Arcom : dure avec CNews, douce avec France Inter et France 5

Des voix s’élèvent pour dénoncer la sévérité très changeante de l’Arcom vis-à-vis des médias.
ARCOM

La décision était attendue. Ce jeudi 12 mars, l’Arcom a publié deux avis, l’un concernant France 5, l’autre France Inter. Des téléspectateurs et auditeurs avaient signalé des séquences choquantes diffusées sur ces médias dans lesquelles les auteurs du livre Une nuit en France (Grasset) avaient été invités pour développer leur version très partiale du meurtre de Thomas à Crépol, présenté comme le fruit d’une rixe entre bandes rivales. La dimension raciste des faits avait été balayée par les essayistes en question.

Sans surprise, l’autorité de régulation des médias n’y a rien trouvé de répréhensible. Elle a reconnu que la thèse défendue dans l’ouvrage a pu être « largement commentée » mais n’a vu aucun « élément manifestement erroné de nature à caractériser un manquement de l’éditeur ». Toutefois, « compte tenu de la toute particulière sensibilité du sujet », l’Arcom a consenti à rappeler à France Inter et France 5 « l’exigence d’exposition des différentes thèses en présence »...

Cette non-sanction est d’autant plus étonnante qu'un autre média auquel on faisait les mêmes reproches n'a pas profité d'une telle mansuétude. La chaîne CNews avait été accusée par certains de faire une lecture partielle du drame, donnant trop de crédit à la dizaine de témoignages directs qui attestent d’une motivation raciste dans l’attaque du bal de Crépol. « Le drame survenu à Crépol a […] été traité de manière univoque, les intervenants ayant systématiquement soutenu de manière péremptoire qu’il s’agirait d’un meurtre raciste » anti-Blanc, a prétendu l’Arcom. Verdict : mise en demeure. Difficile de mieux illustrer le deux poids deux mesures de l’autorité…

Dans l’échelle de ses interventions, la mise en demeure suit la mise en garde et peut déboucher sur une sanction financière en cas de récidive. Une sévérité devenue habituelle : selon la petite comptabilité tenue par la presse de gauche, l’Arcom aurait réprimandé CNews à 24 reprises et pour un montant de 530.001 euros d’amendes depuis 2019…

Deux poids deux mesure ?

C’est peu dire que le deux poids deux mesures commence à se voir. Fin janvier, l’Arcom s’en était déjà prise à CNews. Elle l’avait alors mise en garde dans son traitement du conflit israélo-palestinien. L'autorité avait estimé que plusieurs séquences « apparaissaient de nature à minimiser la réalité de la situation à Gaza sans prendre en considération les souffrances avérées de la population ».

Au même moment, l’Arcom s’est prononcée sur une séquence de l’émission Quotidien dans laquelle avait été diffusée une conversation privée entre Cédric Jubillar et son avocat, procédé strictement interdit par la loi. Les faits reprochés étaient graves, mais pas tant que ça, pour le gendarme du PAF... qui a passé l’éponge avec une grande magnanimité. « L’Autorité a estimé que la diffusion de cette séquence ne constituait pas un manquement de la chaîne à ses obligations », a-t-elle tranché.

Menaces sur la liberté d’expression

Au fil des décisions qui interrogent, l’opacité du fonctionnement de l’Arcom pose un problème grandissant. Selon quels critères objectifs les sanctions sont-elles attribuées ? Pourquoi les médias ne sont-ils pas tous logés à la même enseigne ? Et, surtout, est-il du ressort de cette autorité, par ailleurs dirigée par un compagnon de route du Parti socialiste, de punir les opinions politiquement incorrectes ou qui auraient été exprimées « de manière péremptoire » ?

C’est afin de remettre l’Arcom à sa place que Françoise Laborde a signé une tribune dans Le Figaro, ce 10 mars. Celle qui avait été membre du CSA - l’ancêtre de l'Arcom - entre 2009 et 2015 a elle-même été mise en cause par l’institution après avoir évoqué sur CNews, à propos du 7 octobre, des « naïfs occidentaux » découvrant que ceux qu’ils défendaient comme des « opprimés » s’étaient révélés être « sauvages » et « sanguinaires ». Des propos jugés « de nature à encourager des comportements discriminatoires », selon l'Arcom, qui en a profité pour infliger à la chaîne une nouvelle sanction financière.

« Quand une autorité administrative se réfugie derrière la procédure pour éviter le débat de fond, et quand ses décisions produisent une mise au pilori de personnes identifiables, une question s’impose : que devient la liberté de débattre ? », s’est inquiétée la journaliste, qui a déploré une jurisprudence « dangereuse ». Difficile de ne pas partager son inquiétude.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Il faut que l’ARCOM disparaisse et avec elles toutes ces organisations qui n’ont qu’un seul but, pourrir la vie des journalistes. En même temps, on ferait quelques économies. D’ailleurs, il n’y a jamais d’informations complètement neutres, même la plus grande neutralité laisse transparaître un point de vue. C’est alors au lecteur et au spectateur de faire le tri, et certainement pas à une instance de dire aux gens ce qui est bon et ce qui est mauvais.

  2. C’est encore une lourde erreur tactique de la macronie qui semble ignorer qu’aucun journaliste ni aucun expert de CNews n’a jamais été proche du Rassemblement national, ses rares partisans en ayant été systématiquement expulsés.

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