[UNE PROF EN FRANCE] Le certif’ : entre nostalgie et fantasmes
Instauré en 1866, rendu obligatoire en 1882, supprimé en 1989, le certif’ (certificat d’études primaires élémentaires) reste, dans l’imaginaire collectif, une sorte de référence ultime dès qu’on parle du niveau des élèves. Pourtant, il a lui aussi toujours eu des détracteurs et, comme toute chose mise en place de manière uniforme à l’échelle du pays entier, n’a jamais fait l’unanimité.
Comme vous m’en parlez souvent dans vos commentaires, et que nous sommes plus détendus en ce début de « grandes vacances », pour reprendre l’expression consacrée, je vous propose de vous mettre un peu à l’épreuve sur des questions tirées de divers sujets de ce fameux certificat d’études.
Calcul
1.Un cultivateur veut faire construire une cuve d'une contenance de 40 hl sur un emplacement libre d'un hangar qui a la forme d'un rectangle de 2,3 m de long et 1,7 m de large. Les murs de la cuve auront 20 cm d'épaisseur. Quelles seront les dimensions intérieures de la base de la cuve ? Quelle hauteur intérieure doit-on lui donner? (à 1 cm près). (8 points)
2. Un jardin est représenté sur un plan par un rectangle de 28 cm de long et 16 cm de large. Sa longueur réelle est de 112 m.
a. Quelle est l'échelle du plan ?
b. Calculez la largeur réelle du jardin.
c. Tout autour, et à l'intérieur du jardin, est tracée une allée sablée de 2 m de large. Quelle est la surface réelle de l’allée ?
d. Quelle est la surface de l'allée sur le plan ?
e. La surface de l'allée sur le plan vaut une certaine fraction de la surface réelle de l'allée. Quelle est cette fraction ?
Un peu de calcul mental, toujours extrait de sujets de 1959 ? Attention, on le fait de tête et le plus vite possible (5 minutes maximum pour l’ensemble des questions) :
1. Quelle est la surface en ares d'un terrain triangulaire de 250 m de base et 200 m de longueur ?
2. Combien coûtent 700 g de jambon à 10,50 NF le kg ?
3. Intérêts de 120 NF à 4 % pendant 6 mois ?
4. Un motocycliste fait 6 km en 12 min. Quelle est sa vitesse en km/h ?
5. Combien de timbres à 0,25 NF peut-on obtenir avec 150 NF ?
Sciences naturelles
1. Question commune à tous les candidats.
Un camarade s'est fracturé l'avant-bras. Conduite à tenir avant l'arrivée du médecin.
Histoire-Géo
Quand on observe ces questions, on se dit plusieurs choses. Tout d’abord le niveau n’est pas, contrairement à ce que l’on prétend souvent, nettement plus élevé que ce que l’on soumet aujourd’hui à des élèves de 11 à 13 ans - âges entre lesquels on pouvait présenter le certificat d’études - exception faite, toutefois, de l’histoire-géographie.
Histoire
Que vous rappellent ces noms : Hertz et Branly, Stephenson, Lumière, Marconi, Waldeck Rousseau ?
Géographie
Croquis de la région du Nord. Placez un grand port de pêche, un grand port de commerce, une grande ville minière, une grande ville textile, un grand centre agricole.
Le certif’, clé de sortie du système scolaire
De plus, le taux d’échec était relativement élevé (entre 15 et 45 %, selon les lieux et les années), ce qui indique que les écoliers n’avaient pas tous le niveau dudit diplôme, alors même que les instituteurs choisissaient les candidats qu’ils présentaient et laissaient de côté un certain nombre de leurs élèves.
En revanche, je trouve remarquables certaines questions de « vie courante », qui pourraient avec grand profit revenir dans les examens nationaux (en écrivant cela, je me rappelle qu’il n’y a plus d’examen national avant le brevet…) : des questions portant sur la couture, la culture du potager, le noms des outils des artisans…
On voit surtout l’adaptation de l’épreuve au profil social des élèves, avec une distinction entre enfants « urbains » et enfants « ruraux », ainsi qu’une orientation très genrée, comme on dit aujourd’hui, des questionnaires. Cela nous rappelle que le certif’ validait en réalité une grande reproduction sociale et que les enfants de paysans et d’artisans avaient vocation à rester dans leur zone géographique et dans la catégorie sociale et professionnelle de leurs parents. Le certif’ n’était pas pour ceux qui allaient poursuivre des études, mais constituait la clé de sortie du système scolaire.
Un exemple extrait d’un sujet de 1951
Garçons ruraux :
Comment prépare-t-on le ciment, le ciment armé, le béton, le béton armé ? (5 points)
Qu’est-ce qu’une fosse septique ? Quels sont ses avantages ? (5 points)
Filles urbaines :
Dans quels morceaux choisissez-vous : un bifteck, un rôti, un bæuf mode, un pot-au-feu ? (5 points)
Doit-on laver les chaussettes et les bas dans de l’eau contenant de la lessive ou des cristaux de soude ? Pourquoi? (5 points)
Je ne porte aucun jugement à ce sujet, j’en fais juste la remarque, et je laisse chacun se positionner par rapport au type de société qu’il affectionne, une société de tous les possibles où la reproduction sociale est théoriquement limitée, ou une société plus rigide, traditionnelle, dans laquelle nombre de métiers se transmettent de père en fils.
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66 commentaires
J’ ai longtemps corrigé le « certif »du temps où ce simple diplôme demandait de savoir lire et écrire correctement!
Combien de bacheliers d’ aujourd’hui seraient recalés s’ils passaient le certificat d’ études ,celui que passaient nos parents ou grands- parents?
J’ai passé le certif en 1956 c’était surtout la dictée avec 5 fautes zéro 1/4 de point pour les accents ça va vite et la lecture courante à l’appréciation du prof. Le calcul mental c’est une question d’entrainement et de méthode. Mais aujourd’hui on a besoin d’autres connaissances il est donc normal que l’enseignement évolue, ce qui ne veut pas dire qu’il faille niveler par le bas sinon on n’a plus d’élites. j’ai quand même réussi grâce aux passerelles à avoir l’équivalence du BAC ce qui m’a permis ensuite de faire des études plus complexes et de pouvoir faire une 12 d’années d’études.
Bon nombre de professeurs des écoles et de professeurs tout court seraient incapables de l’obtenir de nos jours.
En effet, contrairement au bac qui ne vaut plus rien, le CEP éliminait d’entrée tout candidat qui faisait 5 fautes d’orthographe.
Il y avait une sélection et seuls les bons élèves ou ceux qui le méritaient l’obtena
l’obtenaient.
Essayez de le passer dans les mêmes conditions que les élèves d’antan et vous aurez bien des surprises.
Des bacs +,voire des énarques, aujourd’hui, seraient incapables de
l’obtenir.
Arrêtez de le critiquer et de le comparer au bac actuel.
Aucune comparaison ne doit être envisagée compte tenu du niveau actuel de l’éducation nationale tant pour les élèves que pour les professeurs qui pourraient grande majorité d’entre eux ne maîtrisent ni l’orthographe, ni la grammaire, ni la conjugaison, ni le calcul élémentaire.
Le niveau s’est effondré contrairement au CEP.
Bien qu’ayant largement la moyenne, les 5 fautes m’ont fait rater le certif.
Heureusement, après le brevet, plus d’épreuve d’orthographe; ça m’a permis de continuer mes études, d’obtenir un niveau BAC+ 14 et d’exercer une activité honorable de praticien hospitalier.
5 fautes d’orthographe ? Najat n’aurait jamais eu le Certif’ !
Je ne suis pas d’accord avec vous en ce qui concerne le niveau du certif. Je suis absolument persuadé que moins d’un bachelier sur deux est capable de répondre correctement aux questions de calcul.
Je vous rappelle que toutes ces épreuves se passaient sans calculette !
Ce n’est ni la faute ni la responsabilité des élèves si on leur met une calculatrice dans les mains dès le plus jeune âge. Et dans un autre ordre de choses, ce ne sont pas les profs qui achètent leur téléphone aux enfants des 8 ou 9 ans. L’article ne dénigre pas le Certif ni son niveau, et ne dit pas que les bacheliers actuels l’auraient. Chacun lit-il ce qu’il a envie de lire ?…
J’ai été recalé au certificat d’étude.( J’étais nul en maths). Pour les mêmes raisons, on me le refuserait aujourd’hui. Mais à l’époque, j’avais déjà lu tout Jules Verne, Pagnol, la comtesse de Ségur, les contes de Perreault, etc… j’avais de très bonnes notes en histoire et géo, également.
Ce n’était pas le cas de bien des élèves de mon âge qui ne connaissaient même pas le nom de ces écrivains.
Pourtant, j’ai été longtemps considéré comme un ignare autours de moi, pour avoir loupé cet examen au point de rendre l’avis de certains profs, douteux pour mon passage en secondaire. Tout cela pour dire combien cet examen était une référence très relative du niveau culturel de sa scolarité.
Merci pour ce commentaire nuancé, qui tranche par rapport aux prises de position monolithiques et excessives qui parsèment les commentaires.
Dictée : 5 fautes égal 0 sur l’épreuve…
Mon père, fils de paysans, a terminé sa scolarité avec son certificat d’étude vers 1935. J’ai relu de longs textes écrits de sa main, sans aucune faute d’orthographe. Il était aussi très fort en calcul mental, par exemple pour vérifier la facture chez les commerçants ou compter les points lors de parties de belote.
Mais, comme on dit que depuis cette époque le niveau a monté, quel degré de perfection ont dû atteindre les élèves d’aujourd’hui !
Vu par hasard les épreuves du certificat d’études du département des Bouches-du-Rhône de 1959. Autant dire que de nombreux bac plus 5 ne l’auraient pas aujourd’hui. Des épreuves à soumettre aux promos d’énarque : ce serait une véritable hécatombe !
Très intéressant…merci
J’ai passé ce fameux certificat en 1954, pour le plaisir, c’était le plus beau document délivré par l’éducation nationale, il représentait la grotte de Lascau, à côté le BEPC était minable. Je signale cher madame qu’à Thiviers où j’ai passé cet examen, tout candidat devait chanter la Marseillaise!
Ma tante a dû chanter le chant des Partisans. C’était souvent demandé semble-t-il.
Pleure. o mon pays bien aimé
Imaginons que nous mettions au (dé)goût du jour les questions posées dans cet article.
» Un cultivateur veut faire construire une cuve d’une contenance de 40 hl …
M’dam ! M’dam ! Cékoi un cultitruc ? Cékoi une kuv ? Cékoi une contenanz truc bidul ?
Lumière ! Céçui ka inventé l’électricité qui porte son nom !
Géographie
Croquis de la région du Nord. Placez un grand port de pêche, un grand port de commerce, une grande ville minière, une grande ville textile, un grand centre agricole. C’est facile de répondre à cette question pour un élève d’aujourd’hui. Grâce à Mitterrand tout ça a disparu…
Hertz ? J’connais ! Y loue des bagnoles !
Histoire : céki Waldeck Rochet ? Va l’décrocher ! Zut c’est pas le même. Mais qui connait encore Waldeck Rousseau ? On a déjà Sandrine ça nous suffit !
Qu’est-ce qu’une fausse septique ? Aujourd’hui ça s’appelle macronie en général et cour des comptes en particulier. :)
cela fait du bien dès le matin !!!
Excellent.
merci de ce bon moment, tellement bien vu !
J’écoutais à la tv, sur CNEWS bien sur, un micro sondage avec nos « jeunes », sur la question suivante, qu’est ce que le 14 juillet ? Et bien pas un n’a su le dire, on a eu droit à tout sauf à la bonne réponse, fin de la 1ère guerre mondiale, de la seconde et j’en passe, donc même « ça » ils ne le savent pas, je me demande ce qu’ils apprennent à l’école, RIEN, à part axer sur la colonisation , l’histoire de France n’est plus vraiment enseignée et c’est navrant (c’était avec le français ma matière préférée)
Sinon excellent commentaire bien croustillant comme je les aime, et même si ça fait rire au premier abord, après on a envie de pleurer quand on voit le niveau de ceux qui devraient travailler et payer nos retraites soit disant
Excellent !
J’en suis » titulaire » ..mon père qui ne misait guère sur moi avait exige que je le présente au cas où je n’irais pas plus loin,alors que j’étais en 6eme..anglais ,allemand,latin grec..
Énorme souvenir que de devoir chanter le chant des partisans debout bien droit devant les » maitres ».. je ne l’ai jamais oublié…60 ans après…mon meilleur souvenir d’examen..même si j’ai été « un peu plus tard « diplôme des arts et métiers..
moi ce fut le Chant du Départ
Moi on m’avait fait croire que j’avais échoué à l’entrée en 6ème pour donner ma place au fils de la secrétaire de Mairie communiste, j’ai su ça longtemps après par un prof communiste qui a même ajouté à quoi ça sert le bac pour un gosse d’ouvrier, c’est beau le communisme, je lui ai quand même dit que j’ai un métier bac + 8 que j’avais une douzaine années d’études et que j’enseignais à temps perdu, je me suis même permis de lui dire que c’était un bel je ne me rappelle plus le qualificatif mais il n’était pas élogieux et ça m’a soulagé.
Je n’ai pas passé le CE, cela n’existait plus à mon époque lorsque j’avais l’âge de le passer.
Néanmoins, je peux dire qu’en 6 eme, nous avions des cours de musique où nous apprenions le Chant du Départ et le Chant des Partisans (et bien sûr la marseillaise, que nous devions chanter le jour de la remise des prix.
Merci de me rappeler mon CE2 de 1968. Il y avait une classe dédiée au certificat d’études dans mon école (de garçons).
Blouses grises, encre violette, bureau à poncer. Le lait à la cantine. Quelques souvenirs qui restent…
En 68 encore ? Ce que vous décrivez c’est bien avant le lait obligatoire c’était début 50 et en 68 les classes étaient mixtes
En 68? Je suis surprise, car dans notre région, il n’existait plus depuis bien longtemps.
J’aurais eu zéro à toutes ces questions.
A l’heure actuelle moi aussi et pourtant je l’ai eu, mais bon c’était il y a 56 ou 57 ans. je me souviens que j’ai chanté le premier couplet du chant des partisans.
A 83 ans j’aurais plus de la moyenne sans doute 7 ou 8/10