[LE GÉNIE FRANÇAIS] Le Minitel : de la télématique à l’invention d’Internet
À la fin du Moyen Âge, envoyer un message est encore une aventure. Louis XI (1423-1483) crée les premiers relais de poste : un réseau de relais de chevaux pour transporter le courrier plus vite à travers le royaume. On reconnaît aujourd’hui ces relais à leurs hautes portes cochères, à l’espace où stationnaient les chevaux et aux anneaux pour les attacher.
Les relais de poste, de Louis XI à Henri IV
Dès le XVe siècle, ce réseau répond à des besoins politiques, stratégiques et économiques. Il faut attendre le début du XVIIe siècle pour qu’Henri IV autorise le transport des lettres privées : une mesure qui va générer un important développement du trafic. C’est le début de ce qui deviendra… la Poste. Pendant des siècles, les lettres voyagent donc à cheval, puis en train. Lentement, mais sûrement.
Au XIXe siècle, une révolution de la communication voit le jour, aux États-Unis, par l’arrivée du téléphone. On doit cette invention extraordinaire à deux Américains : Graham Bell, dont le premier mot prononcé à distance est « Hello », d’où allô ! Thomas Edison (considéré comme un des plus grands inventeurs de tous les temps) l’a nettement perfectionné pour le rendre accessible à tous.
Les Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT)
Au début du XXᵉ siècle, en France, le courrier est géré par les PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones et non pas Petits Travailleurs Tranquilles, une plaisanterie pour se moquer sans méchanceté des fonctionnaires !). C’est une administration publique créée en 1879 sous la IIIe République et même dotée de son propre ministère, celui des Postes et des Télégraphes.
Apparaît alors un objet aujourd’hui disparu : l’annuaire papier. Un énorme bouquin rempli de noms et de numéros. Dans les années 1970, chaque foyer français a le sien, souvent posé près du téléphone. Mais il ne contient que les numéros d’un seul département. À la frontière de deux départements, il en faut donc au moins deux, voire trois… Anecdote d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : certains annuaires sont si épais que les enfants les utilisent comme marchepied pour atteindre le lavabo ! Et les bricoleurs, en guise de tabourets ou escabeaux.
Les annuaires finissent par coûter très cher à imprimer car ils deviennent vite obsolètes. Le gouvernement de Giscard d’Estaing cherche une solution dans les nouvelles technologies.
Or, depuis Blaise Pascal, avec la toute première machine à calculer de l’Histoire (1642), les mathématiciens et ingénieurs français se dépassent : après François Gernelle, qui vient d’inventer le premier micro-ordinateur (1973), c’est Bernard Marti qui propose une idée : « la télématique ». Il s’agit de combiner télécommunications et informatique, en connectant les gens à distance.
Bernard Marti, de la télématique à Minitel
C’est ainsi qu’au début des années 1980 naît le Minitel. Une petite boîte avec un écran et un clavier, distribuée gratuitement dans les foyers. On le branche sur la ligne téléphonique… et soudain, on peut consulter un annuaire, réserver des billets de train, discuter, jouer, lire des infos. Et bientôt des annonces de toute sorte, dont celles de covoiturage : bien avant Blablacar, souvenons-nous d’Allostop, alors qu’Internet n’existe pas encore.
Ironie du sort, le service le plus utilisé ne sera pas l’annuaire… mais les messageries, qui feront son grand succès. Certains utilisateurs passent des heures à discuter avec des inconnus, un peu comme sur les réseaux sociaux aujourd’hui. Le Minitel cartonne en France. Des millions de personnes l’utilisent chaque jour. La France est même en avance sur le reste du monde dans ce domaine.
À ce sujet — [LE GÉNIE FRANÇAIS] La machine à calculer
Le polytechnicien Louis Pouzin, le pionnier oublié
Dans le même temps, un chercheur français, l’ingénieur Louis Pouzin, travaille sur une idée encore plus révolutionnaire : faire circuler des données entre ordinateurs sous forme de petits paquets indépendants. Ce principe, appelé datagramme, deviendra l’une des bases d’Internet. Son travail influencera directement les inventeurs du réseau mondial, même s’il reste longtemps ignoré du grand public.
Aux États-Unis, la technologie Internet se développe : plus ouverte, plus universelle. Dans les années 1990, il commence à s’imposer et à relier toute la planète. Contrairement au Minitel, qui est surtout français et ne parvient pas à s’exporter.
Le Minitel français ne s’exporte pas. La « faute à qui » ?
Le fameux 36 15 et la popularité des messageries roses, combinés aux pratiques commerciales controversées (proxénétisme, exploitation de la pédophilie) d’un opérateur milliardaire (oublions son nom !), ont donné une image déplorable du Minitel à l’étranger. Et à l’Allemagne, d’abord, où l’on ne voit plus que cet aspect négatif de l’invention pourtant géniale. Son exportation est rendue plus difficile et moins attrayante pour les opérateurs internationaux.
Pendant ce temps, les usages évoluent, les ordinateurs personnels entrent dans les maisons. Puis les smartphones. Le Minitel, lui, devient moins pratique, moins rapide. En 2012, il est définitivement stoppé. Certains diront que l’abandon vient du gouvernement.
Aux USA, c’est Arpanet qui devient l’Internet mondial
Des chercheurs américains (on ne citera que les principaux) s’inspirent directement des travaux du génie français, Louis Pouzin. Leur réseau d’ordinateurs reliés à Arpanet devient mondial et prend le nom d’Internet en 1983. Vinton Cerf et Bob Kahn en sont les pères fondateurs*.
Pour toucher le grand public, il faut encore attendre une décennie. Le physicien informaticien britannique Tim Berners‑Lee*, 35 ans, complète cette révolution universelle par une idée brillante. Il développe un système qui permet de partager des données et informations par les liens hypertextes. C’est la naissance du World Wide Web ou WWW, dit le Web. Par la suite, Marc L. Andreessen crée le premier navigateur graphique populaire, Mosaïc. Etc.
Pourtant, les idées de départ viennent en grande partie de France. L’histoire de Louis Pouzin a un petit goût d’injustice. Pendant longtemps, le polytechnicien reste dans l’ombre, avant d’être finalement reconnu et même récompensé, en 2016, par la reine Élisabeth II* pour sa contribution essentielle à l’existence d’Internet.
*Le Français Louis Pouzin a reçu le prix Queen Elizabeth for Engineering aux côtés de Robert Kahn, Vinton Cerf, Tim Berners-Lee et Marc Andreessen, les cinq fondateurs principaux d’Internet.
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5 commentaires
giscard a mis en place ce machin et nous a fait rater internet et la france a pris du retard ;pas cocorico
À la naissance de la télématique, (époque où déjà, on parlait d’IA), Louis Pouzin, en avance d’une bonne longueur, exposait et proposait les modes de fonctionnement -reconnus Outre Atlantique- des réseaux de télécommunication…
L’évolution de ces réseaux en naissance engendra de nombreux échanges pied de nez avant que de savoir choisir qui se verra attribuer le réseau de télécommunications de l’Hexagone : Alors, Transpac naquit.
Ensuite, en manque de souplesse, on fermera ses services pour mieux accueillir Internet qui attendait tranquillement.
J’ai rencontrer mon épouse sur le service Minitel « Bistro » d’un certain Xavier Niel il y a plus de 35ans , c’était la bonne époque avec des rencontres le jeudi soir dans un restaurant chinois prêt de Beaubourg.
Maintenant ce sont les services de rencontre sur internet qui sont pour certains des arnaques pour gogos.
Mr Antoine de Quelen, j’ai adoré votre article car il m’a fait replonger dans l’aventure que j’ai connue dans une Banque Française, mais très Internationalisée des années 68 à 92. J’ai reconnu tous vos appareils que nous utilisions, et notamment pour créer notre correspondance en France et à l’Étranger, et les moyens de paiements automatisés ( swifts ). Merci Monsieur.
D’un côté un système technologiquement fermé, le Minitel, de l’autre un système que l’on a ouvert à tous les vents, Arpanet.
Au-delà de l’aspect technologique, les choix, erronés, effectués par la France reposent sur une vision du monde totalement différente de celle qui existe aux Etats-Unis, pays qui valorise la concurrence alors que la France valorise le monopole étatique.