Art contemporain et déconstruction : au palais de Tokyo, pas un pour rattraper l’autre !
« Echo Delay Reverb » : sous ce titre, le palais de Tokyo présente une exposition consacrée aux liens entre plasticiens américains et « French Theory » — les Deleuze, Foucault, Beauvoir et autres Derrida. Un grand moment où la laideur, le néant et le gauchisme se disputent la vedette.
Le tas de bonbons évolutif
On doit cet événement concepto-intellectuel à Naomi Beckwith, directrice adjointe du Guggenheim (New York). Les lignes introductives donnent le ton : « Face au déracinement de la traite esclavagiste, à l’aliénation provoquée par le système colonial et à la hiérarchie raciale qui a fondé l’humanisme européen… » Amis woke et déconstructivistes, bonjour ! Ce combat de Naomi Beckwith, « c’est à peu près tout ce que les États-Unis de Trump et le mouvement MAGA (Make America Great Again) veulent éradiquer et voir disparaître », écrit, consterné, L’Humanité.

Des balayures? Non, l'œuvre de Gonzales-Torres. © Samuel Martin
Ne nous emballons pas. On assiste à l’ordinaire exhibition de déjà-vu. Un tas de bonbons évolutif : le public peut se servir, « activant l’œuvre tout en contribuant à sa dispersion ». Il paraît que c’est en rapport au SIDA dont l’artiste, González-Torres, était atteint. Sans transition, mille deux cents oignons peints aux couleurs américaines par Pope.L sont « une allégorie du vivant comme résistance à l’ordre social et nationaliste », faut-il rire ou pleurer ? Une accumulation de bidons d’eau de Javel a un lien obscur avec des bruits satellitaires. De grandes toiles de Meleko Mokgosi « donnent à voir des scènes liées aux peuples africains et afro-diasporiques ». Elles nous rappellent surtout que, lorsque les plasticiens peignent, ils ne dépassent jamais le stade académique XIXe. S’ils le faisaient, ils deviendraient de bons vrais peintres et s’auto-excluraient du système marchand qu’est l’art contemporain.
As de pique et valets de gauche
L’exposition est accompagnée d’un faux jeu de cartes qui se veut « un outil pédagogique destiné à désacraliser la pensée critique et à offrir une porte d’entrée ludique vers la French Theory ». Rien de moins ludique, pourtant, puisque le wokisme est né, en partie, de cette « théorie française » qui définissait, pour les dénoncer, le patriarcat, l’hétérosexualité, le capitalisme — tout ce qui est mal. Qu’ils l’aient voulu ou pas, les partisans de la « French Theory » ont contribué à établir le sectaire « camp du Bien » et le continuel décri de la civilisation occidentale.

Installation de Char-Jéré intitulée Il n'y a rien de nouveau sous le soleil mais il y a de nouveaux soleils. Enfoncé, l'Ecclésiaste! © Samuel Martin
Chaque carte présente un penseur (Bataille, Beauvoir, Genet, Césaire, Wittig…) ou une théorie (déconstruction, structuralisme, anticolonialisme et postcolonialité, féminisme). Faire une interminable bataille avec son petit neveu, où chacun reprend les as et les rois à son tour, est à coup sûr plus amusant. Mais le jeu ne manque pas d’humour ; en témoigne cette règle concernant Beauvoir : « Si un·e joueur·euse se réfère à Simone de Beauvoir comme "la femme de Sartre", iel perd immédiatement la partie. Cet effet ne peut être annulé. »
« Créolisation infinie »
Au fil des cartes se succèdent les intellectuels et leurs combats. Frantz Fanon et « la lutte armée contre le colonialisme dans son engagement avec le FLN », les engagements de Foucault et Genet, l’un « aux côtés des prisonnier·es, migrant·es, malades et homosexuel·les… », l’autre qui célèbre « les figures marginalisées - voleurs, prostitué·es, traîtres »… Et encore Édouard Glissant, théoricien de la « créolisation infinie » chère à Jean-Luc Mélenchon. Sans oublier Hélène Cixous, qui voulut « inventer une "écriture au féminin" pour dépasser le langage phallocentré dominant ». Belote et rebelote des clichés de gauche !

Quelques-uns des oignons de Pope.L. © Samuel Martin
Le seul lien manifeste entre cette fausse science et les œuvres décrites plus haut ? Les concepts des professeurs mènent aux concepts des plasticiens. La déconstruction et le laid ont partie liée. « Les institutions ne sont pas neutres, dit une des cartes : elles fabriquent des hiérarchies, des privilèges et des dominations […]. Elles définissent qui a le pouvoir, qui est légitime et qui reste à la marge. »
Appliquons cela au palais de Tokyo. Propriété de l’État, le palais de Tokyo est financé en partie par l’argent public. Du ministère de la Culture, il a touché pas loin de 8 millions, en 2024. Le prix de la subversion, payé avec vos impôts : le palais de Tokyo n'est pas une institution neutre. Il fabrique les privilèges des plasticiens exposés et la domination de la French Theory. Il la légitime au détriment, par exemple, de toute pensée conservatrice. CQFD.

La peinture, un rien académique, de Meleko Mokgosi. © Samuel Martin
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28 commentaires
Et le théâtre du festival d’Avignon qui essaime à Paris ? Des daubes inouïes montées grâce à l’argent public, sans parler de films qui font 2 ou 3000 entrées. A l’évidence, même les wokistes ne vont pas les voir !!!
On a tort de taper à bâtons rompus sur les artistes contemporains du palais de Tokyo qui ne font que nous faire prendre conscience de la décrépitude amère de notre société esclavagiste, capitaliste, raciste, sexiste, machiste, qui nous a porté où nous en sommes et dont ils sont issus. Leur malheur vient de là et un peu aussi beaucoup de leur mal-être. En se déconstruisant sous nos yeux, ils se dévêtent, mettant à nu une créativité en berne dont ils sont bien obligés de faire le deuil. Fidèles à ce mal de la repentance qu’ils portent sur leur voussure, ils offrent l’image de la misère morale qui les ronge et qu’ils nous obligent à partager par la force têtue de leur insignifiance, reflet de cette société qui a perdu pied mais tient à le faire savoir, à s’exposer. Nous ne sommes plus devant les titillements anti-académiques des impressionnistes qui avaient mis les déjeuners sur l’herbe à la mode du sexe, ni de l’humour des surréalistes embrochant le bourgeois, mais de ce nihilisme qui nie l’art en lui donnant par une nullité travaillée ses lettres de noblesse. Nous sommes bien obligés d’admirer que ces dépôts d’ordures, encore mieux orchestrés que ceux administrés par la mairie de Paris, sont des chefs-d’oeuvre sociétaux au point que nous pourrions nous y reconnaître comme dans un miroir. jusqu’où ira l’inventivité mimétique de ces travailleurs de la couleur glauque de nos vies coupables ? Les visiteurs du palais de Tokyo, qui acquittent un droit d’entrée en plus de leurs impôts encourageant l’art de faire de l’art en lui faisant la peau, sortiront un peu refaits de leur visite. la seule consolation à tirer de cette débacle est de la mettre au crédit de l’imbécillité politique qui nous y a mené. Depuis mai 68, elle bat son plein, la gauche, élargie, plurielle, comme elle dit, entriste en tout, même dans ce qu’elle ignore, aux postes d’influences quand bien même elle est illettrée, est la seule responsable de cette victoire éclatante des pinceaux et des couteaux, de cet emplâtrement sociétal dans lequel nous baignons tous et que l’art révêle à l’identique. Je conseille donc la visite du Palais de Tokyo, la corde au cou et le balai et la serpilère à la main, qu’on déposera, bien entendu au vestiaire, pour mieux apprécier la vacuité sublimale de l’art réduit à son essence perlimpimpine.
On peut constater que les oscilloscopes sur le bidons ont un signal plat. S’agit-il d’une représentation de l’encéphalogramme de l’artiste ?
Un article dont je me serais bien passée ! Pardon Monsieur Martin ! :)
Toujours la symbolique vaseuse et politique, pour donner une interprétation au foutage de g ….
Effarant.
Là encore ce n’est pas nouveau.
Il y a une trentaine d’année, nous étions invités à un vernissage d’une exposition d’art moderne. Nous étions 5 mn en avance, mais nous avons eu le droit de rentrer.
Nous arrivons dans une salle, avec des cartons vides entassés. L’un de mes enfants regarde et me dit = « tu as vu maman? Nous sommes vraiment en avance, ils n’ont pas fini de déballer les cartons et de les enlever ».
Mon deuxième enfant lui répond à ma place = « enfin, regarde la pancarte : c’est une « oeuvre ».
Cela nous a fait bien rire! J’ose espérer que personne a acheté ce truc là.
rentrés à la maison, nous avons fait des œuvres d’art moderne : une boite de conserve avec en sortant une peau de banane, un papier de couleur, deux piques de brochettes…
Les enfants se sont bien amusés. Ils préfèrent toujours les tableaux de Raphaël aux boites de déchets culinaires.
A Beaubourg, il y a…40 ans déjà, expo d’un tas de fourchettes et d’un tas de couvertures blanches pleines de taches !
Dans le même style Tara, vous pouvez visiter le musée du noir à Rodez (non je plaisante,n’y allez surtout pas !) vous trouverez 5 espèces de containers tout pourris dans lesquels vous pourrez vous promener en pensant que la déco contemporaine et froide et dégueulasse avant de comprendre que ce que vous voyez c’est en fait les « œuvres de l’artiste » Pierre Soulages qui comme son nom l’indique soulages la municipalité et la région Aveyron d’un million d’euros par an pour exposer et entretenir ces merdes noires. En fait, une seiche apeurée ferait cent fois plus créatif en laissant son encre se répandre. et nous régalerait sur la plancha. Une amie un peu perchée m’avais trainé là et doit encore se souvenir de mon commentaire : La prochaine fois que tu me fais l’honneur de m’inviter, assures-toi que le mot « contemporain » ne fasse pas partie du descriptif.
Rien de nouveau sous le soleil. Ces installations se répètent depuis plus de 20 ans: tas de chiffons posés dans un coin et porte-parapluies au Musée d’Art Moderne de Londres il y a plus de 10 ans, congélateurs geant avec des blocs de glace, poubelles de rues et, déjà, tas de chiffons au MOMA de New York il y a 20 ans, cet art contemporain manque complètement de créativité….
« Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les cœurs abjects. »
Ernst Jünger
Sur les falaises de marbre (Auf den Marmorklippen) 1939, trad. Henri Thomas, éditions Gallimard 1942, coll. L’Imaginaire, 2017
Merci, vous m’avez économisé les 13 euros du billet d’entrée !
Si, à tout hasard, le palais de Tokyo cherche une femme de ménage, pardon, un agent d’entretien, faites moi signe, j’accepte le job. Faire le ménage peut faire bon ménage avec le déconstructivisme. Prière de me fournir s’il vous plait, les sacs poubelles. Merci d’avance’
Toubib.
Et je viens avec vous ! :)
Et il y a des gus en France qui dissertent dans les journaux en se demandant pourquoi Trump a été élu aux USA.
Il nous faut un Trump ici et ce ne sera pas le petit Jordan, il n’a ni les compétences, ni la niaque.
Cet article est à relier avec l’article sur les facs de médecine pourries par l’escrologie.
PS. J’aime beaucoup l’idée d’avoir accumulé des bidons de javel. Sont-ils seulement pleins ? J’avoue en douter car cela aurait nécessité un effort surhumain pour « l’artiste ».
Et puisqu’on est dans les reproches, exposer des bidons d’eau de javel est une idée géniale qui aurait pu l’être encore plus si on y avait ajouté des bidons de Canard WC. :)
A votre avis, combien le plasticien a-t-il touché de commission de la part du fabricant d’eau de javel ?
Insignifiant. Le monde continue de tourner.
En Occident il tourne de moins en moins bien. Par contre en Asie, non seulement il tourne rond mais en plus il tourne vite.
Ravi au lit.
Eh oui !
Combien cela a coûté ? Parce que pour faire des économies, on a une piste forte.
Plus ça va, moins ça va!
La jurisprudence Audiard / Ventura des Tontons flingueurs fait toujours foi.