[UNE PROF EN FRANCE] Un petit verre pour les écoliers ?

Heureusement, ces temps obscurs sont derrière nous et nos enfants sont maintenant en sécurité à l’école !
Archives INA
Archives INA

Quand on lit les commentaires des gens sur les réseaux sociaux, on se dit que les Français - comme tous les autres peuples, certainement - ont la mémoire courte. Chacun adopte, pour regarder le monde, les lunettes de son temps, avec des certitudes et une assurance qui laissent peu de place au doute et à la remise en question. Pourtant, il est difficilement concevable que toutes les générations antérieures se soient trompées sur tout et que notre génération, évidemment pleine de sagesse et de bon sens, ait trouvé la vérité en toute chose.
Alors même que les déviances de notre société sont innombrables, la doxa est plus hygiéniste qu’elle ne l’a jamais été auparavant. Une archive INA diffusée sur les réseaux a déchaîné les ligues de vertu. Elle rappelle la circulaire de 1956 par laquelle Pierre Mendès France avait interdit le verre de vin traditionnellement servi dans les cantines scolaires. L’interdiction ne s’étendait qu’aux élèves de moins de 14 ans ; pour les plus âgés, le vin est resté sur les tables des cantines jusqu’en 1981. La vente d’alcool n’a d’ailleurs été interdite aux mineurs qu’en 2009… C’était hier pour beaucoup d’entre nous. Or, aujourd’hui, on a le sentiment que ces interdits datent de Mathusalem et que les choses ont toujours été telles qu’elles sont. Et, surtout, que c’est mieux aujourd’hui qu’alors.

C'était mieux avant, vraiment ?

Donc les commentaires s’affolent. Comment ? Donner de l’alcool à des enfants ? Miséricorde ! Savait-on bien ce que l’on faisait ? Fallait-il être arriéré pour élever ainsi des enfants ! Heureusement, ces temps obscurs sont derrière nous, et nos enfants sont maintenant en sécurité à l’école ! Les œufs en poudre ont remplacé les œufs frais, le pain industriel a remplacé celui du boulanger, les légumes congelés bourrés de pesticides ont pris la place du potager cultivé derrière l’école, la viande aux hormones et antibiotiques est bien aseptisée et l’eau à la Javel a remplacé ce verre de vin coupé qui était sûrement à l’origine de bien des maux. Tout va mieux, rassurons-nous ! Et nos enfants vivent une vie saine et ne se revendent pas à la récréation des Puff 9K, dont la contenance équivaut à 18 paquets de cigarettes. Donc, tout est pour le mieux, Madame la Marquise.

Que demande-t-on à l'école ?

Pourrait-on, ne serait-ce qu’un instant, cesser de projeter sur l’école toutes nos angoisses sociétales en espérant qu’elle apporte une solution aux problèmes qu’ont créés les adultes et dont ils n’arrivent pas à sortir ? Elle aurait alors le temps de se concentrer un peu sur sa mission : apprendre à lire, à écrire, à compter, à se repérer dans le temps et dans l’espace en connaissant les grands faits de l’Histoire et à réfléchir par soi-même. Mais ce dernier point pose souci, car qui veut vraiment que les humains sachent réfléchir par eux-mêmes ? Personne n’y a vraiment intérêt, ni les politiciens, ni les publicitaires, ni les industriels, ni les influenceurs… ni, peut-être, les parents ou les enseignants eux-mêmes, qui se trouveraient ainsi forcés de justifier leur éducation et leur enseignement, parfois arbitraires ou fondés sur des préceptes assez superficiels.

La Bruyère nous appelle à une saine humilité par rapport à nos certitudes : « Les hommes n'ont point d'usages ni de coutumes qui soient de tous les siècles ; elles changent avec les temps ; nous sommes trop éloignés de celles qui ont passé, et trop proches de celles qui règnent encore, pour être dans la distance qu'il faut pour faire des unes et des autres un juste discernement » (Les Caractères, Discours sur Théophraste).

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Peut être autorisé, à vérifier plus sérieusement, je n’ai pas le souvenir d’avoir bu du vin dans les cantines hormis pour les surveillants.

  2. J’aimerai qu’on me dise où on donnait du vin aux élèves à la cantine, je suis allé manger à la cantine bien avant 1956 , vers 1947 et on ne m’a jamais servi de vin à la cantine, par contre on m’a obligé à boire du lait alors que je n’aime pas ça, je crois que c’était encore Mendès qui avait trouvé ça. C’était peut-être dans les textes mais en tous cas pas appliqué dans la région parisienne.

  3. alors moi je suis allé à la cantine toute ma scolarité et je n’ai JAMAIS vu qu’on serve du vin à qui que ce soit.
    Ce n’était pas une école de village, mais bien une école en ville, une école  » internationale » même !
    je me souviens que nous avions de l’eau et du jus de pommes –

  4. Moi je me souviens du lait que Menses France avait imposé aux enfants dans les écoles et que je n’aimais pas

    • Moi pareil! Beurk!
      Je signale que dans la nature, aucun mammifère ne boit plus de lait une fois sevré, le lait c’est pour les bébés, c’est tout.

  5. a l epoque dans la marine il y avais 4 robinets dans les offices des carres ; froid chaud eau de mer et vin rouge ;; les tuyaux de rouge venaient de la cambuse et passait par obligation dans les chambrées d’équipage des petits malins mettait des robinets autoperceurs ;;;;;;;;;;;;;;;

  6. L’école un lieu sûr ? Plus aujourd’hui, bien au contraire et les enseignants ont leur part de responsabilité aussi car nous savons tous que 80% d’entre eux votent à gauche avec toutes les conséquences que l’on connait et qu’ils contribuent aussi à diffuser de la propagande woke à tous les étages, alors aucune confiance à cette institution.

  7. C’est beaucoup mieux maintenant…on les gave de coca-cola et pas qu’à la cantine …75% de garçons et filles obèses + un joint de temps en temps (pour débuter !) Ah oui ils sont en sécurité les chers bambins ….

    • Je crois que les écoliers ne font plus des kilomètres sous la neige et à pieds. Ceci explique cela.

  8. Excellent article. Merci. J’ai toujours trouvé curieux cette faculté qu’ont la plupart des gens à oublier ce qui a fait leur enfance, ou leurs jeunes années. Pour certains, ils semblent être entrés dans la vie à l’âge adulte. C’est quelque chose que l’on retrouve souvent en matière d’éducation, mais pas que… Pour ma part, OUI, c’était mieux avant !

  9. Un petit verre pour faire vivre nos producteurs ou bien un joint pour gaver de fric et de haine les narco-trafiquants ? Réfléchissez, vous avez 4 heures.

    • Pour faire vivre les producteurs de lait on était obligé de boire un verre de lait ou un chocolat au lait quelle horreur, je crois que c’était encore une idée à Mendès

    • j’allais le dire. Je suis du nord et du plus loin que je me souvienne, j’avais droit á la biére aux repas. J’ai maintenant 78 balais, je suis passé depuis longtemps au vin (1/4 le midi, 1/4 le soir) , et je me porte bien, mieux en tout cas que les jeunes de 20 ans qui marchent aux pétards et aux sodas!

  10. Du vin coupé de (beaucoup) d’eau…Et puis arrêtons cet amalgame Vin/alcool… Ce n’est pas du vin que l’on boit en soirées…

  11. À quinze ans, j’ai subi une intervention chirurgicale. Je me souviens très bien du pichet de vin sur le plateau de l’hôpital lorsque j’ai pu avoir à nouveau un repas « normal ». ( À l’époque, on servait aussi du jambon dans les hôpitaux, mais c’est un autre sujet ).

  12. Nous passons notre temps à juger nos aïeux et nous ne voyons pas toute la richesse qu’ils nous ont laissée par leurs durs labeurs.
    Nous profitons.
    Et nous nous efforçons de détruire jour après jour ce qu’ils ont bâti.
    Nous laisserons à nos enfants et petits enfants la dure tâche de tout reconstruire.
    Si on n’est pas une bande d’enfoirés quand même !

  13. Tout est bon pour critiquer les pratiques des générations précédentes!
    J’avais à peu près l’âge de ce petit garçon en 1956. Je ne restais pas à la cantine, mais, aux repas, nos parents nous donnaient à boire, en plus de l’eau, un verre de vin coupé d’eau. Petit calcul: à l’époque, le vin avait moins de degré alcoolique que les vins d’aujourd’hui, mettons 10%. On mettait 1 cm de vin pour environ 7 cm d’eau, ce qui fait une concentration de vin de 12%. Le vin contenant 10% d’alcool, cela donne une concentration totale en alcool de 1,2%. Une boisson alcoolisée à 1,2%, ce n’est presque rien (les sodas de maintenant sont-ils meilleurs pour la santé?)! Et mes neurones ont (me semble-t-il) survécu…

  14. A l’école, il n’y a plus le petit verre de vin mais on peut y mourir étranglé par un autre élève (histoire de mon petit-fils).
    A l’école, on peut recevoir sa rasade de propagande LGBT versée par la maîtresse elle-même (témoignage d’une maman).
    Non, l’école n’est pas un lieu sûr.
    Pendant ce temps, Mme Borne est payée à ne rien faire.

    • Oui vous avez raison, et ce que vous dites n’est qu’un résumé. L’eau coupée avec le vin , est effectivement du passé, mais le gouter de quatre heure existait aussi, et il était très correct, pain et chocolat, ou lait concentré, Mais au présent comme vous le dites , il y a beaucoup d’autres maux que l’on passe sous silence. Hélas le temps passe et les co….. restent.

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