Niveau scolaire : allons-nous laisser exploser « la bombe à retardement » ?

« Bombe à retardement » pour le directeur général de Safran. « Suicide assisté » pour J. Le Floch-Imad...
Capture écran de Main basse sur l'Éducation nationale: Enquête sur un suicide assisté de Joachim Le Floch-Imad
Capture écran de Main basse sur l'Éducation nationale: Enquête sur un suicide assisté de Joachim Le Floch-Imad

« La France a toujours été reconnue pour l’excellence de son parcours de formation en maths, et moi, ce qui m’inquiète, parce que je pense que c’est une bombe à retardement, c’est de voir le niveau progressivement baisser », alertait Olivier Andriès, directeur général de Safran, à la commission des affaires économiques au Sénat, mercredi 14 janvier. Le niveau baisse en maths, comme il baisse dans toutes les autres matières. Ce n’est plus une opinion mais une certitude et la dynamique que personne ne veut ou ne peut inverser a été enclenchée, il y a longtemps, comme le démontre Joachim Le Floch-Imad dans son livre Main basse sur l’Éducation nationale – Enquête sur un suicide assisté, publié aux Éditions du Cerf en août dernier. « Bombe à retardement » pour le dirigeant polytechnicien de Safran, « catastrophe nationale » pour l’enseignant et essayiste diplômé de Sciences Po et de la Sorbonne, le constat est sans appel et tous deux rappellent l’urgence à redresser la barre.

« Un suicide assisté » idéologique et politique

Dans son livre, Joachim Le Floch-Imad identifie les mécanismes qui ont conduit à la situation affligeante de l’Éducation nationale avec de nombreux chiffres et de nombreux exemples. Ils sont idéologiques et politiques : il n’y a plus de cap clair, la valse des ministres et de leurs politiques souvent antagonistes est incessante, une endogamie du recrutement, l’immobilisme d’un « gigantisme bureaucratique », la force et la radicalisation des syndicats de gauche, le choix d’un modèle managérial dans lequel l’élève est devenu un consommateur ont largement participé au naufrage de l’Éducation nationale. Comment retrouver la ligne de flottaison ? En changeant clairement de paradigme, en restaurant l’autorité, en en finissant avec l’idéologie de l’Éducation nouvelle dans laquelle l’élève est au centre et co-constructeur de son savoir, en arrêtant de privilégier le pédagogisme à la transmission, en arrêtant de considérer l’exigence comme une attente crypto-fasciste ou inégalitaire. En lisant le livre de Joachim Le Floch-Imad, on ne peut qu’être effrayé par l’ampleur de la noyade depuis le tournant décisif et idéologique des années 1970-1980 que les problèmes actuels ne font qu’amplifier. La « culture du bien-être, du moi et de l'instant [par exemple] qui détricote l'imaginaire vertical de la nation au profit de celui, horizontal, de la communauté » ou bien le « ruissellement des modes idéologiques d'un monde universitaire qui n'est plus un lieu de production de savoirs mais une arène au service de la transformation du monde », plus de bien commun ou d’intérêt général, c’est l’école de l'épanouissement individuel dans laquelle le niveau est un gros mot et la transmission un vague souvenir.

« L'immigration tire le niveau vers le bas »

« Moi, ce que je crains, c’est une baisse du niveau qui est fourni par le système d’éducation publique, c’est triste à dire, et ça, c’est une bombe à retardement pour la France, qui est lente mais qui arrive », s’affligeait le directeur de Safran devant les sénateurs. « je vais être assez cru, mais de se fixer comme objectif d’avoir 80 % de bacheliers, voire plus, et, pour y arriver, de baisser le niveau, ce n’est pas la voie parce qu’à la fin des fins, la sélection, elle se fait. Si elle ne se fait pas là, elle se fera plus tard », ose-t-il expliquer. Mais la sélection est aussi un mot tabou : Joachim Le Floch-Imad explique comment, de la « passion de l’égalité », l’Éducation nationale en est venue à « la fureur égalitariste ». C’est que, écrit-il, « sous prétexte d'en finir avec un régime favorable aux "héritiers", il fallait selon [Jean-Claude Passeron et Pierre Bourdieu] non pas aider les plus humbles à s'élever mais défavoriser les favorisés et liquider le "capital culturel" ». C’est chose faite. Pourtant, « l'amour de l'égalité n'excluait pas la distinction ». Sans compter, en sus, les enjeux actuels auxquels il faut faire face puisque, « sans l'expliquer à elle seule, l'immigration renforce en effet sensiblement l'hétérogénéité des classes, conduisant les professeurs à aligner leurs exigences sur le niveau des plus faibles ». C'est simple, poursuit l'auteur, « dans le monde, selon PISA, on constate d'ailleurs que l'immigration tire le niveau vers le bas dans près de 70 % des pays de l'OCDE. […] Si la situation est particulièrement difficile en France, cela tient au volume et à la nature des flux migratoires. »

« Une bombe à retardement »

Évidemment, ce nivellement par le bas n’augure rien de bon et la « bombe à retardement » que prédit Olivier Andriès s’explique aisément : c’est un cercle vicieux d’autant plus fort qu’il n’y a plus de transmission, non plus, d’une identité nationale. La montée des individualismes, des communautarismes, sans compter la défiance de l’autorité et de l’ultra-violence chez les jeunes sont autant de facteurs qui actent aussi « la disparition du lien singulier qui unissait la nation à son école ». C’est, explique Joachim le Floch-Imad, qu’« à travers la transmission des connaissances dont l'école a la charge, se joue en effet la survie d'une civilisation, d'une mémoire et d'une langue. Se joue également la vitalité de la République qui ne peut fonctionner sans des citoyens capables, puisque éclairés, d'exercer la souveraineté populaire. » Or, « pourquoi les maths, c’est important ? », demande Olivier Andriès. Eh bien, « parce que c’est ça qui forme l’esprit. C’est ça qui permet de comprendre, d’analyser d’avoir vraiment une stratégie rationnelle d’analyse des problèmes. » Et les chiffres de l'enquête internationale TIMSS 2023 rapportés par Joachim Le Floch-Imad sont catastrophiques : « En CMI, avec un score moyen de 484 en mathématiques, la France a tout simplement le pire niveau de l'Union européenne (moyenne de 524) et se situe dans les tréfonds du classement de l'OCDE, entre le Kazakhstan et le Monténégro. »

Pourtant, « nous ne pouvons nous permettre d’échouer car la France vaudra demain ce que vaut son système éducatif aujourd’hui » : il faut virer de bord politiquement, plaide Joachim Le Floch-Imad, qui interroge, provocateur : « Allons-nous laisser se poursuivre une régression éducative qui, si rien ne change, nous précipitera dans la tiers-mondisation ? […] L'école, qui a fait la France, va-t-elle inexorablement continuer à la défaire ? » C’est aussi la question que semble poser le patron de Safran : allez-vous laisser exploser cette bombe à retardement ?

Vos commentaires

50 commentaires

  1. Pas la peine de faire de grandes enquêtes genre PISA, il suffit de regarder les 12 coups de midi pour constater le niveau catastrophique des jeunes de la génération Z en culture générale.

  2. Dans les années 80, un bouquin est sorti : « Le niveau monte » !! certains l’ont cru ! c’était bien sûr écrit par des socialistes… Il fallait être de droite-droite pour dire que c’était plutôt l’inverse qui était vrai ! et voilà, aujourd’hui on se réveille trop tard comme d’habitude et la bombe à retardement explosera sans que rien ne soit fait… trop tard. La France est bien mal en point, elle y a mis du sien !!

  3. On ne peut pas être en vacances toutes les 6 semaines sans compter les jours fériés, ponts, RTT, maladies de complaisance, absences injustifiés, aléas climatiques, etc et faire un travail de formation efficace. Bien que le monde qui trouve une nouvelle taxe par jour sait faire son travail dans les mêmes conditions. Imaginez les services publics qui se trouvent en limite des trois zones de vacances ! et cela existe bel et bien.

  4. Ma fille a fait plusieurs écoles et d’un point de vue général, le niveau est très bas et elle a encore des cours de cp en cm2 parceque les cancres ne redoublent plus. Quand je la fais trop avancer, elle s’ennuie en classe, donc même en étant très présent le système est bloqué. Vive les redoublements et vive les convocations des parents pour qu’ils s’impliquent pour élever scolairement leurs enfants. Après c’est difficile aussi avec certains parents qui ont un niveau de français quasi nul, des études quasi inexistantes mais leurs enfants retardent les nôtres et sabotent leur scolarité. Aucune sélection aux frontières donc une soupe insipide en classe, la boucle est bouclée.

  5. 45 ans de socialisme !, il n’est pas beau le résultat ? Dans n’importe quel pays, ce Parti serait balayé, mais pas en France.

  6. Comme le rappelle le directeur de Safran, le rôle des mathématiques est essentiel en ce qui concerne la formation de l’esprit à l’analyse, à la logique, à la recherche. La nullité du niveau actuel rend par exemple incapable de se rendre compte des contradictions flagrantes ou de l’absence de logique complète d’un discours politique. De la à penser que cet effondrement ne dérange pas outre mesure nos dirigeants … Sans compter que l’effondrement parallèle du niveau de français rend déjà souvent l’élève incapable de comprendre correctement l’énoncé du problème, ce que j’ai pu constater en tant qu’enseignant …

  7. Rentrée 1975 à l’École Normale, deux recrutements d’élèves maîtres. Les normaliens dits « de souche » par l’administration. (Je n’invente rien). Ce sont ceux qui ont passé un concours difficile en fin de 3ème et ont obtenu une bourse. Ils ont 18 ans et viennent de décrocher le bac avec la tête dans le guidon. Ensuite on avait les «post bac », population hétéroclite plus âgée qui avait déjà tenté sa chance ailleurs et avait essuyé quelques échecs. « Fac, école d’architecture … » Ce second recrutement ne comportait aucune épreuve de mathématiques ni scientifique. Peu d’entre eux étaient en mesure de faire certains exercices de CE1 d’autant plus que nos petits hommes gris avaient introduit les bases au programme de math. Base 4 comme les Shadocks, 6, 7, 8 pas la 16, rassurez-vous. Des lettres de parents qui avaient du mal à suivre leurs enfants : « Monsieur, de mon temps 7+7 faisaient 14, je ne comprends pas pourquoi ça a changé ».
    Du haut de mes 18 ans, je regardais mes formateurs (qui n’avaient jamais enseigné) massacrer la grammaire, les maths, l’histoire géo et je voyais arriver « la fabrique de crétins ».

    • Quand je me suis « impliqué » dans l’enseignement de la « pratique sportive » avec un diplôme consacré aux « Sports de Combat », je n’ai jamais eu l’idée d’enseigner la dance classique ! …
      La formation des « profs » est à revoir et surtout il est grand temps ( mais je n’y crois plus tellement le « système » est en putréfaction ) que l’enseignement redevienne de « l’instruction de base » : LIRE / Ecrire / Compter ! …

  8. Ce constat a été fait et refait et rerefait. Lors des 20 dernières années de ma carrière ( enseignant primaire ) je ne comprenais plus les orientations prises notamment par les hiérarchies locales. Je parlais alors de « négation de l’intelligence de travail » . Le point d’orgue du n’importe quoi, comme je l’ai vécu, a été le ministère de Najat Valaud Belkacem. Comme cette dégradation semble ne pas pouvoir être inversée, la cause doit dépasser la seule Éducation Nationale. Je propose l’hypothèse suivante: il y a une contradiction entre l’exaltation de l’individu ( enfant ) qui a colonisé nos représentations et l’enseignement ( élève ) qui est essentiellement impersonnel. Lorsqu’on évoque une séance de classe aujourd’hui, la question en salle des maîtres n’est plus:  » Qu’est-ce que les élèves ont appris ? », mais :  » Les enfants ont ils aimé ? ».

  9. quand on vous diasit que le BAC devrait être donné à la naissance, et que ceux qui n’en veulent pas doivent le femander, ils ont oser mettre les maths en option, déjà qu’on a pas des avions de chasses au niveau scolaire, que vont-ils apprendre la dernière de « gimms » le nouvel opéra de « jul » on va atteindre un niveau de débiles pour l’avenir de la France pendant ce temps là les vrais cerveaux se créer en Malaisie, en Chine, en Inde, pauvre France.

    • Mais tout cela est programmé depuis mai 68 ! Il faut détruire la Nation France pour la noyer dans le gloubi-glouba de l’UE;

  10. Qu’elle idée saugrenue d’avoir laissé l’ecole entre les mains de la gauche qui ont tissé leur toile sur cette immense terrain fertile afin de bien formater les jeunes pour en faire de futurs électeurs de gauche forgés par des profs gauchistes et biberonnés par leur idéologie. Le but n’est pas d’en faire des citoyens libres mais des personnes manipulables qui voteront comme on leur dit. Ceux qui vont en payer les pots cassés ne sont pas les enfants de riches mais les autres . Les riches mettront toujours leurs enfants dans les bonnes écoles (qu’ont fait Pap Ndiaye ou Oudea Castera et tant d’autres. ?) voire même à l’étranger si nécessaire ou paieront des cours particuliers. Donc ils savent que leurs enfants sont protégés et la gauche est la première à montrer l’exemple… ceux qui est bon pour les gueux n’est pas pour eux. Il faut revenir à un enseignement rigoureux avec des profs compétents qui ENSEIGNENT et non qui ENDOCTRINENT, et les jeunes qui ne pourront pas suivre il faudra leur proposer d’autres voies. Tout le monde n’est pas fait pour aller à l’université et ça n’est pas une honte (surtout quand on voit ce qui sort de certaines filières ..) formons egalement de bons professionnels qui relèveront aussi le pays et pas ces espèces de décérébrés aux neurones rongés par le gauchisme

  11. Y a t il un secteur qui va bien en France , a part le trafic de drogue qui fait des bénéfices énormes sans aucune taxes ni impôts , le reste c est la faillite couronnée de 3500 milliards de dettes

    • Et les trafiquants de drogue n’ont pas besoin de diplôme, et ils gagnent un pognon de dingue..sans taxes ni impôts comme le dit Ravachol..

    • Mais tout à fait. Théorisé et appliqué. Notre enseignement classique était « élitiste et stigmatisant ». Je n’invente rien.

      • Oui, l’enseignement était élitiste et stigmatisant. Les stigmatisés , porteurs du bonnet d’âne, ont souffert.
        L’élitisme peut être vu comme synonyme de stigmatisation.
        Et comme pour la discrimination, le temps est vient de la « stigmatisation positive « . Ainsi par exemple, avec Mme Royal, les amateurs de rodéo urbain seraient d’autant plus prioritaires aux écoles supérieures de cinéma, qu’ils seraient en échec scolaire.

    • Plus facile à priori de gouverner des illettrés que des gens instruits et dotés de discernement.
      Quand la France ne sera plus peuplée que de bons à rien, on se demande bien comment ils pourront survivre car la manne publique se sera tarie faute de ressources.

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