[THÉÂTRE] Le rabâchage de Molière
Cette semaine, Le Monde et Télérama viennent de (re)découvrir Les Femmes savantes, mais mises en scène par une metteuse en scène italienne à la mode. Alors que d’un autre côté, Jean-Marc Dumontet, nouveau directeur du théâtre du Gymnase, redécouvre Le Bourgeois gentilhomme. Et à la Comédie de Saint-Étienne (Centre Dramatique), ce sont les mêmes Femmes savantes de Molière, mais par Benoît Lambert…
Le théâtre en France, étatisé, cloisonné, pléthorique, n’a jamais autant produit de spectacles pour dire et faire la même chose. Chercher dans cet océan de conformité et de pareil au même autre chose que des ritournelles, entre comédies qualifiées de déjantées et aux jantes bien déroulées et gravités toujours plus sérieuses, relève de la performance, et si l’on y ajoute une frilosité du propos qui réduit ladite création à cela seulement qui peut être dit, il ne reste pas grand-chose. Et l’on passe sans transition de multiples femmes libérées mais islamo-compatibles à des niaiseries et autres cucuteries les plus culturelles.
Un monde culturel sans audace
Dans ce monde triste et sclérosé — mais tel est devenu notre pays —, le rabâchage de Molière, ou accidentellement de quelques classiques mille fois revus, constitue ce qui occupe des esprits qui n’en ont guère. Et l’on se demande à quoi servent toutes ces scènes dites nationales, à la terminologie de technocrates culturels et qui semblent faites uniquement pour alimenter ce rabâchage. Faire créer une pièce hors de tous ces sentiers battus et ces mises en scène à la noix de Grenoble est une gageure, et encore plus si l’on s’écarte d’un propos bien-pensant comme une soirée parisienne.
Et des Femmes Savantes remises en scène pour la cent millionième fois, et encore plus savantes que le metteur en scène se trissotinant à qui mieux mieux ou des Bourgeois ou des Tartuffe qu’on raille sans voir qu’on a les mêmes, énormes, en coulisses. Mais ça rabâche et ça continue, et c’est encore pire à l’opéra, où l’on reprend toutes les saisons les mêmes rengaines et où on a envie de chanter en écho ou a capella « La boulangère a des écus » et le chef d’orchestre un tambour et une trompette.
L’invention, l’imagination, l’audace, la verve et le talent semblent avoir définitivement déserté nos théâtres. La ritournelle conformiste bat son plein : comme chez la fourmi de la fable, il n’y a pas le moindre petit morceau de vermisseau et il est inutile d’aller crier famine, aucun directeur de théâtre aseptisé ne vous répondra. Qu’il soit public, ou privé, réaliste ou poète. Notre théâtre actuel est une sinistre bureaucratie, une caricature digne des anciens comices agricoles.
À quel degré de censure, ou d’apathie sclérosante, comme le disait mon ami le regretté Claude Piéplu, en sommes-nous arrivés, avec cette culture tellement culturelle qu’elle en devient complètement cul, pourrait-on dire, au risque d’être décrété persona non grata, ou même d’être illico ravalé au rang des fascistes ou des fachos.
Éternels Jack Lang et nouveaux cultureux
Ici, ce n’est plus l’éternel mari, c’est l’éternel fasciste. Le fasciste, celui qui parle aujourd’hui comme Molière parlait hier, celui qui couvrait de ridicule les Tartuffe et les Trissotin d’aujourd’hui. Le fasciste, c’est le Cyrano de notre temps, celui qui créa Chantecler avant qu’on finisse par se tordre le cou.
Vous voulez un peu de culture conformiste, rabâchée, remâchée, subventionnée ou pas, et bien sûr de gauche, ça va de soi : allez au théâtre. Entre le bobo qui a trouvé son must mis en scène et le woke qui n’en finit pas de se réveiller, vous avez le choix.
Pauvre Molière, qui croyait pourfendre les Tartuffe, les Trissotin, pauvre Rostand qui disait non merci, non merci, non merci ! On leur ressert les mêmes conformités à la sauce culturelle, celles des éternels Jack Lang et des nouveaux cultureux dansant la java du diable.
Leur imagination est sans borne, excepté produire une création libre et digne de ce nom. Ils ont inventé les scènes nationales, les scènes conventionnées, les scènes croisées, les scènes d’intérêt régional, les scènes sans intérêt, ou qui ne le sont pas encore mais le seront bientôt, les scènes européennes ou surmultipliées aux Molières.
Mais lorsqu’on leur propose une œuvre telle que la fit Molière en son temps, on peut toujours attendre pour avoir une réponse. La pièce s’est perdue dans un éclat de rire.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































18 commentaires
Citation :
>>> Le fasciste, celui qui parle aujourd’hui comme Molière parlait hier, celui qui couvrait de ridicule les Tartuffe et les Trissotin d’aujourd’hui. Le fasciste, c’est le Cyrano de notre temps, celui qui créa Chantecler avant qu’on finisse par se tordre le cou. <<<
Fin de citation.
Vais-je être le seul à manifester ma désagréable surprise de retrouver une formulation aussi ambigüe dans les colonnes de Boulevard Voltaire !
Oui, c’est vrai, je partage entièrement cette opinion : un sinistre conformisme. Et j’y ajoute le cinéma, l’art contemporain (officiel), la danse, les séries télé … Oh là là ! La culture est couverte de cendres comme jamais, un voile noir a éteint les lumières.
Ah, mais que ne jouent-ils plutôt Les Singes savants, le Tartuffe nouveau, ou la Soumission des femmes! Là, au moins, on rigolerait, sur ces parodies inspirées!
Mon pauvre monsieur Pélaez… s’il ne s’agissait que du théâtre…
« Et la pièce s’est perdue dans » une machine à sous de subventions payées par nous.
Je serais intéressé de connaître ou ce trouve les écrits de Moliere.
Il faut chercher dans Jean-Baptiste Coquelin , à la bibliothèque nationale , la bibliothèque Mazarine et ailleurs où il a séjourné .
Mais vous avez des tas d’ écrits de Molière vendus dans les librairies scolaires ,enfin ,c’ était ainsi ,il y a quelques décennies!
Très beau texte. Merci de nous l’offrir.
Pour les artistes a l’heure présent il est absolument nécessaire d’être de gauche ou vraiment très bon pour avoir des contrats.
Tout comme en 2022 une demande d’embauche a l’Opéra Garnier refusé on lui répond; « Je trouve surprenant que vous postuliez dans le milieu culturel avec votre CV », Adélaïde a travaillé pour la presse d’opinion, à Valeurs Actuelles et à Boulevard Voltaire, quelle horreur !
Les woke veulent modifier toutes les œuvres, de Molière et d’autres, supprimer ce qui ne leur convient pas, ça va devenir insipide au possible !!!
Les scènes où le mari colle une tarte à sa femme, supprimé bien sur, et j’en passe
Ces gens sont une plaie pour la culture, la notre notamment
Oui! De la redite, de la redite ,de la redite! Sous toute formes possibles , mille fois ressassées par des mises scènes qui se veulent originales. Mais pour quel public ?
Ce qu’il faut ce sont des nouveaux spectacles et du Molière le plus respectueux de sa mise en scène originelle parce qu’après on perd le file du propos de l’auteur et on fini par le trahir au grè des appartenances idéologiques .
Moi : theatrepopuliste en un seul mot
Bravo
Franchement, c’est pas grave tout ça, perso je n’en ai rien à cirer du théâtre où je ne vais jamais et du cinéma où je ne vais plus depuis 15 ans. Surtout pour assister à de la propagande gochos-wokiste-ecolos déguisé en « spectacle »pourri. Ça n’intéresse que les gauchistes cette bouse.
Le théâtre aujourd’hui c’est les médias de gauche mais il n’est pas souvent drôle. Dernier exemple en date, ces dits médias savent mieux ce qu’il se passe à l’intérieur de la rédaction de CNEWS que les journalistes de CNEWS eux-mêmes. Car au sujet de l’affaire Morandini, depuis la déclaration de Sonia Mabrouk mardi matin, les journaux de gauche, nationaux et régionaux, relatent tous qu’il y aurait un psychodrame,des tensions, des frictions, une rupture, je ne vais pas relever tous leurs qualificatifs, au sein de la SDJ de la chaîne 14… Mais bien sûr comme ce sont des reporters du camp du bien, même s’ils n’ont aucune source à fournir, ce qu’il racontent est présumé vrai. Pascal Praud aura beau essayer de prouver que tout ça est fantasmé, lui est présumé menteur. Je ne crois pas à ce qu’il y ait une scission au sein de la première chaîne d’info de France malgré ce que prétendent ses poursuivantes. Je ne suis pas dupe de leur manigance, la ficelle est grosse. Ça ne veut pas dire que JMM ne soit pas un sujet, personnellement je ne suis pas pour condamner à une mort sociale quelqu’un qui fait l’objet d’une condamnation judiciaire, comme cela se fait aujourd’hui dans le cinéma. Les faits incriminés ont quand-même de quoi heurter, Serge Nedjar a raison de soutenir son journaliste, mais on ne peut pas non plus être insensible à ce qu’il a commis. Peut-être que c’est une condamnation politique, car, faudrait faire des recherches, si c’était un journaliste de France inter il aurait peut-être été relaxé, que d’être salarié du groupe Bolloré serait une circonstance aggravante pour les juges. Mais il y a d’autres moyens de le dénoncer que de faire comme si de rien n’était.
Personnellement , je ne supporte pas la tronche bête et vulgaire de Morandini…
Quel auteur proposez-vous qui nous décoifferait ?