Une Bataille après l’autre, imposture dénoncée par le gauchiste Frédéric Lordon

Le grand favori des Oscar™ était donc Une bataille après l’autre, une sinistre bouse anti-Trump.
Capture d'écran BA
Capture d'écran BA

Ce 16 mars, la soirée des Oscar™ n’avait rien d’un suspense hitchcockien. Le grand favori est Une bataille après l’autre, de Paul Thomas Anderson, sinistre bouse anti-Trump. Et là, sans surprise, c’est le carton plein, ce film ayant été distingué par six statuettes, celles du Meilleur film, de la Meilleure réalisation, du Meilleur second rôle, du Meilleur casting, du Meilleur scénario adapté et du Meilleur montage. N’en jetez plus, c’est la fête. La presse française exulte. Celle de gauche et d’extrême gauche, il va sans dire. Mais au Figaro aussi, c’est dire aussi. Il est vrai que Paul Thomas Anderson, dit « PTA », est le cinéaste en vogue, comme jadis Jean-Luc Godard en son temps et en nos contrées. Ne pas le révérer équivaut donc à passer pour le dernier des ploucs.

Un manichéisme de bazar…

Au cœur du film, les immigrés clandestins et les policiers chargés de les arrêter (les méchants) et les gauchistes qui tentent de les protéger (les gentils). Les premiers sont évidemment des suprématistes blancs ; les seconds des activistes “racisés”, à l’exception d’un Leonardo di Caprio défoncé aux drogues du soir au matin. Comme ça, les choses ont au moins le mérite d’être simples. Consacrer un film à la radicalité politique américaine était pourtant une bonne idée : l’Allemand Uli Edel l’a bien fait en 2008, avec le remarquable La Bande à Baader. Tout y était plausible sans sombrer dans le manichéisme. Le spectateur se trouvait dans les cervelles enfiévrées de ces soldats perdus. Au lieu de juger ses personnages, Uli Edel tentait de les comprendre, sans faire l’impasse sur leur indéniable courage et leurs évidentes contradictions, leur révolution donnée pour prolétarienne n’étant de fait que prurit d’étudiants trop gâtés par la vie.

Paul Thomas Anderson n’est manifestement pas taillé de ce noble bois. Son scénario est totalement déconnecté des réalités historiques. Dans les années 70, les Weathermen américains, que l’on peut tenir pour ancêtres des Brigades rouges ou de la Fraction armée rouge, ne s’occupaient pas des immigrés, mais voulaient en finir avec un capitalisme par ailleurs principal responsable de la submersion migratoire, puisque permettant de sans cesse tirer les salaires vers le bas. Les gauchistes d’alors avaient au moins ouvert un livre. Tout comme leurs homologues des Blacks Panthers qui, eux, entendaient faire sécession et instaurer des États réservés aux seuls Noirs, ce qui leur valait très logiquement d’entretenir les meilleurs rapports avec le Parti nazi américain de George Rockwell qui poursuivait exactement les mêmes objectifs en faveur des Blancs. Voilà qui démontre qu’il est toujours possible de s’entendre entre racistes et que l’histoire des radicalités politiques locales n’avait rien d’une romance façon Benetton.

Une opérette antiraciste…

À ce titre, le film en question dépeint des “gauchos” et des “fachos” d’opérette. La preuve en est que “l’héroïne”, militante noire, ne trouve rien de plus finaud que de violer Sean Penn, l’un des pontes de ICE (United States Immigration and Customs Enforcement), pour finir par se retrouver enceinte de ses œuvres. Comme tout cela est plausible. Enfin, à peine plus que l’état-major des forces du Mal, entre EHPAD et base secrète du docteur No. On comprend mieux pourquoi ce foutoir a provoqué l’émoi chez nos antifas de salon.

Celui qui ne s’y est pas trompé demeure Frédéric Lordon, philosophe de la gauche anticapitaliste, mais qui a toujours refusé de se laisser embrigader par LFI et autres mouvements de carnaval. D’où ce massacre en règle mis en ligne sur le site Hors-Série et intitulé « Bourgeoisie culturelle et révolution sur Une Bataille après l’autre ». En préambule, il se défoule : « C’est presque de la science expérimentale : dès que la critique bourgeoise se pique de politique, elle se mange la porte. Logiquement, Une bataille après l’autre l’a enthousiasmée. » Mieux : « La seule idée de la révolution qui remplit une tête de la bourgeoisie culturelle, c’est donc ça : des activistes. Qui mènent des actions commandos, et font des coups d’éclat, plus ou moins réussis. Par exemple en attaquant un centre de rétention d’immigrants. L’une des intervenantes de Mediapart en est tellement conquise qu’elle déclare tout de go être sortie du film en “n’ayant qu’une envie, c’est de courir en manif.” »

La bourgeoisie de gauche prend le maquis…

Et la même de s’exclamer à la fin de cette projection de presse : « En attendant, elle a hurlé sa joie, et son accord politique, dans la salle de cinéma au moment où les protagonistes du film concluaient leur action en criant “État, impérialiste, raciste, esclavagiste de merde”, car elle tient à le faire savoir : elle aussi, l’impérialisme, le racisme, l’esclavagisme de merde, elle est contre. » Bref, conclut-il : « Lorsque la bourgeoisie culturelle s’enthousiasme que “le film rend jouissif le passage à l’attentat et à la violence armée”, c’est qu’il n’y a pas le moindre risque ni à le produire ni à le diffuser. » Il est vrai que cette gauche résistante des beaux quartiers résiste à tout, hormis aux subventions. D’une main le cocktail Molotov et de l’autre la sébile, en quelque sorte. Maurice Druon, authentique résistant, lui, le disait déjà lorsqu’il était ministre de la Culture.

Nous sommes entre Femmes et savantes de Tartuffe, à mi-chemin des Précieuses ridicules et du Bourgeois gentilhomme. Au secours, Molière, reviens ! Et merci à Frédéric Lordon de nous rappeler qu’il existe encore une gauche capable de penser en dehors des clous.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain
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