[CINÉMA] Aux jours qui viennent, un film honnête sur les violences conjugales

La réalisatrice Nathalie Najem fait la part des choses et refuse, net, les clichés du genre.
@Copyright Paname Distribution
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Masculinité toxique, pervers narcissique, féminicide : que d’expressions à la mode, usées jusqu’à la corde. À croire, désormais, que tout homme est un prédateur en puissance, un danger contre lequel toute femme devrait se prémunir, alors même que certaines populations masculines, plus à risque que d’autres, sont d’emblée exonérées de tout soupçon – il y a, clairement, un éléphant dans la pièce, mais on ne veut pas le voir, qu’importe…

Faut-il pour autant balayer d’un revers de main la réalité des violences conjugales et crier au politiquement correct ? Quiconque a déjà discuté avec des policiers sait la fréquence de ces délits. En effet, il n’est pas un gardien de la paix qui n’ait un jour été confronté au cas d’un mari ayant la main un peu trop lourde sur son épouse. Est-ce une généralité dans les rapports hommes-femmes ? Non, bien sûr, et heureusement. Pour autant, c’est un sujet, et il est tout à fait légitime de l’aborder.

Un film qui évite la caricature

Premier long-métrage réalisé par la scénariste Nathalie Najem, Aux jours qui viennent n'appartient pas à ces films qui condamnent les hommes en bloc. Plus finaude que nombre de féministes contemporaines, la réalisatrice fait la part des choses, sépare le bon grain de l’ivraie et refuse, net, les clichés du genre.

Son récit se déroule à Nice. Laura vit seule avec sa fille Lou dans un appartement dont elle parvient à peine à payer les factures. Joachim, le père de la petite, prend des nouvelles de temps en temps, vivote plus ou moins sur le dos de son entourage, et notamment de sa compagne actuelle, Shirine, qu’il flique au quotidien. Cette dernière n’en est pas tout à fait consciente, mais elle partage avec Laura une expérience similaire aux côtés de cet homme excessif porté sur la consommation de drogues dures. Car ne supportant pas la moindre contrariété, Joachim surveille, admoneste, séquestre, poursuit et parfois même menace ou laisse échapper une gifle…

Lucide sur le père de sa fille, mais souhaitant malgré tout garder des rapports cordiaux avec lui, Laura devine les ressorts de la relation qui lie Joachim à Shirine – elle est passée par là. Alors quand celle-ci vient frapper à sa porte pour lui demander refuge, Laura accepte de lui ouvrir et se retrouve confrontée à des problématiques dont elle pensait à jamais être débarrassée…

D’abord sauver sa peau

Pour son premier film en tant que réalisatrice, Nathalie Najem compense la simplicité d’une mise en scène un peu trop monotone et à l’étalonnage aléatoire par la complexité d’un sujet trop souvent réduit à des stéréotypes. Joachim, nous dit-elle, sait se montrer humain, charmant, drôle et même prévenant, quand Laura et Shirine ne sont aucunement des victimes passives. Néanmoins, vient un moment où l’individu, à défaut de pouvoir sauver l’autre de ses addictions et démons intérieurs, doit d’abord songer à sauver sa peau. Certes, le mélodrame et le thriller ne font pas toujours bon ménage ; sans doute la cinéaste cherche-t-elle à sursignifier le risque pour nos personnages de basculer dans le fait divers.

Joliment interprété, néanmoins, par ses deux actrices principales, Zita Hanrot et Alexia Chardard, le film offre à Bastien Bouillon un rôle en or dans lequel on ne l’attendait pas et doit beaucoup, également, à la jeune Maya Hirsbein qui, du haut de ses onze ans, tient tête à l’ensemble du casting en campant un personnage plus subtil que prévu.

 

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Pourquoi faire de la pub a de telles daubes et en plus avec l’argent des subventions de nicolas . a degager vite fait

  2. Je ne supporte pas les films dramatique, la vie est déjà assez dramatique comme ça. Je ne me sens pas mieux en regardant des histoires pires que la mienne! Même si c’est juste et bien joué, je n’irais pas le voir. De plus ces femmes qui souffrent du syndrome de Stockholm m’insupportent et l’instinct de survie doit primer!

    • Exact …Témoignage d’une femme du monde battue par ses deux maris pourtant issus de la haute société aristocratique et bourgeoise : Tendez lui la main ; proposez lui boire aide …et si elle ne l’a saisit pas , laissez la à son sort : elle aura ce qu’elle mérite ! »
      Dieu merci j’ai pu en sauver une qui voulait vraiment s’en sortir …

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