[ANIMAUX] Les éleveurs auront un peu plus de liberté pour faire face au loup

Pro-loup d’un côté, éleveurs de l'autre : deux conceptions de la nature s’opposent.
Photo de patrice schoefolt: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/loup-noir-mentir-predateur-11612094/
Photo de patrice schoefolt: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/loup-noir-mentir-predateur-11612094/

Le reclassement du loup, passé d’espèce « strictement protégée » à simplement « protégée », entraîne des aménagements réglementaires dans les pays des États membres de la convention de Berne. Ainsi, en France, dès janvier prochain, les éleveurs auront davantage de liberté pour faire face aux attaques. Fabienne Buccio, préfète coordinatrice nationale, a annoncé, le 23 septembre, « la suppression, dans les territoires exposés à la prédation, du régime d’autorisations dérogatoires au profit d’un système déclaratif ».

Le loup se porte bien au niveau européen

Référent loup de la Coordination rurale, Christian Provent se réjouit, auprès de BV, de la perspective continentale donnée à la question. « Nous demandions depuis longtemps que le dossier prédation soit porté au niveau européen. L’évaluation de la population lupine par les principaux pays a permis d’établir un effectif d’environ 20.000 loups. La commission permanente de la convention de Berne a estimé que la population est en effectif suffisant pour ne plus être menacée et a donc reclassé l’espèce. »

L’adaptation du cadre juridique s’accompagne, comme il est de règle en matière d’environnement, d’une consultation publique. Le titre est entortillé : « Projet de décret portant diverses dispositions relatives aux mesures de protection des espèces animales non domestiques et végétales non cultivées ». Mais c’est bien du loup qu’il s’agit. À voir les réactions, les avis sont à 90 % défavorables : ce sont les pro-loup qui s’expriment. « Comme dans toutes les consultations publiques, réagit Christian Provent. Nous, syndicalistes, passons l’info, mais le monde agricole n’est pas habitué à ce genre de consultations et, donc, se manifeste peu. D’où notre faible mobilisation. » La vie d'un éleveur se passe dehors plutôt que devant un écran d'ordinateur.

L’État se décharge du fardeau

Cela va-t-il desservir la cause des éleveurs ? Non, puisque, la décision de reclassement a eu lieu et que les États membres sont tenus de présenter des mesures, nous rassure Christian Provent : « Toutes les composantes du Groupe National Loup [GNL] sont invitées à s’exprimer par l’envoi de contribution et la tenue de réunion. Ce vendredi 3 octobre, nous serons à la troisième réunion de concertation du GNL, avec un objectif : formuler des propositions sur les modalités à mettre en œuvre, pour mise en place début 2026. » Car, dans les propositions actuelles, tout n’est pas clairement défini.

Il faut d’ailleurs mesurer ce que ce progrès implique. « D’une certaine manière, explique le Monsieur Loup de la Coordination rurale, l’État se décharge sur les éleveurs. Jusqu’à maintenant, tout était mis en œuvre en faisant appel à des professionnels de la louvèterie. Avec les nouvelles règles, beaucoup de responsabilités vont retomber sur les épaules des éleveurs. » Or, tous les éleveurs ne sont pas chasseurs. Tous n’ont pas une pratique suffisante pour gérer, à leur niveau, la présence du loup. « Cela risque d’être problématique. Nous souhaitons que les chasseurs s’engagent aux côtés des éleveurs, pour ne pas laisser ceux-ci seuls face au problème. »

Pro-loup et anti-loup

Du côté des pro-loup, on dénonce, comme le WWF, « l'ouverture d'une chasse aux loups ». Outrance, car il n’y aura bien sûr rien de tel. La préfète coordinatrice a rappelé que « l’objectif est clair : améliorer la coexistence entre le loup, dont le bon état de conservation doit toujours être garanti, et les activités d’élevage qui font face à une prédation lupine importante et croissante en France ». De même, la consultation publique, qui parle d'« assurer un état de conservation favorable des populations des espèces concernées et permettre leur coexistence avec les activités économiques existantes ».

Cette coexistence est une idée séduisante mais irréaliste, pour Christian Provent : « La présence du loup partout est totalement incompatible avec l’élevage et plus généralement avec les activités humaines. » Il déplore que les associations restent aussi campées sur leur position du « loup partout ». Il pointe du doigt une incohérence fondamentale. « Le loup est une espèce magnifique quand il s’exprime dans un milieu sauvage. Mais lorsqu’il tue quinze, vingt moutons, dans un enclos, pour le plaisir et pour n’en manger qu’un ou deux, sont-ce ses qualités intrinsèques qui s’expriment ? Je ne crois pas. »

Un exemple ? Cet éleveur de la Meuse qui a perdu 27 brebis égorgées, et 45 autres blessées, dans huit attaques de loup durant l’année. Pro-loup d’un côté, éleveurs cherchant à protéger leurs animaux et leur travail de l'autre : deux conceptions de la nature s’opposent. L’une, idéale, où le loup ferait sa place en harmonie avec les campagnes françaises. L’autre, ancrée dans un réel plus sanglant.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Les loups ne peuvent plus vivre dans un monde de 8 milliards d’habitants. Donc il faudra choisir.

    • Il ne faut pas se voiler la face, la planète peut survivre sans l’homme mais pas sans les animaux… et les humains sont trop nombreux

  2. Un troupeau de grand nombre est plus difficile à protéger qu’un de taille moyenne ou même plus réduite . Les éleveurs avancent la nécessaire rentabilité pour justifier les effectifs , certes mais nous aurions plus de troupeaux et plus de bergers payés correctement si le cours du mouton était plus rémunérateur donc si nous importions moins de bêtes de Nouvelle – Zélande . Importations que nous devons au gouvernement socialiste , il a fallu compenser l’attentat de nos services secrets !

  3. Il n’y a rien d’inutile dans la nature et le loup fait partie d’une chaine. Il faudrait chercher et voir pourquoi il en a peut-être plus. Si c’est le cas, la chaine est sans doute rompue à un endroit. Qui est le prédateur du loup? Et s’il y a moins de prédateurs du loup…pourquoi? etc…Il y a un déséquilibre quelque part.

    • C’est le Loup le prédateur, il n’y a pas de prédateur au dessus du Loup. Il faut savoir que nous sommes un des rares pays à autoriser la chasse au Loup, car c’est un profit pour les éleveurs qui touchent des sommes de l’Etat, donc de nos impôts, supérieures à la vente en cas de décès des moutons et comme cela ils n’achètent pas de chiens de protection, et pas de gardiennage (berger), c’est donc une triple économie ! Et quand le Loup disparait de la chaîne animale c’est un total déséquilibre, voyez pour cela le parc de Yello Stone

    • Tout est déséquilibré dans la nature depuis que l’humain veut la régenter. L’expression « laisser faire la nature » prend ici tout son sens, n’est-ce pas ?

  4. Tant que politiquement, on laissera « décider » de ces choses qui font que, un « éleveur » est un petit entrepreneur en agriculture qui tente de survivre par son travail, alors que les « protecteurs des loups » ou autres stupidités, ne sont que de « doux rêveurs » qui n’entendent rien aux soucis du précédents, puisque vivant pour la majorité en milieu urbain. Un peu à l’image de ceux qui prennent la décision d’aller vivre en campagne sans pouvoir s’y acclimater, tintement des cloches de l’Eglise, chants des coqs, odeur de la campagne, etc. …
    Il faut laisser le droit de décision pour ce qui concerne la « campagne » aux campagnards qui connaissent parfaitement leur milieu ! Que ceux de la ville s’occupent de leurs villes, ils auront suffisamment à faire…

    • Bien, mais avec un obstacle inhérent à la conditioon d’écolo (de la ville) : le totalitarisme. C’est lui qui mène l’orchestre.

  5. Je veux bien mais bon
    Je vais faire grincer mais pour les vols de moutons à la période d’une certaine fête ????

  6. « tous les éleveurs ne sont pas chasseurs. Tous n’ont pas une pratique suffisante pour gérer, à leur niveau, la présence du loup. »

    Je croyais qu’il y avait des « races de chiens de protection » que l’on pouvait utiliser pour la protection des troupeaux (et des humains) contre les loups.
    Comme le Patou, Le Transmontano, Les chiens de bergers des carpates, les Beaucerons…
    Bien que provinciale, je n’habite pas dans une région où il y a des loups (il y en avait au début du siècle dernier), il est vrai.

    • Il y a aussi une race chien au Portugal très efficace contre les attaques de loups à condition d’être élevé au milieu du troupeau , en France nous avons le Beauceron , le Patou qui ne reculeront pas devant le loup et il y beaucoup d’autre race de chien anti loup , moins dangereux pour les bergers que le fusil de chasse !

    • C’est ce que j’ai déjà expliqué ! Chiens de berger ET clôtures pour la journée, et bergerie fermée la nuit. Et troupeaux plus petits. Peut-être certains éleveurs ne font-ils pas beaucoup d’efforts sur le sujet…

  7. C’est marrant. Les pro loups n’ont jamais vu de loups et n’élèvent pas de moutons ou autres. En fait, ce sont des bobos enbourgeoisés qui vivent au crochet de la société et qui n’ont jamais travaillé. Et qui nous donnent des leçons de morale pour avoir l’impression d’exister.

  8. Une » légère « erreur s’est glissée dans la répartition des loups. La France comprend environ 1000 individus, selon la Préfecture de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en décembre 2024. Les environ 20.000 loups ont été recensés dans 23 Pays Européens, hors Russie.

  9. les « pro loups » sont des gens déconnectés. les anti loups sont des gens concernés.
    les pro loups sont des idéalistes. les anti loups sont pragmatiques.
    les loups sont une calamité pour le monde animal, les éleveurs et pour l’homme.
    c’est pas pour rien qu’il a été déclaré « calamité nationale » par Napoléon Bonaparte et il aura fallu150 ans pour s’en débarrasser (en 1960 les villageois on brulé une forêt a Ancelle et en 1963 a Réallon, pareil a Prapic, a Pierre Grosse, a Chaudun). On ne compte plus les enfants qui se sont fait dévorer par cette bête , (comme le « petit Emile)

  10. Le chiffre fournis par l’OFB pour la population des loups en 2024 est de 1013 individus !
    Monsieur Martin devrait vérifier ses sources puisqu’il en annonce 20 000 en France !…
    Quant à cet animal, de nombreuses sources nous disent qu’il tue pour manger… qui dit la vérité ?

    Le problème pour définir les responsables d’une attaque est qu’il n’y a guère de différences entre une meute de chiens errants et celle d’une meute de loups… problème, une déclaration tardive demande des analyses approfondies pour déterminer le coupable…

    L’autre problème c’est que l’humain est incapable de se contenter de ce qu’il a et éprouve le besoin de grignoter les espaces sauvages, rendant compliqué la cohabitation. C’est la même chose pour les ours !

    Enfin il y a un problème bien plus grave : les bergers sont-ils chasseurs et si tel est le cas sont-ils armés en conséquence et capables de chasser le loup ?
    En effet l’état se décharge sur les éleveurs sans en mesurer les conséquences, y compris de sécurité publique…

    • D’accord avec vous. On empiète, on empiète, et la nature perd de plus en plus ses droits. L’État adooore les chasseurs et se décharge donc du problème sur eux ! Les bergers qui ne sont pas chasseurs — pas habitués à tuer direct puisqu’ils envoient leurs animaux tant aimés à l’abattoir — risquent malencontreusement de dézinguer leurs moutons. Pauvres animaux…

  11. QUE les « PRO-loups » achètent des terres … Qu’ils y mettent des loups et qu’ils assument leurs nutritions ! …
    Après ils viendront dire que « le loup est à sa place dans un territoire d’élevage » ! … OU PAS ! …

  12. Visiblement certains ne connaissent vraiment pas la façon de chasser du loup ou bien préfère la facilité ; le loup chasse en meute , tue généralement une bête faible et la mange intégralement sur place , sinon il emmène la carcasse pour plus tard.
    Les tueries en masse ou les mutilations sont plutôt du fait de chien errant , voir de l’agriculteur lui même pour toucher les subventions ( il existe de véreux dans la profession).
    un troupeau cela ce surveillent sur place pas a l’aide de camera et de chiens laisser tout seul.

    • D’après vos propos, il faut faire des analyses dignes des séries du genre « Les experts » afin de déterminer les vrais criminels ! …
      L’utilisation des vidéos seraient utiles en complément des chiens ! …
      Les meutes de plus de 5 à 10 loups ne doivent être « légion » en France et ils ne doivent pas forcément avoir le même comportement que les loups d’Amérique du Nord comme ceux des parcs nationaux comme Yellow stone …

    • Merci de redresser quelque peu des propos reproduisant les idées reçues ou médiatiques… une meute de loups n’est pas une meute de hyènes !

    • c’est ce que je disais, tu sait pas ce que tu raconte. j’ai vécu UNE attaque ou on a ramassé 57 cadavres (retrouvés) et 67 brebis manquantes au total, toutes juste saignées .
      le mode que tu décrit c’était avant, avant les ELEVAGES de loups dans lesquels ils perdent tout sens de la hiérarchie, et quand ils attaquent, c’est la curée, c’est la foire a l’empoigne. et en 50 ans de garde je n’ai jamais vu un seul chien errant ni de lynx. tout ça c’est des conneries.

      • J’ai été élevé dans la campagne Berrichonne …
        J’ai vu souvent des chiens attaquer des troupeaux de moutons ! …
        Je me rappelle d’une affaire où c’était 3 huskys ( photos à l’appuis ) ! … ils en ont tué une dizaine en quelques jours avant qu’ils soient « débusqués » par le berger …

  13. On peut s’attendre à de nombreux abus de la part des éleveurs dont beaucoup ont une conscience écologique très faible ! Rappelons que le loup est nécessaire si nous voulons avoir une faune sauvage équilibrée.

    • En FRANCE même dans les parcs nationaux comme le Parc de la Vanoise, la présence de « l’Humain » est plus importante que dans les zones que vous semblez « prendre comme exemple » ! …
      L’Agriculture ET surtout les agriculteurs sont les garants du paysage français ! …
      Nous avons vu arriver les fameux « néo-ruraux » qui savent tout sur tout et en particulier qui veulent toujours nous « apprendre » comment avoir une faune sauvage équilibrée ! …
      Que ces « bobos escrolos » aillent développer leurs zoos virtuels et qu’ils retournent dans leurs « cages à lapins urbains » ! …

      • Il en va de même pour la destruction des « talus » en Bretagne. Et les inondations qui ont suivi. Plus de talus=plus de barrières de terre et plus de buissons et autres plantes qui y poussaient pour absorber l’eau= inondation des champs et des zones constructibles proches etc…et ça continue!..Dehors tous ces ronds de cuir escros non logiques…

      • « les agriculteurs sont les garants du paysage français ! … » vous êtes sérieux, vous l’avez bien vu notre campagne dans l’état ou elle est ?

    • le loup n’est pas nécessaire a « l’équilibre de la nature » et je vous invite tous a aller voire les enquêtes de Bruno Lecomte sur le sujet. Il y explique que c’est un rapport parlementaire de 1970 qui établit « ce qu’il faudra dire (les arguments , comme « le loup nécessaire a l’équilibre de la nature) pour que les gens acceptent la REINTRODUCTION du loup ».

      • Il y a deux siècles que votre « nature » a été remplacée par des exploitations humaines. Partout. Il n’y a plus de nature sauvage, non gérée par l’homme, dans nos pays totalement voués à la production-exploitation extensive. Voilà pourquoi il n’y a plus de régulation naturelle par le loup. Ni nécessaire, ni naturelle, ni possible en effet. Dans d’autres continents, il reste quelques rares paradis où le règne de la « nature » est respecté, mais de moins en mois chaque jour.. Il eut fallu, à la révolution, déclarer les DEVOIRS de l’Homme et du citoyen, et surtout reconnaître notre terre comme un paradis sacré ( réserve naturelle classée in interdite) et donc interdire l’industrialisation, le profit et la croissance économique ! Notre paradis et notre bien-être n’auraient ni fin, ni limite…

    • Les éleveurs de moutons, brebis et chèvres sont certainement plus affutés aux rapports journaliers avec la nature que les  » écolos bobos ». Nos anciens (Alsaciens) n’avaient pour le loup qu’un souvenir lointain… Le loup classé comme animal prédateur… Il est vrai que sa présence régule certaine faune parmi les cervidés.

    • quand le loup a été éliminé les cultivateurs et éleveurs ont été bien contents et ce sont les italiens qui nous les ont donnés

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