[TRIBUNE] Lettre ouverte à nos parlementaires et aux gens de pouvoir

Lorsque la parole publique se dévalue, c’est la Nation elle-même qui se défait.
Capture d'écran
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Mesdames et Messieurs qui nous gouvernez,
Parlementaires, ministres, conseillers, chefs de cabinets, journalistes d’influence et hauts fonctionnaires,
je m’adresse à vous aujourd’hui.

Je ne viens pas vous flatter, ni vous ménager.
Je ne viens pas quémander une faveur, ni solliciter une audience.
Je viens vous dire, d’une voix claire et ferme, ce que le peuple que vous représentez murmure à demi-mot dans les campagnes, dans les usines, dans les cafés et dans les familles :

La confiance s’effondre.
Et avec elle, c’est tout l’édifice de notre République qui vacille.

La confiance est une chose fragile.
Elle ne se décrète pas.
Elle ne se signe pas au bas d’un décret ni dans un communiqué de presse.
Elle ne se vote pas à main levée sous les ors de l’Assemblée.
Elle se mérite.

La confiance, c’est comme l’amour : elle se gagne par la fidélité et la vérité, elle se perd par la trahison et le mensonge.
Elle ne se réclame pas, elle ne se mendie pas.
Et lorsqu’elle se brise, nul pouvoir, nul artifice, nul stratagème ne peut la restaurer… sinon l’exemple, la droiture, le courage.

Le peuple invisible

Vous le savez, Mesdames et Messieurs,
nous avons fait de la politique un marché aux illusions.
Les alliances se font et se défont au gré des sondages et des ambitions personnelles.
On change de camp comme on change de cravate.
On dit blanc le lundi, noir le mardi, et l’on s’étonne que les citoyens, eux, se détournent de nous le mercredi.

Le peuple, lui, n’est plus qu’un figurant dans cette pièce tragique.
Ses colères servent à remplir les urnes, ses espoirs à orner les discours.
Et le lendemain des élections, il redevient invisible.

Chaque volte-face, chaque promesse trahie, chaque mensonge public est une blessure infligée au pays tout entier.
De ces blessures naît la défiance.
Et de la défiance, tôt ou tard, naît la révolte.

Chateaubriand l’avait déjà vu venir : « Les inconséquences des hommes publics sont les plus funestes. »

Oui, funestes ! Car lorsque la parole publique se dévalue, lorsque la politique n’est plus qu’un théâtre d’ombres, c’est la Nation elle-même qui se défait.

Une République de faux-semblants

Autrefois, la presse était le miroir de la République, le chien de garde de la démocratie.
Aujourd’hui, trop souvent, elle s’est faite complice des puissants ou tribune des idéologues.

On n’informe plus, on oriente.
On ne vérifie plus, on copie-colle.
On ne cherche plus la vérité, on fabrique des récits.
Et toujours, on se drape dans la vertu pour mieux dissimuler ses choix partisans.

De ce naufrage médiatique naît une confusion terrible :
le citoyen ne sait plus où est le vrai, où est le faux, où est la manipulation.
Quand tout se vaut, tout se confond.
Et quand tout se confond… tout est permis.

Ce jour-là, Mesdames et Messieurs, la démocratie n’a plus de garde-fou.

Je me souviens de ma première campagne électorale, en 2004. J’avais la fougue, la naïveté, et cette conviction qu’en politique la parole donnée était sacrée.

Un vieux routier, un élu chevronné, m’avait alors dit d’un ton cynique : « Un programme électoral, ça sert à être élu. Personne ne vous demandera jamais de le réaliser. »

Ces mots m’ont glacé.
Car ils portaient déjà en eux le germe de notre déclin :
une politique de façade, une République de faux-semblants.

Depuis, combien de fois avons-nous vu des élus exceller dans l’art de conquérir le pouvoir, pour se révéler médiocres dans l’art de l’exercer ?

Oui, l’on a osé dire :
« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. »

Eh bien moi, je vous le dis : une démocratie qui tolère ce cynisme est une démocratie qui marche vers sa perte.
Sans vérité, il n’y a plus de contrat social.
Sans parole tenue, il n’y a plus de Nation.

Notre époque est paradoxale.
Jamais l’humanité n’a connu autant de progrès.
Jamais la vie n’a été aussi longue, la santé aussi solide, l’éducation aussi répandue.
Et pourtant, jamais nous n’avons semblé si inquiets, si divisés, si pessimistes.

Notre avenir

« Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté » disait le philosophe Alain.

Mais la volonté, Mesdames et Messieurs, pousse sur un terreau qu’on appelle la confiance. Sans confiance, il n’y a pas de volonté.
Sans volonté, il n’y a pas d’avenir.

Rétablir la confiance ne se fera pas par des slogans, par des lois bavardes ou des campagnes de communication.
Il ne suffit pas d’afficher le mot "confiance" sur une affiche électorale pour qu’il fleurisse dans les cœurs.

Pour que la confiance renaisse, il faut que vous changiez.
Il faut que nous changions.

— Que la politique retrouve la droiture et l’honneur.
— Que la justice soit impartiale et forte.
— Que la presse redevienne un lieu de vérité.

Alors, et alors seulement, le peuple, voyant que ses représentants se tiennent debout, retrouvera l’espérance et se lèvera à son tour.

Saint-Exupéry nous a laissé ces mots magnifiques :
« L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre. »

Permettre l’avenir, c’est rendre à la confiance sa dignité. C’est faire en sorte que la politique ne soit plus une mascarade mais un service.
C’est offrir à nos enfants autre chose qu’un pays désabusé et cynique.

Alors, Mesdames et Messieurs, si vous aimez la France, si vous respectez le peuple, redevenez dignes de sa confiance.

Car le jour reviendra où, lorsque le Premier Ministre montera à cette tribune pour demander un vote de confiance, le pays tout entier pourra répondre, d’une seule voix et sans trembler : « Oui, nous vous faisons confiance ! »

Ce jour-là, la République renaîtra.
Et avec elle, la France retrouvera ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre : l’espérance.

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Yves d'Amécourt
Chef d’entreprise, ingénieur de l’Ecole des Mines d’Alès, ancien élu local de Gironde 2004-2021 (conseiller général, maire, président d’EPCI, conseiller régional).

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Il voulu faire le Prof pour endormir, mais c’est raté, heureusement pour la France trop en danger. Une grande partie de l’opinion est à bout, ils ont tout fait pour !.

Commentaires fermés.

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