[POINT DE VUE] Mort du major Frion : pendant les mesquineries politiques, le sacrifice continue
Hier, 17 mars, la cérémonie d’hommage au major Arnaud Frion, sous-officier de chasseurs alpins mort pour la France au Kurdistan irakien, a eu lieu dans une indifférence quasi générale. C’est l’entre-deux-tours, le moment où les élections municipales se négocient dans les grandes villes, alors, que voulez-vous… D’ailleurs, par une curieuse ironie du sort, cette cérémonie a eu lieu à Varces, la ville qui abrite la caserne du 7e bataillon de chasseurs alpins, où servait le sous-officier. Ironie du sort, parce que non loin de Varces, il y a Grenoble, cette ville dans laquelle le militant insoumis Allan Brunon, dont nous avons déjà parlé dans ces colonnes, a annoncé la fusion de sa liste avec celle de la gauche, représentée par Laurence Ruffin.
Arnaud Frion était adjudant-chef et a été promu, à titre posthume, au grade supérieur : celui de major. Il était ce que l’armée sait produire de plus performant. Il s’était engagé à 21 ans comme simple soldat, se hissant, par son mérite, jusqu’au sommet de la hiérarchie des sous-officiers. Projeté sur la quasi-totalité des théâtres d’opérations extérieures auxquelles la France a participé ces vingt dernières années, il avait notamment servi au Tchad, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan à deux reprises ainsi qu’au Sahel. Il avait été cité à quatre reprises pour sa bravoure, ce qui est exceptionnel, avec attribution de la croix de la valeur militaire. Il était également décoré de la médaille militaire, cette « Légion d’honneur des sous-officiers » qui n’est jamais attribuée aux officiers… sauf aux généraux qui ont commandé en chef face à l’ennemi. Commando montagne, connu pour son engagement personnel et son goût de l’excellence, il est mort en héros, lâchement frappé par cette arme contemporaine qu’est le drone, dont le développement a été accéléré par la guerre en Ukraine.
Homme exemplaire
La cérémonie d’hommage a été présidée par le ministre des Armées Catherine Vautrin, brièvement tiré d’un total anonymat. Dans sa sobriété et sa grandeur, incarné par la magnificence du paysage alpin, il aura été à la hauteur de l’engagement d’Arnaud Frion. Évacuons le sujet de l’absence du président de la République : il s’est entretenu avec la veuve du héros et mène, en parallèle, les opérations au Levant. Ne lui jetons pas la pierre.
En revanche, une chose est pour le moins surprenante, dans l’ordonnancement de ce cérémonial. D’ordinaire - et le sacrifice de nos soldats a fini par le devenir -, le cercueil du ou des soldats français morts pour la patrie était d’abord accueilli à Paris, sur le pont Alexandre-III. Les militaires présents sur l’une des garnisons parisiennes s’y rendaient pour saluer une dernière fois leur frère d’armes ; les associations d'anciens combattants, les civils qui le pouvaient et le souhaitaient s’associaient, par leur présence silencieuse et recueillie, au deuil de la nation. Cela n’a pas été le cas pour Arnaud Frion. Est-ce un oubli du protocole ? Une sorte de lassitude du pouvoir ? Un constat du désintérêt manifeste de la nation ? Un souhait d’éviter le ridicule d’un pont désert ? On ne le saura pas.
En tout cas, il ne faut pas que cela nous empêche, nous, lecteurs de BV et amoureux de la France, de rendre hommage à cet homme exemplaire, mort pour que nous puissions continuer à nous déchirer dans des querelles picrocholines en pensant que nous sommes le centre du monde et le sel de la Terre. À des milliers de kilomètres de nos grandes villes, dans lesquelles la gauche n’en finit pas de déchoir et la droite d’hésiter, il y a des gens qui font simplement leur devoir, quitte à y laisser la vie. C’est ceux-là qu’il s’agit de ne pas oublier.
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26 commentaires
Bonjour. J’ai noté que vous avez fait l’objet de remarques pour avoir dit que le major Arnaud Frion « Excusez-moi, mais il n’est quand même pas mort au combat »…
Je vais dans votre sens, et rends hommage à ce valeureux militaire qui a perdu la vie en service commandé, mais ce n’est pas injurier sa mémoire ni les qualités ni les mérites de ce soldat aux excellents états de service que de rappeler qu’il n’est pas mort au combat. Ce sous-officier a en effet été tué par une frappe de drone iranien au camp international d’Erbil, Irak, où il formait des peshmergas kurdes. Il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.
A juste raison, l’Etat français a reconnu que le méritant major Frion est « mort pour la France » selon la définition du 1 de l’article L-511-1 du Code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, à savoir « mort de blessures de guerre ».
En revanche, il n’a pas été possible de lui faire bénéficier de la reconnaissance prévue au 4 du même article L-511-1 pour les actes exceptionnels (d’héroïsme), et due à « 4° (A) une personne décédée en combattant pour la libération de la France ou en accomplissant des actes de résistance ».
Il en résulte que les circonstances tragiques de sa disparition, le major Frion est mort pour la France, mais sans être reconnu comme héros répondant à la définition : « Celui qui se distingue par une valeur extraordinaire, un courage hors du commun, qui obtient à la guerre des succès éclatants, qui exécute de grandes et périlleuses entreprises », comme Jeanne d’Arc, le chevalier Bayard, les maquisards, Jean Moulin.
J’ai oublié d’indiquer que ce message s’adresse au lecteur JOSE BOBO (cf. son post du 19/03/2026)
Merci à BVoltaire de rendre hommage à ce héros et de rappeler qu’une fois de plus le pouvoir incarné par ce président est en dessous de tout et à son image. J’ai été scandalisé de voir que l’hommage de la Nation au Major Arnaud Frion a été fait au rabais sous la présidence d’une certaine Catherine Vautrin ministre des Armées.
L’absence de macron c’est encore un mauvais point pour la fonction mais en revanche c’est mieux pour l’hommage : il aurait fait tache, ce pleutre.