[UNE PROF EN FRANCE] Le théâtre des dominations
À l’occasion d’une table ronde sur l'école et plus précisément sur l’architecture scolaire, trois intervenants aussi bienveillants les uns que les autres, inventifs et modernes, faisaient assaut de dénonciations du système dans sa dimension oppressive. L’un d’entre eux définissait l’école comme le « théâtre des dominations ». Évidemment, dans leur bouche c'était négatif. Le terme de domination a, intuitivement, dans l'oreille humaine, une connotation négative. Et pourtant. Si, finalement, l'une des grandes leçons que l’enfant dût apprendre à l'école était, précisément, que tout la société était organisée selon une stricte et arbitraire pyramide de dominations, et qu'il aurait progressivement à en gravir les étages ?
La loi du plus fort
À l’école, tout est affaire de théâtre, de jeu, de faux-semblant et de masque, alors même que le fond de la transmission reste la recherche de la vérité. C’est paradoxal. La vérité académique, conceptuelle ou factuelle, elle, se tapit dans le contenu de certains cours. Mais il y a une autre vérité qui se transmet à l’école, et que les élèves apprennent tout au long de leur scolarité, au cours des longues heures qu’ils passent dans cette marmite humaine dans laquelle ils se trouvent forcés de fréquenter quotidiennement des gens qu’ils ne choisissent pas, et qui forme une sorte de société autonome, réplique miniature de la vraie société. Dans la salle de classe, ils jouent un rôle, celui d’élève. Ils adoptent un comportement normé face à l’enseignant, quelle que soit la norme qu’ils choisissent, et affinent leur jeu peu à peu, mois après mois. Le professeur aussi, bien évidemment, joue un rôle. Mais il y a d’autres scènes, moins codifiées : la cantine, les toilettes, les vestiaires du gymnase, la cour de récréation, le bus... Là, c’est une autre pièce qui se joue, souvent hors du regard des adultes. Et si, pour reprendre les termes de nos sociologues initiaux, l’école est bien le « théâtre des dominations », celles qui se mettent en place dans ces espaces sont bien plus violentes que celles exercées par les adultes de l’institution. Ce que les élèves apprennent dans ces espaces, c’est que la loi du plus fort règne dans les groupes humains, et que, pour prendre un angle d’approche pascalien, ils doivent mettre leur espoir dans le fait que le fort soit juste. Car s’il est injuste, comme le Loup de la fable ou le Calliclès de Platon, il n’y aura personne pour l’arrêter.
Ils apprennent aussi que malgré tous les grands discours tenus, la hiérarchie soutient rarement les plus faibles, et protège, parfois sans en avoir conscience, les délateurs et les sournois, les hypocrites et les menteurs. Ils apprennent à hurler avec les loups, et à ne pas faire confiance au berger. Et quand on le leur explique, ils voient que Shakespeare a raison quand il affirme que « le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs ».
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10 commentaires
Dès qu’on est deux , comédie et compétition.
Virginie : J’adore votre (hélas) conclusion et vos dernières phrases : « ils doivent mettre leur espoir dans le fait que le fort soit juste. Car s’il est injuste,….., il n’y aura personne pour l’arrêter » Et ; » malgré tous les grands discours tenus, la hiérarchie soutient rarement les plus faibles, et protège, parfois sans en avoir conscience, les délateurs et les sournois, les hypocrites et les menteurs. Ils apprennent à hurler avec les loups, et à ne pas faire confiance au berger » : Tout est dit. Celui qui « perce » dans ce monde de brutes est-il plus « malin » (dans le sens « futé », combatif, mais un tantinet vicelard) ? N’est ce pas tout ce que l’éducation catholique s’est efforcé d’enseigner durant 2 000 ans, que le fort soit juste ? Sinon, il reste à aller s’isoler à la ferme , tel mon grand’oncle, éleveur de vaches au fin fond du Jura, gentil comme un curé, doux avec ses bêtes, et grand philosophe.
Tout ce qu’on n’apprend pas à l’école, la vie se charge de vous l’apprendre ensuite, mais… beaucoup plus durement !
Non, l’école n’est pas un théâtre, ce n’est pas une comédie, c’est simplement l’apprentissage de la vie en société, un aperçu de ce qui attend les élèves lorsqu’ils seront adultes, bizarrement il arrive que la vie d’adulte soit plus facile que celle d’élève parce que là on est maitre de son destin. Avec le recul on apprécie certains profs à qui on doit beaucoup parfois et pour d’autres on se demande ce qu’ils fichaient là, ainsi on rencontre à l’école ce qu’on rencontre dans la vie.
Bonjour Virginie. Vous nous habituez aux textes d’une grande richesse. Chaque phrase serait à commenter mais dans notre contexte, quand bien même nous serions synthétique, il est impossible de tout traiter. Limitons nous à l’essentiel.
L’école « théâtre des dominations ». Je me suis toujours méfié de ces appréciations à l’emporte pièce. Cette position m’en a rappelé une autre « le mérite mis en valeur, source de discrimination, d’inégalités ». A ceux-là je présente le situation suivante. Vous avez votre cuisine à refondre entièrement. Un carreleur est à sélectionner. Vous ou votre architecte allez en retenir deux ou trois. Vous aurez un choix à faire. Allez-vous retenir le plus médiocre ou le meilleur ? Le meilleur je suppose, une forme de mise en valeur du mérite. Pour quelles raisons en serait-il autrement en milieu scolaire ? Il ne s’agit pas de mettre en exergue mais de soutenir, d’encourager.
L’enfant aura à gravir la pyramide des dominations. Cette approche ne me semble pas positive. En analyse superficielle, elle suppose des efforts fastidieux, à subir, semés d’obstacles. Ne serait-il pas plus judicieux de l’initier au compromis, au consensus, à la composition, à la négociation puis à l’art de la diplomatie ? Autant de disciplines, d’outils propres à mettre de l’huile dans la communication. Car tout relève de la qualité de la communication. Une communication qui assouplit au détriment d’un obstacle rébarbatif à escalader ? Obstacles sources de tensions, de mensonges au pire de perversités ? Observez Macron. Le voyez-vous en pro de la communication? Certainement pas. Il est continuellement dans la provocation, dans le négatif, le rejet.
L’enseignant joue un rôle, et combien . Au delà de sa connaissance du sujet à enseigner, il a le devoir, je dis bien le devoir de créer des liens , un lien avec chacun de ses élèves. Ils seront spécifiques, adaptés à la personnalité de chacun. Dans cet exercice réside toute la difficulté de l’enseignement. Captiver, retenir l’attention. Le lien établi, tout ce qui sera dit sera retenu. Je ne me situe pas en universités ou grandes écoles, naturellement. Là ou le lien relève beaucoup plus de la pédagogie et de l’intérêt du sujet.
Dans les heures moins codifiées vous ne présentez pas « les heures d’études » , oh combien importantes en internat. Là où la personnalité de chacun doit s’exprimer, se révéler, seule, sans soutien face à l’exercice à traiter. Deux situations avec lesquelles composer. Un surveillant, pion dans notre temps, poste bien utile pour se faire un peu d’argent de poche. Dans ce cas de figure, silence relatif qui permet une concentration facilitée. Ou sans surveillant. Un brouhaha continu voire de minis chahuts liés à quelques plaisantins, les meilleurs naturellement car très habile dans la résolution de leurs exercices. Dans ces heures mal codifiées, les personnalités libérées s’éveillent, se révèlent. Instructif.
Enfin, la hiérarchie soutient rarement les plus faibles. Comme c’est étrange . De l’enfant vous « sautez » à la hiérarchie, en phase finale de votre exposé, la synthèse en principe. Ou j’ai négligé quelques commentaires ou ce bond est quelque peu révélateur. Je ne l’agiterai pas. Mais il y a de bonnes raisons à ce que la hiérarchie de soutienne pas les faibles. La peur. La peur d’être identifiée au faible. La peur de devenir en écart par rapport à la norme. La peur de ne plus s’inscrire dans le courant majeur, la bien-pensance. Etc. La peur, la peur… Ce qui est très révélateur de la qualité de la hiérarchie dans l’air du temps. Responsabilités, autorités rangées au plus profond du placard.
Bien. Virginie, je dois cesser. Alimentez nos curiosités. Nous serons toujours avides. Bonne semaine et bon courage. Et surtout, maintenez votre vigilance en éveil.
Heureusement que les enfants apprennent plein de choses à l’école. Question matière , les wc resteront peut être le nec plus ultra.
Il ne faut pas être grand devin pour comprendre que si on veut changer une société « arbitraire « , il faut commencer par changer l’enseignement : il ne doit plus être arbitraire. Il faut donc maintenant arbitrer contre l’arbitrage ( et donc laisser l’élève libre de construire son savoir). Pas de liberté pour les ennemis de la liberté.
Donc l ecole est le théâtre des dominations.. mais si vous souhaitez protéger vos enfants de cela. ( école à la maison) l’éducation nationale voys l interdit ..
Excellent comme toujours merci.
Le résultat de ce jeu de théâtre c’est l’effondrement de l’éducation nationale, des résultats en chute libre. C’est aussi une classe politique montante, biberonnée à Sciencespo et l »Ena, inculte, mal élevée et totalement superficielle qui pousse la France dans le précipice.
L’éducation humaniste, grâce aux grands instituteurs ( Les Grecs, les latins, les Renaissants, ceux des Lumières , mais aussi Péguy et Alain, et alii…) se voulut précisément un lieu où la liberté prospérait. Qui a méthodiquement sapé l’enseignement de cette magnifique tradition de civilisation ?