[AU TRIBUNAL] Accusés de narcotrafic, Kahina et Abdelmalik devant le juge

Le cocktail habituel drogue ,délinquance et irresponsabilité, au tribunal correctionnel de Paris, ce lundi 8 décembre.
© BVoltaire
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Dans la galerie de scènes délictueuses ressassées audience après audience, au tribunal de Paris, l’une d’elles revient, comme tant d’autres, inlassablement : elle transporte la drogue en vue de la livrer, lui conduit la voiture qui les emmène, mais jamais – au grand jamais – ne savait-il quoi que ce soit des activités de sa dulcinée.

Le 2 octobre 2025, le véhicule de Kahina B. et d’Abdelmalik T. est intercepté dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Sur la jeune femme de 27 ans, les policiers découvrent 8 grammes de kétamine destinés à la vente. Au volant, son compagnon de 25 ans se révèle positif aux stupéfiants. Le véhicule de location n’est pas assuré et le permis d’Abdelmalik avait été suspendu quelque temps auparavant.

Après un passage en garde à vue, le couple est placé sous contrôle judiciaire en attendant de passer devant le juge, ce lundi 8 décembre, pour acquisition, détention, transport, offre ou cession de stupéfiants, conduite d’un véhicule malgré une suspension administrative en récidive et circulation d’un véhicule sans assurance en récidive.

La galanterie s’arrête devant le juge

Kahina B., née en 1998 à Bedjaya, en Algérie, adoptée puis placée en foyer à l’âge de 8 ans pour violences parentales, est connue de la Justice depuis 2016 pour violences sur ascendant, usage de stupéfiants, conduite sans permis et sans assurance. Elle explique son absence à une audience précédente par le décès de sa mère adoptive et consomme encore « quatre ou cinq joints par jour ». C’est toujours moins qu’avant, quand elle fumait « énormément ». Son avocat le concède : « Ce n’est pas un parcours exemplaire, mais elle est là. Ses erreurs doivent être regardées à la lumière de son passé difficile. »

À ses côtés, moins défavorisé par la vie, Abdelmalik T., né en 2000 à Créteil, hébergé chez ses parents, sans diplôme car exclu avant les examens, sans emploi déclaré, est, lui aussi, consommateur quotidien. Habitué des prétoires pour port d’arme, vol, destruction ou conduite dangereuse sous stupéfiants, il assume moins, comme beaucoup à sa place. En couple avec Kahina depuis six mois au moment des faits, il maintient, face au président du tribunal, qu’il « ne savait pas » ce qu’elle transportait. Le rôle de chevalier servant s’arrête devant le juge.

Alors, pour mettre en évidence ce que certains rechignent à admettre, le procureur élargit le regard sur la réalité narcotique : chiffre d’affaires du cannabis dépassant les sept milliards d’euros, « petits livreurs » interchangeables et engrenage sans fin, non pas établi par ces êtres désœuvrés mais entretenu, perpétué. Pour Kahina, il requiert douze mois, dont six assortis d’un sursis probatoire, avec obligation de travail ou de formation. Pour Abdelmalik, faute de preuves sur le trafic, et malgré ce schéma répétitif, honteusement connu de l’homme ingénu qui laisse prendre à sa compagne la responsabilité qu’il n’assume pas, il demande la relaxe sur ce point. Mais pour la récidive de conduite sous stupéfiants, sans permis et sans assurance, il réclame une peine de 6 mois d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire, d’une interdiction de revoir sa complice, d’un travail d’intérêt général et d’une amende.

Le président suit de près les réquisitions et Kahina B. écope de huit mois avec sursis probatoire pendant deux ans, obligations de soin et de travail. Abdelmalik T. est relaxé pour le transport de stupéfiants, mais condamné à six mois avec sursis probatoire pour la récidive de conduite sous stupéfiants malgré sa suspension de permis, avec les mêmes obligations de soin et de travail.

Délinquance française

Les dossiers se suivent et se ressemblent, à la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Au bout de chaque long couloir lisse, presque aseptisé, où résonnent les murmures du monde judiciaire, des familles plus ou moins étonnées de se (re)trouver là, ou des citoyens curieux, se racontent des histoires qui ne surprennent plus, à force de répétition : la misère, la folie parfois, l’impunité souvent, la violence tout le temps.

À chaque immigré illégal, le déracinement et la barrière de la langue. À chaque sans-abri marginalisé, la folie et l’addiction. À chaque dealer décomplexé, l’enfance difficile. Des croquis toujours semblables, esquisses répétées d’une délinquance qui s’étend moins timidement que sûrement à tout le territoire.

Nos deux Bonnie and Clyde des temps modernes, sans le panache, n'entreront pas dans l’Histoire car, en 2025, ils n'ont rien d'original : ceux-là ou d'autres, les tribunaux français en ont à ne plus savoir qu’en faire.

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