, ou pas mal de ceux qui ont été baptisés en messe française se dirigent assez vite vers les messes tradi ». Il explique à BV vouloir l’« assurance du respect de la liturgie et du sacré, l’assurance de ne pas finir énervé en pleine messe contre le sacristain, un enfant de chœur, la bonne du curé ou le curé lui-même, qui ne suivrait pas le prompteur et ferait son truc à sa sauce, l’assurance d’avoir des chants qui respectent la liturgie, et pas des chants pondus on ne sait trop où, où il faut beaucoup se concentrer pour espérer retrouver un mot effectivement présent dans le texte original. L'avantage de la messe tradi, c'est qu'on est certain de ce que l'on va trouver, contrairement à certains messes Paul VI. »

C’est aussi ce qu’analyse La Croix dans son article « Messe "tradi" : un rite qui attire les jeunes catholiques ». Le « premier argument avancé par les jeunes en faveur de la messe dite de saint Pie V : elle mettrait davantage en valeur le "sens du sacré" », explique le journaliste Matthieu Lasserre. En 2023, il faisait déjà le constat que dans de nombreux diocèses français, « […] les 18-35 ans forment une large partie de l’assemblée, un bon tiers, sans compter les enfants ». Auprès de Mediapart, Yann Raison du Cleuziou analyse une « fracture générationnelle ». D’abord, explique-t-il, parce que ceux qui continuent de transmettre leur foi sont les plus conservateurs, ils ont aussi plus d'enfants, comme le constate La Croix, puisque « le taux de natalité des catholiques semble corrélé à l’intensité de leur pratique » et puis, enfin, précise Yann Raison du Cleuziou, parce que les jeunes générations de catholiques ont grandi dans une société où le catholicisme est minoritaire : les jeunes cathos, par réaction, veulent plus de rigueur, de règles, de prescriptions dans la pratique religieuse. C'est ce qu'analysait Jérôme Fourquet pour La Vie en commentant une enquête réalisée par l'IFOP pour l’Observatoire français du catholicisme (OFC), en juin dernier : « [...] nous sommes passés d’un catholicisme de conformisme social et d’héritage, majoritaire, à un catholicisme qui est minoritaire dans la société française mais qui procède de plus en plus d’une affirmation et d’un choix ». Une analyse qui tendrait à voir dans l'adhésion aux rites, à la liturgie, au sens du sacré une défense du catholicisme dans un contexte social plus hostile que celui des générations précédentes.

Querelle des jeunes anciens et des vieux modernes

Un tel engouement de la jeunesse est cependant loin de ravir les générations plus âgées : « Face au retour de certains rites chez une partie des jeunes catholiques, d’autres fidèles d’une autre génération observent avec inquiétude ce qu’ils considèrent constituer une dynamique de repli », explique ainsi La Croix, qui donne la parole à des retraités dont l'un d'eux témoigne avoir « vu des personnes de [s]a génération quitter l’église après un Notre Père récité en latin, en disant "trop, c’est trop" » […] D’autres, poursuit-il, ne se rendent plus aux célébrations lorsqu’ils savent que la liturgie sera trop formelle. S’il affirme ne pas être opposé à la messe en latin, il estime que ces tensions traduisent un problème de fond, lié en partie au profil des jeunes prêtres. » Interrogée par Mediapart, Christine Pedotti, directrice de la publication de Témoignage chrétien, explique en effet que ce choc des générations se retrouve aussi dans le clergé entre des jeunes prêtres conservateurs à la différence des évêques qui appartiennent à une génération plus âgée. Elle analyse aussi que les paroisses rurales sont restées plutôt hermétiques à ce regain du conservatisme liturgique, peut-être parce qu'elles accueillent moins de jeunes ?

Une différence que constate aussi Gonzague B. auprès de BV : « Il y a un vrai sujet sur la province, en région parisienne, beaucoup de messes Paul VI sont très belles et très respectueuses. En province, c’est plus lent à revenir, et cela demande plus d'effort d’aller à la messe là-bas, justement pour ces raisons. » En tout cas, ces  deux raisons pourraient expliquer les tensions entre certains paroissiens d'Albert, dans la Somme, et leur trois nouveaux prêtres, venus du diocèse de Fréjus-Toulon, qu’ils jugent trop raides : « Il y a ces prédications jugées trop rigides, rigoristes, où ils utilisent des termes très forts, trop souvent, un vocabulaire guerrier axé sur le "péché" et le "combat" », expliquent les paroissiens, interrogés par France 3. Le tort de ces prêtres serait donc d’appliquer benoîtement la doctrine de l’Église, une application rigoureuse que plébiscitent de nombreux jeunes qui, note La Croix, recommencent notamment à se confesser.

Querelle des jeunes anciens et des vieux modernes ? Choc des générations ? Brassens avait pourtant prévenu ses contemporains : « À la fête liturgique/Plus de grand's pompes, soudain/Sans le latin, sans le latin/Plus de mystère magique/Le rite qui nous envoûte/S'avère alors anodin/Sans le latin, sans le latin/La messe nous emmerde. » Et les jeunes cathos, qui n'ont pas grandi dans le confort d'une société où le catholicisme était majoritaire, sont bien décidés à défendre leur foi en s'attachant au sens du sacré garanti par une liturgie rigoureuse.

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Cela me plait bien
    Par contre les homélies comme j’ai pu en entendre hier, pro migrants , n’ont rien à faire dans nos églises

    • Jeanne o secours

      Allez chez les moines, vous n entendrez pas d homélies pro migrants . Je me demande si le journal Croix est catho ou gaucho ?

  2. Le dévoiement de la liturgie Paul VI, complété par des prêches dégoulinants de moraline marxisée, explique ce retour à un catholicisme plus exigeant et plus identitaire. C’est aussi , sans doute, une réponse aux complicités gauchistes avec l’islamisation plus ou moins sournoise de notre Occident actuel.

  3. Si les Curés renonçaient à transformer nos messes en rite sans âme, et que nous revenions au sens du sacré, les églises se repeupleraient. Merci à ces jeunes.

  4. La majorité des français pratiquent le « pas de vagues », permettant ainsi aux extrémistes de prospérer. Si ces français avaient le courage de s’exprimer, la majorité de ce pays reprendrait sa place, et les gauchistes, la leur.

  5. Et alors, ou est le problème de se référer aux racines « vrais racines » de notre culture. Avez vous vu des musiciens renier Bach, des mathématiciens renier Euclide, des Physiciens renier Einstein, des agriculteurs renier la semence ! ! ! ce qui serait a craindre , c’est qu’ils nous imposent l’Hérésie ! ! ! Je crains que les plus Hérétiques soient ceux qui en parlent …..

  6. Beaucoup à dire mais tentons d’extraire l’essentiel.
    Vous notez à juste raison « contexte social plus hostile ». Ce qui n’est plus à démontrer sauf pour ceux nés dans ce contexte, familiarisés avec le « chahut  » . Ils n’ont pas connu le repos de l’esprit, la tranquillité sociale.
    Vous soulignez « c’est vraiment générationnel, un besoin de repères  » . Assurément. Le vide que représente la laïcité malgré tout le bien que certains veulent bien en dégager, avec difficultés, , une laïcité agitée, n’apporte pas les solutions attendues. Les musulmans sont les premiers à avoir compris l’immensité de ce vide. Ils cherchent à le combler.
    Que certains anciens modelés à la mode 68 « il est interdit d’interdire » où l’autorité, la rigueur sont des gros mots, peut expliquer leur réaction face à un retour aux dogmes fondamentaux certainement moins souples. D’où leur réaction « Prédications jugées trop rigides » . Ils se complaisent dans le vague à l’âme, dans le laisser faire, le laisser aller.
    Les dits traditionnels seraient qualifiés « radicaux ». Pour eux, rien de radical dans un retour à ce qu’ils ont connu, sans prétentions de prétendre bousculer les rites modernes ou d’imposer. Chacun voit midi à sa porte. La tolérance est peut-être ce qui les soutient. L’exemplarité devenant source d’appétences. On l’observe à vue dans certains pèlerinages.
    Ce qui est surtout à retenir. Notre société totalement désarticulée, déboussolée par un certain laxisme des français aux manettes ne convient pas à ces jeunes générations à l’humanisme encore sain. Ils perçoivent les faiblesses tant dans l’action que dans les remèdes, des faiblesses non redressées par un état d’esprit robuste. Cette robustesse, sans négliger la révélation, ils la retrouvent dans ce qui a soutenu le monde depuis des millénaires, la spiritualité dont celle qui a traversé les âges donc a révélé sa force, la spiritualité chrétienne.

  7. Lors de la messe (anticipée, quelle horreur!) de Noël, la nef de notre église était comble, notre bon curé a déclaré dans un grand sourire, « c’est la première fois que je vous vois aussi nombreux en notre église, j’en suis heureux, mais je me pose la question, ou étiez vous avant ? « 

  8. NON, il ne s’agit pas d’un repli sur soi comme le prétendent les laïcards républicains et autres gauchistes, revenir à une messe dites traditionnaliste, c’est revenir à des fondamentaux nécessaires bonne à la compréhension de la liturgie, chacun est libre d’y adhérer ou non.

    • Si, c’est un repli identitaire. La liberté d’y adhérer est relative. Les enfants sont traînés à la messe. La liberté d’en sortir est relative aussi. Avec l’appétit pour les rites cela peut s’apparenter aux sectes.
      Les jeunes sont visiblement en souffrance. C’est le « monde à l’envers » et il ne faut pas se réjouir du sectarisme. D’autres jeunes tombent malheureusement dans de pires sectes.

  9. Vos semblez oublier que le catholicisme est ouvert à l’ensemble de l’humanité. Et que les ornements sacerdotaux pré-Vatican II ne parlent absolument pas aux catholiques de Papouasie, du Burundi ou de Trinidad et Tobago. Pas plus que le latin d’ailleurs. A voir certains agrippés aux rites et aux signes extérieurs, on peut s’interroger par rapport à leur adhésion à l’essentiel. Celà ressemble fort à un repli identitaire dans votre Europe en perte de valeurs, en inexorable mais constant déclin…

    • Oui cela ressemble à cela. Mais on peut considérer que ces jeunes sont en quête identitaire et non pas dans une attitude de « repli ». Cette quête identitaire est sans rapport avec « l’essentiel « . Elle peut aussi bien se faire avec que sans. De même beaucoup de jeunes qui n’ont plus guère d’identité tellement ils sont créolisés, ne sont pas pour autant dans « l’essentiel « .

  10.  » « le taux de natalité des catholiques semble corrélé à l’intensité de leur pratique ». Cela semble assez logique… ;)

  11. Ils ne se radicalisent pas, ils ont à nouveau les pieds sur terre, voilà tout!
    De l’autre côté de l’Atlantique, la commuauté de notre petite église traditionnelle ne cesse ce croître depuis 15 ans et est toujours pleine pendant les 4 messes du dimanche. La grande, très ancienne, fort belle et ‘moderne’ église du centre ville, elle, n’a pas rencontré le même problème, malgré sa récente innovation : une messe « sensory-friendly » pour jeunes autistes, c’est à dire avec éclairage tamisé, niveau sonore réduit, pas de cloches/clochettes et pas d’encens.

  12. « Querelle des jeunes anciens et des vieux modernes »… très bien résumé ! … les « vieux modernes » sont exaspérants car ils n’assument pas leur rôle générationnel de conservation et de transmission (« si le sel perd sa saveur, alors il n’est plus bon qu’à être jeté dehors »). Les « jeunes anciens » sont obligés d’assumer la double casquette, et de s’occuper à la fois de leurs enfants et de leurs vieux parents boomeurs. Ca fait beaucoup ! Mais on l’accepte, car c’est le destin de notre génération. De toutes façons, on est là pour fermer la porte et éteindre la lumière en cette fin d’époque. Ce qui est pathétique est que, même au seuil du grand voyage, nos anciens n’ont que rarement un sursaut de remise en question. C’était bien la peine de prôner « l’ouverture d’esprit » pour en manquer à ce point !

    • L’Eglise était ARCHI PLEINE à la messe de NOEL, les jeunes, les vieux, les enfants petits et grands tout le quartier était présent. Alors soyons positif, l’EGLISE doit rester au milieu de village, même si certains veulent la déloger. ELLE RESISTERA.

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