[ANIMAUX] Le sanglier, emblème gaulois, reprend ses droits partout en France
Les siècles passent, les millénaires aussi et la Gaule reste une terre de sangliers. Nos ancêtres seraient surpris de voir les compagnons des dieux Lug et Cernunnos proliférer à ce point. D’où des problèmes, et quelques solutions.
On estime à plus d'un million la population de sangliers en France, en se basant sur un abattage de 800.000 à 850.000 bêtes par an — on en abattait 35.000, environ, au début des années 1970. Le sanglier, alors, était rare ; il est devenu banal. Collision avec des trains, des voitures : en Anjou, fin août, une voiture en a tué 19 lors d’un choc mémorable. Il y a quelques jours, à Antibes, une inhumation a dû être reportée, des marcassins s’étant installés dans le caveau familial.
Des dégâts qui ont un coût
Il y a l’exemple de Rillette, témoin d’une belle amitié entre l’homme et l’animal, mais pour les agriculteurs, le sanglier est synonyme de dégâts. Dans l’Hérault, certains viticulteurs estiment perdre 20 % de leur récolte à cause du sanglier. Gourmand de raisins, il dévaste les pieds de vignes. L’animal aime aussi le maïs dit « laiteux » (lorsqu’il arrive à maturité) et saccage allègrement les parcelles.
Ayant la main sur la régulation de la population, les fédérations départementales de chasseurs ont l’obligation d’indemniser les agriculteurs dont les cultures sont dégradées. 85 % du budget des fédérations y passent, les mettant dans de grandes difficultés. Pour améliorer le dispositif, une proposition de loi a été déposée par les députées Hélène Laporte (Lot-et-Garonne, RN) et Stéphanie Galzy (Hérault, RN). Elle propose un financement par une dotation de l’État, par des fonds européens et des contributions des fédérations de chasseurs et des propriétaires ayant formé opposition à la chasse sur leur terrain.
L’initiative Gibier pour tous
Plus de 800.000 sangliers tués par an, cela fait de la viande ! « Le sanglier est consommé par le chasseur et son entourage. L’autoconsommation est une tradition — et une très belle tradition —, mais elle ne suffit plus à écouler les stocks », explique, à BV, Charlotte de Fougères, qui préside C2F Concept, prestataire spécialisé dans la filière gibier. Certains sangliers partent dans la transformation mais, constate-t-elle, « la logistique est lourde pour transporter un sanglier de la forêt à l’atelier de préparation, et ce, en un temps record ! »
C’est là qu’intervient l’application Gibier pour tous, créée par C2F Concept avec la fédération de chasse du Cher. Elle met en lien un chasseur et un consommateur. Du circuit court, local et à prix très bas, de 1 euro à 4 euros le kilo ; ou 20 euros la bête ; ou, tout simplement, le don. Le gibier est livré « entier, sous peau, et éviscéré ». Cela ne demande-t-il pas un peu de savoir-faire ? « Il faut se retrousser les manches, nous répond Charlotte de Fougères. Comme nos anciens faisaient, après tout ! »
Une viande écologique
Elle se souvient de l’une des premières utilisatrices de l'application : une veuve avec trois enfants à charge, en zone rurale, et qui cherchait une viande pas trop coûteuse. Cette femme a reçu deux petits sangliers. Ne sachant qu’en faire, « elle a frappé à la porte de la fédération de chasseurs, raconte Charlotte de Fougères. Le système D s’est mis en place : un voisin l’a aidée à les préparer. "Grâce à vous", a-t-elle témoigné, "j’ai rempli mon congélateur. La préparation a été une vraie activité familiale. Et j’ai pu offrir un vrai repas de Noël à mes enfants…" »
L’application met en avant une viande « responsable » qui constitue « une alternative durable » et préserve « nos ressources énergétiques » : des termes qu’on a l’habitude de trouver chez les écolos plus que chez les chasseurs. Mais Charlotte de Fougères en est persuadée : « Le gibier est une alternative carnée à empreinte carbone faible qui répondra aux enjeux de souveraineté alimentaire. Énormément de gibier commercialisé en France est importé de Nouvelle-Zélande et d’Europe de l’Est… alors qu’on pourrait être auto-suffisant. » Alors, par Toutatis, n’hésitons pas à mettre du sanglier à nos menus ! Certes, nos ancêtres les Gaulois n’en consommaient pas tant que les albums d’Astérix l’ont fait croire. Mais ce gibier abondant, bio et identitaire, a tout d’une viande d’avenir.
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46 commentaires
Du gibier importé d’europe de l’Est ? Je me suis toujours demandé s’il y avait un controle sanitaire depuis Tchernobyl, idem pour les champignons (girolles) originaires d’ukraine.
J ai eu l occasion de manger du sanglier en Cabili en Algérie il est aussi délicieux. En France, si vous voulez en acheter il va falloir indemnisé les chasseurs qui les nourrissent.
Avec un peu de bonne volonté et organisation, peut être bientôt du sanglier au menu tous les vendredis aux restos du coeur ?
Si le sanglier est si abondant et bon, pourquoi ne le trouve t’on pas davantage tout simplement au rayon charcuterie ?
Ce serait une concurrence déloyale aux éleveurs de porc qui donc s’y opposent ?
Chasser le sanglier (à balles) ne choque pas mon amour de la nature . ILs sont si nombreux . D’autre part bien cuisiné c’est une viande délicieuse , mais où en acheter ?
T’as qu’à aller le chercher toi-même en forêt, et toi-même le dépecer, si c’est TELLEMENT délicieux.