[UNE PROF EN FRANCE] Après l’abandon du stylo-plume, la suppression des mains ?
En ce temps de Noël, certains d’entre vous vont sûrement sacrifier à la traditionnelle carte de vœux que l’on adresse à nos proches en l’ornant de notre plus belle écriture. Et pour beaucoup d’entre vous, cela fait peut-être assez longtemps… que vous n’avez pas tenu un stylo pour écrire quelques mots à la main. C’est comme le vélo, cela ne s’oublie pas. Pour autant, force est de constater que toutes les écritures ne se valent pas. Une écriture comporte plusieurs dimensions : sa lisibilité, sa fluidité, son esthétique mais aussi sa conformité avec une norme nationale. Et comme l’État est vraiment pour nous un père aimant et plein de sollicitude, il s’est penché sur la question de l’écriture cursive. Mais oui, mais oui. Au milieu des 2.000 priorités de l’école en perdition, le ministère a mandaté une équipe pour réformer les normes de l’écriture telles qu’on les enseigne en primaire.
Je ne parle pas ici du débat qui agite depuis plus de dix ans les partisans de l’écriture scripte et les défenseurs de l’écriture cursive. Depuis que 45 États américains sur 50, et la Finlande, ont sorti l’écriture cursive des enseignements obligatoires, le débat est vif. La question que je soulève porte sur l’écriture cursive, exclusivement, celle qu’en France on a l’habitude d’apprendre grâce à la réglure Seyès inventée en 1892 par Jean-Alexandre Seyès, et que nous sommes les seuls à utiliser. Grâce à elle, nous avons des lettres de trois hauteurs différentes : un interligne pour la plupart des lettres, deux pour le d et le t, trois pour les grandes boucles du b, du f, du l, du h et du k. Et parfois on descend, mais toujours de deux interlignes (f, g, j, p, q, y, z).
Donc adieu la boucle du b, du f, du o...
Qu’est-ce qui change, dans les nouvelles préconisations de l’Éducation nationale ? Il paraît que les œilletons entraînent des confusions. L’œilleton, c’est la petite boucle qui permettait de faire le demi-tour quand on écrivait à la plume, pour un o, un r, un b ou un v, par exemple. On nous demande de ne plus l’enseigner aux enfants. De toute façon ils écrivent au stylo-bille, ils peuvent donc aller dans tous les sens sans difficulté et faire des décrochés nets. Donc, adieu la boucle du b, du f, du o, du r, du s, du v, du w et du z… En parlant de décroché, exit, aussi, celui du e. Vous vous souvenez ? On faisait un petit trait qui partait de la ligne et montait de façon oblique vers la droite, puis arrêt, décroché pour faire la boucle, et - le plus dur - nouveau passage par le point de décroché pour revenir jusqu’à la ligne du bas. Pas si évident, mais cela donne une jolie silhouette au e, celle-là même, finalement, qui est reprise par sa forme scripte avec la barre latérale qui le coupe. Eh bien, c’est trop difficile pour nos enfants. On leur demande maintenant une simple boucle, comme celle du l, mais en plus petit.
Cette obsession de la simplification
On apprenait aussi à commencer les lettres rondes par une attaque, un petit trait qui reliait la lettre ronde (a, c, q, g…) à la ligne du bas, pour que tout s’enchaîne de façon fluide (d’où le nom de la fameuse « cursive », de curro, is, ere, cucurri, cursum = courir). Ça aussi, c’est supprimé.
Si l’on veut être cynique, on dira que toutes ces réformes n’auront guère d’incidence, étant donné que la plupart des jeunes ont déjà une écriture pratiquement illisible, faute d’exigence et de rigueur dans l’apprentissage au cours des premières années.
Ce qui me gêne, ce n’est pas que l’on décide de modifier nos lettres. Après tout, nous ne les formons ni comme les Allemands, ni comme les Anglais, c’est une donnée culturelle et toute donnée culturelle est appelée à évoluer avec le temps. Ce qui m’arrête, ce sont les raisons que l’on avance pour justifier ces changements, cette prétendue volonté de « simplification ». L’école est par essence le lieu de l’apprentissage de la complexité. Elle ne doit pas avoir l’obsession de la simplification et abaisser progressivement toutes ses ambitions. On avait déjà abandonné le dessin, le bricolage, la couture, tout ce qui développait la motricité fine et l’attention. Il restait l’écriture cursive. On avait supprimé les pleins et les déliés, on a ensuite supprimé la plume, puis même le stylo-plume, interdit dans la plupart des écoles. On finira peut-être par supprimer les mains…
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77 commentaires
On simplifie tellement l’enseignement que l’on se demande pourquoi on le fait
La médiocrité et l’acculturation des jeunes est-elle qu’il n’y a plus de raison de faire des efforts
Supprimons l’enseignement on gagnera quelques centaines de milliards
Où comment vider les cervelles pour mieux les manipuler !!
Revenons aussi à la calligraphie. Mes petits enfants écrivent tellement mal qu’ils sont pour ainsi dire bien souvent indéchiffrables.
Quand je vous dis que tout fou le « kan »!
Pour répondre à celles et ceux qui évoquent ce problème : je ne suis allée à l’école qu’en dernière année de maternelle. Et là, gauchère, j’ai appris à lire avec la méthode globale, et à écrire en scripte (et à compter).
L’année suivante, après un changement de secteur scolaire, je me suis retrouvée en cours préparatoire, où l’institutrice à expliqué à mes parents que pour mon bien, pour m’intégrer dans un monde de droitiers, il fallait que j’apprenne à écrire en cursive et de la main droite. Ils n’ont pas voulu entrer en conflit, mais ma mère (au foyer) a consacré pas mal de temps à m’aider et me soutenir… heureusement, je n’avais plus à apprendre à compter, ni à lire (sauf que faire B A BA, ça m’agaçait prodigieusement).
On avait prédit à mes parents que d’être contrariée, ça me ferait bégayer, et que la méthode globale, ça me rendrait dysorthographique… eh bien non ! Les seules séquelles ce furent, au collège, des crampes dans la main droite, quand il fallait écrire vite et longtemps pour prendre des notes.
Quant à l’encre qu’on faisait baver en écrivant de la main gauche… il suffisait (ce qu’on m’avait appris à la maternelle) de faire, en miroir, comme les hébreux ou les arabes : tenir sa feuille non à l’horizontale, mais en biais, pour que la paume de la main soit en dessous de la ligne d’écriture.
« Qu’est-ce qui change, dans les nouvelles préconisations de l’Éducation nationale ? » …
C’est bien la genèse du mal qui fracasse ce « mammouth » qu’est l’Education Nationale : les préconisations ! …
Et quand les « syndicats » s’en mêlent alors ça devient de la décadence ! …
Les « programmes » inclusifs dès l’arrivée de mitterrand auraient dû être des « alertes » …
L’abominable massacre de Monsieur SAMUEL PATY a mis de façon tragique la putréfaction de ce qui se passait dans les classes …
Au lieu de réagir, les « dirigeants » ont organisé d’autres programmes comme l’EVRAS ! …
Le monde de « l’Education Nationale » est bel et bien en putréfaction … Ce qui fait que la FRANCE est dans la chute de la décadence civilisationnelle ! …
Le stylo-plume est interdit à l’école ? J’ai appris à écrire avec un porte-plume , une plume Sergent-Major et l’encrier en verre dans le petit trou sur le bureau. Ça plombe le moral de se savoir si vieille !
Quelle fierté de remplir les encriers le matin!
et nous faisions une sorte de petit naperon troué en papier pour entourer l’encrier, et ainsi protéger le bureau (en bois) des taches d’encre éventuelles
Demandez à un gaucher ce qu’il en pense… :)
je suis une vraie gauchère, contrariée pour écrire (pas pour le reste, je dessine de la main gauche) . J’avais de mauvaises notes en écriture en primaire, mais, bon, il faut apprendre la modestie; ça forge le caractère; mais je sais aussi que certains gauchers ont été écrasés par ce terrorisme de l’écriture; consolation: ceux qui ont survécu sont souvent devenus des champions sportifs, ingénieurs brillants…
ps: j’ai appris la broderie bretonne avec de brillants brodeurs gauchers. Le bonheur!
Avec cela, les jeunes ne pourront plus lire nos classiques qui sont un trésor littéraire : La Fontaine, Hugo et beaucoup d’autres.
Pourquoi ? Les livres sont imprimés avec les mêmes lettre que celles utilisées par les enfants en école primaire ? …
Prochaine étape, l’écriture de droite à gauche. Il faut bien se mettre à la portée des nouveaux arrivants.
BIEN VU !
ENcore une « commission » pour placer les copains
J’oubliais. Bravo pour cet article.
Il faut supprimer les obstacles. Pourtant, c’est grâce à eux que l’on apprend à sauter. Vous pouvez aussi ajouter que l’on a supprimé les chiffres romains, dont la lecture prêtait à confusion. Aussi, louis XVI et Louis 16 se prononce à l’identique mais, l’écrit nous rappelle le stylé incomparable et le rapport à une exigence. C’est aussi cela l’écriture.
Les institutrices, prétendues professoresses * des école ne font plus le travail. laissent les enfants s’avachir sur testables, mal tenir leur stylos, écrire de n’importe quelle manière, bavarder, ne donnent plus de devoir , récitation de fables ou résumé d’histoire ou géographie à apprendre et ainsi encourage la paresse intellectuelle et physique. Le résultat est aujourd’hui patent.. La faute à qui? à la fois aux parents et aux pseudo pédagogues de la gauche caviar héréditaire et du laxisme et études “loisir”. Et tant pis pour les futures générations. Seuls les riches peuvent maintenant à faire éduquer leurs enfants “ailleurs’ que dans l’Inéducation Nationale.
1) Après un point, une majuscule . » laissent les enfants »
2) Tout à fait d’accord, car il faut voir comment certains enfants et adultes tiennent leurs stylos! On comprend alors qu’ils (sont-ils de ceux-là) veuillent simplifier l’écriture.
Bonjour Virginie. « Il » a renoué avec la voie. Quelques soucis techniques.
Votre sujet sur l’écriture s’inscrit parfaitement dans le prolongement de cet autre développement sur « la musique ». J’oserais dire qu’ils s’imbriquent l’un dans l’autre. Observons.
La musique formation de l’âme. L’écriture appliquée n’est-elle pas un effort sur soi-même ?
La musique, ou harmonieuse ou dévoyée. La page d’écriture soigneusement entretenue ou négligée n’est-elle pas le reflet d’une personnalité, d’un niveau d’exigence sur soi-même ?
La musique source de retenue dans l’unisson. Le soin apporté à former les lettres en écriture cursive n’exige-t-il pas effort de concentration, une application qui nous isole dans l’unisson du silence exigible mais spontanément adopté ?
La musique apprend à se tenir debout. Ses exigences impliquent retenue, maîtrise, assiduité, abnégation. Sans cesse renouveler le geste imparfait afin d’en obtenir l’agilité et la précision attendus. La perfection obtenue, l’esprit s’en satisfait, le corps se redresse, fier de lui-même. Des gestes accomplis, des doigts dociles. A la suite d’une belle dictée rendue sans fautes, harmonieusement déliée, aux lettres uniformément appliquées, n’est-on pas en droit d’exprimer une fierté ?
Et nous rejoignons les sources contemporaines. Une musique violente, vulgaire. Certes, son martellement s’imprime dans les têtes, forge des esprits à en modeler des gestes en rapport. Ainsi naissent les hargnes puis les poings levés pour en venir aux armes blanches. Cette musique s’exprime en premier lieu par l’agitation. Les corps sautent les uns près des autres comme une armée de tiges de bambou soudainement animés du besoin de s’extirper de cette terre qui l’aimante. Besoin de poindre l’individualité, de ne pas ressembler à l’autre, de marteler cette terre. Ainsi s’éloigne l’harmonie des corps entrelacés aux mouvements en communion, les pas qui caressent le sol. S’éloignent l’entendement, la complicité, le consensus, la recherche de l’apaisement, du soulagement.
Ce qui se traduit en écriture par une agitation affichée dans chacune des lettres maladroitement formées. Les manques de vies apaisées, de renouvellement du geste appliqué, transparaissent dans une écriture difforme.
Nous en venons au bilan. Des poulets sans tête. Des êtres qui s’invectivent, qui s’agressent au moindre regard, du plus haut de l’Etat, à en rechercher une provocation qui peut conduire à la guerre, au plus humble des citoyens, voire des implantés en mesure de s’exprimer avec armes par destination.
Mais ne disions-nous pas « la musique adoucit les mœurs » ? Quel progrès que ce progressisme du 21 ième siècle. Les trente glorieuses étaient apaisées, judicieusement productives et d’une libre expression.
Virginie, heureux de ce contact . Dans la rudesse de textes à la richesse certaine se dévoile une âme sensible. Mettez la à profit dans ces jours de fête, la naissance de Jésus, au bénéfice de votre famille. Les chants et ensembles musicaux nous apportent leur religiosité apaisante et généreuse, un réconfort bien venu. Joyeux et bienheureux Noël Virginie.
Si les élèves ne savent plus écrire, c’est qu’on ne leur apprend plus à écrire, seulement à copier ce qui est déjà écrit. Ils ne peuvent donc pas observer le sens de formation des lettres et de la ponctuation. C’est la raison pour laquelle leurs lettres sont écrites en dépit du bon sens, les virgules, accents et apostrophes de bas en haut, ce qui leur fait perdre du temps, ils écrivent beaucoup plus lentement que s’ils avaient appris comment former la cursive classique, où commencer et où terminer la lettre. Depuis 25 ans que j’aide des élèves du primaire au lycée,cette constatation m’a interpellée, et c’est un professeur de français qui m’a expliqué ce phénomène, catastrophé qu’il était par les écritures illisibles de ses élèves et en ayant cherché ayant cherché la raison… Alors maintenant, un peu plus un peu moins dans l’apprentissage de futurs illettrés…
Excellent comme toujours quelle tristesse …
En effet adieu motricité fine et zttenttion
En effet, la ZttenTTion se perd !