À Guînes, une maison de maître défigurée en logements sociaux : tout sauf un accident
« La laideur absolue au prétexte du social et de l’écologique… c’est dans le nord de la France, à Guînes, et c’est à pleurer. » Ainsi s’exprime un conservateur en chef du Louvre, Nicolas Milovanovic, devant les photos d’une maison de maître « aménagée » en logements sociaux — défigurée, devrait-on dire. L’inauguration du bâtiment aménagé date de septembre 2023, mais les photos paraissent ces jours-ci sur les réseaux sociaux.
Escalier en fer à cheval, toitures à la Mansart, appareillage de pierres et de briques… Cette belle maison, appelée « château de Tournepuits », a été construite au cœur d’un parc, au milieu du XIXe siècle, par un notable local. Elle a fini par se dégrader, mais pas au point qu’il faille la détruire. « L'existant est de belle facture », notait le cabinet d’architectes. Plutôt que de lui redonner son grand air d’antan, il a été décidé de l’agrandir par l’arrière et de la surélever. Ce faisant, la demeure est devenue un monstre cubique couronné de bois, à l’encontre de sa minéralité d’origine.
Blanc-seing pour un massacre
Plusieurs facteurs ont contribué à la dénaturation de Tournepuits. Le XIXe est une zone grise, en matière patrimoniale. Les vitraux de Viollet-le-Duc à Notre-Dame en sont une preuve. Ne bénéficiant pas d’une réputation de « grande époque », le XIXe paraît plus facile à modifier — avec tout ce que ce mot peut signifier, jusqu'à être synonyme de détruire. La Gazette France ne dit-elle pas que Guînes « a su se montrer novateur pour préserver son patrimoine » ?
Ensuite, il s’agit de construire des logements sociaux écologiques. Argument imparable, non dénué de soft-marxisme : « Ce patrimoine bourgeois deviendra collectif avec des logements sains, adaptés à toutes et tous, et écologiques », écrit le cabinet d’architectes. « La réhabilitation apporte une consonance sociale et écologique. » On a utilisé « paille, laine de bois, menuiseries bois, chauffage et eau chaude au bois », mis en place une récupération des eaux pluviales… Blanc-seing pour un double massacre ! L’architecture d’une part, le parc d’autre part, entièrement rasé (« tous les arbres et arbustes ont été coupés entre 2013 et 2023 », précise une architecte du patrimoine sous le post de Nicolas Milovanovic, sur LinkedIn). Le cube sans identité se dresse comme un hangar sur une friche urbaine.
Un plan national de « réhabilitation »
C’est tellement peu une erreur de parcours, cette destruction esthétique du château de Tournepuits, qu’elle fait partie d’un programme, explique la Foncière Chênelet, maître d’ouvrage. Précisément : « un partenariat national pour donner une nouvelle vie à des bâtiments vétustes et vacants », avec l’Agence nationale d’amélioration de l’habitat (ANAH). « Il s’agit d’expérimenter des solutions de réhabilitation sur des bâtiments vétustes et vacants en centre-bourg pour les transformer en logements sociaux à haute performance énergétique, bas carbone et entièrement adaptés vieillissement/handicap. » Ce que l’ANAH appelle « la revalorisation du patrimoine ancien » — là encore, il s'agit de savoir ce qu'on entend par « revalorisation ».
Autrement dit, on prend de l’habitat ancien, qui a une histoire, des particularités régionales autant dans les matériaux que dans le style et dans les proportions, et on le passe à la moulinette des innombrables normes pour en faire des logements vertueux (selon leurs concepteurs). C’est une véritable trahison patrimoniale, qui va uniformiser encore davantage l’habitat du pays. Aux laids pavillons multipliés urbi et orbi s’ajouteront, désormais, les maisons anciennes rhabillées à la latte de bois et à la fenêtre standard, façon Boboland.
C'est encore Nicolas qui paye
L’ANAH a donné, pour cette opération de Tournepuits, 732.983 euros. Autre argent public : 45.000 euros du conseil régional, 287.016 euros de la Caisse des dépôts et consignations. Des sommes qui s'ajoutent à un fonctionnement déjà bien subventionné. Le modèle de la Foncière Chênelet « est financé historiquement à 30 % par des subventions publiques », explique Lita, spécialiste de l'investissement « propre ».
De ce point de vue, il n’est pas indifférent que la Foncière Chênelet appartienne au réseau Caritas, dont le cri de guerre est « Pour nous, le Rassemblement national, c'est non ! » Mais l’argent des électeurs du Rassemblement national, qui arrive dans les poches de la Foncière Chênelet par le mécanisme bien rodé de la grande ponction fiscale française, ça, elle dit oui ! Des mutuelles ont également mis au pot - AG2R, Malakoff Humanis et IRCEM -, de ces mutuelles dont la cotisation de Nicolas augmente chaque année… Voilà les financements de la dénaturation architecturale de Tournepuits. Elle n’est pas un cas isolé ni un accident, mais le fruit d'une volonté de la social-écologie et, comme tel, le massacre est appelé à se répéter.
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47 commentaires
Dans ma campagne on dit ** Ni queue ni tête **
Voilà ce qu’attend la Place des Vosges
La France a une grave crise de démographie mais, curieusement, les demandes de logements ne cessent d’augmenter… Pour qui les logements ?
BRAVO ! encore un nouvel exemple pour illustrer la grandeur et la décadence de la France et c’est encore avec l’argent des gueux qu’ils ont osé transformer cette belle demeure en une monstruosité pour abriter des cas sociaux qui viennent d’où au juste ???? Peut-on le savoir ?????
Donc, si j’ai bien compris « Nicolas » paye pour la destruction de son patrimoine. En effet difficile de faire plus laid que cette transformation. Notre XXIe siècle sera-t-il retenu par la postérité comme l’élévation de la laideur au rang de « style début du 21e siècle ». Est-on seulement certain d’ailleurs que ce bâtiment sera perenne et qu’il faille le souhaiter
Une ode à la laideur
Cela fait sale. C’est abjecte. Quel goût !. Beaucoup d’argent pour cette réalisation épouvantable.
Donc 30% subvention publique. Ensuite quelques % par des mutuelles et le reste par la structure ( payée par l argent public) qui recevra ces locataires.. donc on doit être au dessus de 50% d’argent public ..
Je suis toujours frappé de voir comment la laideur et la bêtise se rejoignent ….
C’est la guillotine immobilière !
Bientôt la taxe au pas-moche….
Ce bâtiment est incroyablement laid, c’est comme si l’on avait voulu créer exprès de la laideur. Réutiliser des bâtiments anciens pour les rénover de façon efficace plutôt que de les laisser à l’abandon et donc à la ruine est une bonne chose, mais un architecte digne de ce nom respecte l’esthétique de départ. D’ailleurs cette utilisation de bois tout azimut est une idiotie, car au bout de deux à trois ans, ce bois est sale.