[LIVRE] Les Deux Occidents de M. Bock-Côté : l’Atlantique, ce nouveau rideau de fer ?

Et si Donald Trump était plus démocrate qu'Ursula von der Leyen…
MBC LES DEUX OCCIDENTS

Peu d’esprits parviennent à saisir l’actualité politique dans une perspective historique et à en dégager la signification profonde. Mathieu Bock-Côté, chroniqueur bien connu du Figaro et de CNews, inventeur du concept de « régime diversitaire », compte parmi ces rares observateurs attachés à nous éclairer sur les enjeux essentiels de nos libertés.

Un nouveau rideau de fer

Avec son ouvrage Les Deux Occidents. De la contre-révolution trumpiste à la dérive néo-soviétique de l’Europe occidentale (Presses de la Cité), Mathieu Bock-Côté signe probablement son essai le plus ambitieux depuis L’Empire du politiquement correct. Observateur attentif des transformations du monde occidental, il propose une analyse à la fois historique et politique d’un phénomène que beaucoup pressentent sans toujours réussir à l’analyser : la fracture interne de l’Occident. D’un côté, une Amérique trumpienne, attachée à la souveraineté nationale, à la liberté d’expression et à la primauté du politique ; de l’autre, une Europe post-nationale, gagnée par un progressisme normatif et une dérive bureaucratique voulue par des élites déconnectées, une Europe que l’auteur qualifie de « néo-soviétique ». Selon le chroniqueur, « un nouveau rideau de fer semble se dresser entre les deux rives de l’Atlantique ».

L’essai s’ouvre sur un constat historique : l’unité symbolique de l’Occident, consolidées par la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, s’effrite. Là où régnait autrefois un idéal commun de démocratie libérale émergent désormais deux visions opposées de la liberté, de la souveraineté populaire et du rôle de l’État. L’Amérique cherche à recentrer les fonctions de ce dernier, tandis que l’Europe en fait l’instrument toujours plus pesant d’une nouvelle ingénierie sociale oppressive.

En Amérique, le « moment trumpien » a été perçu par beaucoup comme une libération : libération des tabous sur l’immigration, de l’idéologie diversitaire, de la désinformation, du contrôle des réseaux sociaux et de l’État administratif profond. L’Amérique de Trump revendique un retour du politique, rompant avec le consensus globaliste des années 1990. Elle réhabilite les notions de frontières, de communauté nationale et de bien commun.

Pas d'effet Trump en Europe

Mais cette bouffée d’air frais reste circonscrite à l’Amérique, sans se propager ailleurs. En Europe, au contraire, les élites dirigeantes se raidissent. L’État de droit, et son corollaire la lutte contre les discriminations, est devenu la pierre angulaire de la politique. Autrefois garant des libertés publiques dans le cadre d’une démocratie libérale, il est aujourd’hui détourné pour servir les intérêts de la classe dominante contre la volonté populaire. Cette dérive est illustrée en France par l’activisme du Conseil constitutionnel et différentes formes de censure de la liberté d’expression.

Cette fracture ne se limite pas à une opposition entre l’Amérique et l’Europe : elle traverse désormais chaque nation occidentale. Les anciens pays de l’Est, marqués par l’expérience totalitaire, résistent mieux à cette « nouvelle doctrine Brejnev de la souveraineté limitée » orchestrée à partir des institutions européennes.

En Europe occidentale, ceux qui s’opposent à l’évolution, présentée comme inéluctable, vers le régime diversitaire ne sont plus considérés comme des adversaires légitimes mais comme des individus répugnants qu’il convient de marginaliser, d’isoler, voire de punir. Ainsi émerge la figure de l’opposant-dissident, popularisée à l’époque de l’URSS. Pour des gouvernements aux abois, il s’agit d’« augmenter le coût de la liberté d’expression et de pousser chacun à intérioriser les interdits du régime ». Mathieu Bock-Côté, avec son sens de la formule, décrit Ursula von der Leyen en « Première secrétaire de l’UE » et voit dans cette évolution une « stasification » menée au nom de l’État de droit. Il ne s’agit plus seulement de contrôler les pensées, mais les arrière-pensées, en abolissant progressivement la distinction entre espace public et privé.

Un projet d'ingénierie sociale accompagné d'une contre colonisation

L’« extrême centre », réunissant la gauche et la droite d’antan, qui jadis structuraient le débat politique, invente un « antifascisme sans fascisme » et impose, pour notre plus grand bien, un système de crédit social à la chinoise. Chaque crise - climat, Covid-19, Ukraine - sert à accélérer ce projet d’ingénierie sociale, qui s’accompagne d’une transition des sociétés européennes, autrefois homogènes, vers des sociétés multiculturelles hétérogènes « dépourvues de tout sentiment d’appartenance commun ».

On assiste à une forme de contre-colonisation, l’immigration massive constituant peut-être « la plus grande expérience sociale et idéologique de l’Histoire occidentale ».

Dans un chapitre dense qui pourrait servir de base à un futur ouvrage, Mathieu Bock-Côté retrace l’évolution intellectuelle de la droite américaine, largement méconnue en Europe, qui a conduit à l’émergence de Donald Trump. Renouant avec une vision traditionnelle de l’Occident, le président américain « renonce à l’universalisme messianique et embrasse un américanisme décomplexé », tandis que « les élites européennes renient l’Histoire de l’Europe pour n’en retenir qu’une poussée universaliste qui efface son patrimoine spécifique, son identité propre ».

Pourtant, conclut Mathieu Bock-Côté, « l’État est d’abord l’expression politique d’un peuple historique, généralement fondé sur un noyau démographique et culturel ».  Cet essai offre une lecture essentielle pour comprendre les trajectoires divergentes de l’Amérique et de l’Europe et, peut-être, même si l'auteur ne le dit pas, redonner un peu d'espoir aux Européens : comme aux États-Unis, la volonté populaire pourrait, un jour, s’imposer par les urnes.

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Alain Destexhe
Médecin et sénateur honoraire belge. Son dernier livre paru : "Mayotte : comment l'immigration détruit une société" (Texquis, 2025).

Vos commentaires

21 commentaires

  1. MBC est très lucide dans son analyse des divergences croissantes entre l’Amérique et l’Europe de la CE. Les 27 membres voient leurs souverainetés bafouées par l’idéologie dominante de Bruxelles qui cherche à écraser toute voix discordante au sein de la CE. On ne peut qu’espérer que les électeurs européens prennent conscience et réagissent à la dérive de Strasbourg/Bruxelles et des élites sociaux politiques dans les 27 qui appuient cette idéologie.

  2. Entièrement d’accord avec Bock-Côté et JD Gallet.
    Ursula et Macron ne sont que des exécutants aux ordres de l’ex président Biden. Ils ont pour mission d’empêcher par tous les moyens l’influence de Trump en Europe et utilisent pour cela ce qui reste de nos démocraties tout en les détruisant au maximum.
    Plus ces gens la resteront au pouvoir, plus ils feront de dégâts. L’Etat de Droit n’est qu’un paravant pour masquer les dégâts, le plus longtemps possible.

  3. Quelle énergie va-t-il falloir déployer pour détruire l’emprise totale sur la démocratie ( qui n’en est plus une) que la gauche aura mis près de 50 ans à construire. Et Macron , comment faire oublier ses discours sans fin ni sens et la perversité de ses « en même temps » qui ont laissé champ libre à U. Van des Layen pour façonner avec Macron son complice , l’Europe soviétique qui se construit. Heureusement que l’on commence à ressentir quelques réactions , avec les constructeurs automobiles par exemple comme avec la Défense des pays de » l’Union » qui se réveillent avec un lourd mal de crâne , les dernières décisions en date leur étant restées trop indigestes .

  4. >>> tandis que « les élites européennes renient l’Histoire de l’Europe pour n’en retenir qu’une poussée universaliste qui efface son patrimoine spécifique, son identité propre <<<

    Certes ! Certes ! Et c'est le moins que l'on puisse dire.
    Mais il serait également temps d'appeler un chat "un chat".
    Les prétendues "élites européennes", qui dirigent en fait cette contre-europe (bien que dans l'ombre et au moyen de leurs outils de "propaganda" dévoyés assortis d'une censure éhontée) ne sont ni des élites au sens moral et humaniste du terme, ni européennes.

  5. Pour ma part, j’adorerais y croire mais je n’y crois plus. Je vois depuis 6 mois l’énergie que mettent la plupart des médias à détester Donald Trump, y compris quand il fait libérer les otages Israéliens. La puissance des biais cognitifs alors en jeu est hallucinante. Jusqu’au ministre JN Barrot qui tente de tirer la couverture à lui et à nous faire croire qu’il y est aussi pour quelque chose alors qu’ils n’a fait que tirer dans le dos d’Israël depuis deux ans.
    Les médias ont décrété que Trump était fou et inconséquent. Ce qui fait que lorsqu’il fait des choses très rationnelles et aux conséquences très concrètes et efficaces, ça ne peut pas être tout-à-fait vrai. C’est sûrement l’œuvre de diplomates sérieux et bien élevés.
    Idem avec Meloni et Orban.
    Le conseil constitutionnel et les médias du service public feront pareil si un jour une droite efficace et déterminée passe en France. Il l’empêcheront d’agir et de dérouler sa politique. Leur pouvoir de nuisance est illimité, jusqu’à inventer de fausses informations comme l’ont fait Libé et Médiapart. Car l’agenda politique a pris le pas sur toutes les éthiques professionnelles.
    Mais il y a plus grave : Trump vient fracasser le fait qu’en France nous ne voulons plus de puissance, plus d’autorité, plus de testostérone. Or il n’y a aujourd’hui que ça qui marche. Et c’est pour ça que l’Amérique a du poids et que l’Europe n’en a plus. On devrait le voir. Mais encore le biais cognitif. Ben voyons, gros nigaud, si l’Europe n’a pas de réussite c’est parce qu’il n’y a pas assez d’Europe !!!

    • A court terme, je reconnais qu’il va être dur de remonter la pente ! Sur le long terme, ne confondons pas Pouvoir et Autorité, cf. Pilate et Jésus. Ou, autre exemple, en Inde : l’autorité de la parole de Gandhi a fini par faire vaciller le pouvoir anglais… Et n’idéalisons pas trop les solutions alternatives trop simplistes au Pouvoir actuel que nous présentent certains . A bâbord comme à tribord (en politique, je préfère ces termes à Gauche et Droite) il peut y avoir des récifs dangereux… Quel est notre cap ? Avec quelle boussole ?

    • Je vous rejoins sur l’ingérence de la CC en se qui a trait aux décisions des députés de l’AN. Les pouvoirs du CC et C d’état doivent être revus par une majorité solide des députés. Quitte à modifier la constitution.

  6. Avec ce livre de M. Bock-Côté, cette période est riche de parutions d’ouvrages appelant à un sursaut de la France : « Populicide » de G. de Villiers, « La messe n’est pas dite » de E. zemmour et « Vol au-dessus d’un nid de cocus » de G.W. Goldnadel. Espérons qu’ils insufleront un vent nouveau dans l’opinion.

  7. Il est urgent que le vent (actuel) de l’ouest souffle de nouveau sur notre continent. Le néo communisme paraît encore plus dangereux que son ancêtre.

  8. Ursula von der Leyen, non élue et qui veut en permanence imposer ses décisions, bien au-delà des limites de ses fonctions, n’est en RIEN démocrate, évidemment. Il suffit d’une once de bon sens pour s’en rendre compte. Ma chère maman aurait dit « C’est de la graine de fasciste ».

  9. S’agissant des thématiques,  » immigration, identité, islam « , en 2018 paraissait sous la plume de Douglas Murray, écrivain, journaliste britannique, aux éditions l’Artilleur,  » L’étrange suicide de l’Europe « . Etait ainsi soulevé le questionnement suivant : d’ici la moitié de ce siècle, il est plus que probable que la Chine ressemblera encore à la Chine, l’Inde à l’Inde…Mais au rythme auquel elle change, l’Europe ne pourra plus ressembler à ce qu’elle était il y a juste quelques décennies. En découlait la question essentielle sinon existentielle : faut il faire de l’Europe le seul endroit au monde qui appartienne à tout le monde ? Est ce la volonté des peuples et est-ce raisonnable du point de vue du  » bien commun  » ?
    A l’évidence, le processus s’accélère et rien ne semble pouvoir entraver son développement, mais si Mathieu Bock-Côté entretient un peu d’espoir, son livre n’aura pas été inutile.

  10. Le vent d’Amérique soufflera-t-il un jour sur la vieille Europe corsetée dans l’UE avec son impératrice de fer ?

  11. Nous sommes des ‘minus de la pensée’ par rapport aux US.
    Fainéants, envieux, jaloux, méchants et au bout de la corde des crétins. Voilà le tableau du pays.

  12. « La volonté populaire pourrait, un jour, s’imposer par les urnes ». À condition que ce jour ne tarde pas trop ( n’est-il pas déjà trop tard ? ), car nous serons bientôt ( très bientôt ) minoritaires sur notre sol.

  13. A lire en priorité le livre de Garett Jones, économiste US « The Culture Transplant. How Migrants Make the Economies They Move to a Lot Like the Ones They Left. » (La transplantation de de la culture. Comment les migrants transforment l’économie du pays dans lequel ils sont arrivés pour en faire quelque chose de proche du pays qu’ils ont quitté)
    En d’autres termes, comment un pays peut-être tiré vers le haut et surtout vers le bas en fonction de la provenance de ses migrants.

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