[VU D’ARGENTINE] Javier Milei ouvre la prison… économique !

Dans cette prison économique, tout le monde était heureux… sauf le consommateur, qui voyait les prix exploser !
Cappture d'écran Présidence de la République argentine
Cappture d'écran Présidence de la République argentine

« Ces Messieurs chassent dans le zoologique. » Dans l’ère pré-Milei, les Argentins qui, au-delà des crises, ont le sens de l’humour décrivaient ainsi les privilèges exorbitants des grandes entreprises qui évoluaient en toute quiétude, protégées par des barrières douanières infranchissables. Des barrières que ces grandes entreprises négociaient elles-mêmes, le plus souvent par des accords fort peu transparents avec l’autorité du moment. Depuis près d’un siècle, l’économie du pays était ainsi transformée en une chasse gardée, pour la plus grande joie de quelques intervenants qui, avec peu d’effort et encore moins de risque, pouvaient accéder au trophée de leur choix, grosse ou petite bête suivant la part du marché la plus intéressante.

Sans concurrence externe aucune, chacun choisissait et vendait un mauvais produit beaucoup plus cher que l’excellente marchandise de la concurrence située hors du zoo argentin. Dans l’Argentine d’avant Milei, tout le monde y trouvait son compte. Les industriels, bien évidemment, mais aussi l’État, qui recevait des droits de douane exorbitants, les serviteurs de l’État qui pouvaient gratter une ristourne au passage, les chefs syndicalistes toujours prêts à profiter de la bonne marche des affaires en menaçant de grève pour aider les entrepreneurs à obtenir un avantage douanier dans le noble but de contribuer à protéger l’emploi. Tout le monde protégeait tout le monde et l’industrie nationale coulait des jours heureux en investissant ses résultats non dans l’amélioration de la production mais dans des spéculations au jour le jour contre le peso qui plongeait sans fin.

Dans cette prison économique, tout le monde était heureux, sauf... le consommateur, qui voyait les prix exploser et son pouvoir d’achat s’effondrer. Sauf les agriculteurs, dont les produits se trouvaient taxés, cette fois, à l’exportation (la pénalité pouvant atteindre 50 %). Cette extorsion contribuant à financer un système parfaitement pervers. En France, on aurait dit « C’est Nicolas qui paie ! » Pour donner une petite idée, dans l’avant Milei, si Nicolas désirait changer les quatre pneus de sa voiture, il lui suffisait de traverser la frontière et, pour le prix d’une seule unité, le marché était conclu.

Les PME et la classe moyenne oubliées

Bien évidemment, le lecteur comprendra que cette appréciation très négative des agissements des acteurs économiques ne s’applique pas, tant s’en faut, à l’ensemble de l’entrepreneuriat, et spécialement les PME. Nombreuses sont celles qui ont beaucoup souffert, qui n’ont pas prospéré, et personne ne connaîtra jamais toutes les initiatives qui n’ont pas pu voir le jour, victimes de contraintes administratives aberrantes. La classe moyenne argentine, fruit d’un melting pot de peuples européens greffé au XIXe siècle sur le vieux tronc créole, est travailleuse, industrieuse, résiliente et, dans des cas extrêmes, d’une débrouillardise proverbiale. Par contre, on chercherait vainement, dans ce pays, de grandes entreprises comme celles qui ont fait et font encore l’honneur de la France.

Un seul exemple suffira. Le mois dernier, l’entreprise Techint, installée en Argentine depuis huit décennies et principal groupe industriel argentin, leader mondial des tubes pétroliers, a perdu un appel d’offres d’opérateurs du gisement pétrolier Vaca Muerta contre le groupe indien Welspun, par… 40 % de différence sur un contrat de 200 millions de dollars. Sans pudeur, la direction a tenté de réagir, mais trop tard, provocant la fureur de Javier Milei, qui n’a pas hésité à traiter le CEO du groupe, Paolo Rocca, de « Don Chatarrín », ce qui pourrait se traduire, en argot français approximatif, par « Don Ferraillou ». Il est significatif que l’univers kirchnériste n’ait pratiquement pas réagi.

Il y a quinze jours, le principal fabricant de pneus argentin, Fate, qui évidemment gagne moins d’argent que dans les temps anciens (voir ci-dessus), a déposé son bilan, ce qui a entraîné la perte de 900 postes de travail. Concert de hurlements de la gauche, des kirchnéristes et du lobby industriel. Les journalistes ont passé bien entendu la facture à Milei.

Cependant, la direction familiale de Fate contrôle aussi Aluar, principale productrice d’aluminium en Argentine. La riposte a été fulgurante : ce fut le non-renouvellement d’un contrat anti-dumping imposant à hauteur de 28 % les feuilles d’aluminium chinois.

Libéralisation et pragmatisme sous Milei

À cette date, on peut dire que Milei a réussi son contrat. Vu l’état du pays il y a deux ans, il ne serait peut-être pas exagéré de parler de miracle argentin. Il a, de plus, pulvérisé l’opposition kirchnériste. Cependant, il faut se faire à l’idée que le chemin sera encore long et ardu. Le président se définit comme libéral-libertarien, mais il doit être conscient que dans une période de transition aussi rude, une bonne dose de pragmatisme est indispensable.

De fait, les subventions aux plus pauvres ont augmenté, depuis son arrivée, mais la classe moyenne souffre. Comme nous l’avons vu, dans cette prison économique qu’était devenue l’Argentine, l’ouverture des marchés et la réforme fiscale sont indispensables. Néanmoins, Milei se trouve devant un tissu industriel hostile et pourri pour certains, mais aussi fragile pour d’autres. Dans ce domaine, séparer immédiatement le bon grain de l’ivraie ne serait pas plus prudent aujourd’hui qu’il y a deux mille ans.

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Michel de Saizieu
Essec, vit en Argentine depuis 1973, CEO d’entreprises agricoles, ancien Conseiller du commerce extérieur de la France à Buenos Aires.

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Je reconnais bien là un pur produit des Ecoles de commerce qui ont détruit pratiquement tous les emplois industriels manufacturiers en France. Attention aux raisonnements simplistes ultra-libéraux qui mènent droit dans le mur.. Et on ne parle pas des conséquences environnementales.

  2. Pas facile de réparer un siècle d’hérésie économique corrompue ! Courage Javier. Et bravo.

  3. Libéralisation et pragmatisme, une ligne qui fait rêver. Même si l’issue est incertaine, il se donne tous les moyens pour soigner son malade. Bravo Milei !

  4. Si Milei était français, combien ferait-il à la présidentielle ? Sans doute 2 ou 3%. Les français ne veulent pas se sauver.

      • Oui mais reconquête est plutôt centré sur un problème alors qu’il faut avoir une vue plus large des choses et une connaissance de tous les secteurs notamment économiques et internationaux et c’est un parti jeune qui fera son chemin ….un jour.. mettre Sarah Knaffo en avant me parait une bonne chose, elle correspond mieux sans doute à l’attente des électeurs et aux compétences recherchées

  5. Dans le libéralisme, une poignée de gens restent toujours pauvres, la très grande majorité vit bien.
    Dans le socialisme, seule une poignée de gens, les apparatchiks, sort de la pauvreté, tous les autres le sont et le restent.

  6. Bravo me MILEI si vous aviez été au commandes de la France nous n’aurions surement pas une dette de 3 300 milliards d’€ de dette et LFI aurait disparut

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