[STRICTEMENT PERSONNEL] Macron s’en va-t-en guerre

Le chef des armées a fait une sortie spectaculaire en resurgissant sous les traits inattendus d’un nouveau Sun Tzu.
Portrait D Jamet 3 (1)

La politique, selon le cardinal de Richelieu, est « l’art de rendre possible le nécessaire »… On doit, hélas, constater que trop souvent les professionnels qui exercent dans ce domaine bien particulier cultivent l’art de rendre possible ce qui était exclu, probable ce qui était banni et fatal ce qui était évitable.

La première des ders, autrement dit la guerre, d’abord européenne puis mondiale, de 14-18, et ses vingt millions de morts, militaires et civils, avaient inspiré aux contemporains, acteurs ou victimes du massacre, nos aïeux, l’envie de ne jamais remettre ça. D’où la fondation de la Société des nations. Puis sa faillite. La deuxième des ders, autrement dit la guerre, européenne puis mondiale, de 39-45, et ses cinquante millions de morts, civils et militaires, inspirèrent aux survivants du carnage, nos grands-parents, la ferme résolution de ne plus jamais permettre le retour de l’Apocalypse. D’où la fondation de l’Organisation des nations unies. La raison des plus sages devait désormais prévaloir sur la folie des plus forts. Qu’en est-il, aujourd’hui ? Les réponses que nous fournit chaque jour l’actualité comme les prévisions sur lesquelles s’accordent les spécialistes donnent à craindre que la prochaine der des ders soit en effet, et pour de bon cette fois, la dernière du genre, pour tout le monde, je veux dire du moins pour l’espèce à laquelle nous appartenons vous et moi, et qui persiste à s’appeler humaine. Comme un alcoolique invétéré, réchappé par miracle à deux reprises des accidents dont il portait la responsabilité, et qui s’apprête, titubant, à reprendre la route, les hôtes de la planète que nous sommes ne se demandent plus si nous allons vers un troisième conflit du même genre que les deux précédents, mais quand il éclatera, où il se répandra, combien de temps il durera et, surtout, dans quel état les abrutis-sorciers qui nous gouvernent auront mis et laisseront la Terre.

Despotes et démocrates

On est souvent tenté de faire le lien entre les tyrans, les dictateurs et autres despotes que la République menace de faire descendre au cercueil, et l’éclosion puis l’extension des guerres. Pour nous limiter aux derniers spécimens du genre, les exemples de Hitler, de Mussolini et autres Staline sont dans toutes les mémoires. On manquerait à la vérité si l’on exemptait de toute responsabilité les dirigeants démocratiquement élus qui, en quête de popularité, de gloire ou persuadés qu’ils incarnent le camp et les force du Bien, ont fait de leur mieux pour accoucher du pire. Le nom de Benyamin Netanyahou vient tout naturellement à l’esprit. Il est permis de s’interroger sur la pertinence et les conséquences des discours tenus, des positions prises et des initiatives lancées, ces derniers temps, par le président de la République française.

L’état dans lequel, après huit ans à l’Élysée, Emmanuel Macron a mis et laissé les finances publiques, lui interdisant évidemment de se présenter encore comme un nouveau « Mozart de la finance », le blocage institutionnel, politique, économique et social auquel a conduit sa dissolution ratée, et non suivie de sa démission, ne plaidant en faveur de sa clairvoyance ni de son sens du devoir, le supposé chef de l’État avait dû à son grand regret quitter le devant de la scène où il se plaisait tant à déployer ses talents de transformiste, de comédien et de cabotin. Las de se morfondre dans la pénombre du second plan, le chef de l’État, chef des armées, a fait une rentrée ou plutôt une sortie spectaculaire en resurgissant sous les traits inattendus d’un nouveau Sun Tzu, d’un autre Clausewitz, pour ne pas dire d’un Napoléon IV, réincarnation du Petit Caporal, aspirant à mener la France sur les sentiers de la gloire.

L'ogre Poutine

La tradition républicaine avait voué l’armée, en vertu de la prédominance du pouvoir civil et de la crainte, fondée sur les épisodes bonapartistes de notre Histoire, au rôle ingrat de « la grande muette ». C’est au contraire sur l’ordre et en suivant expressément les consignes de leur supérieur suprême que le patron du renseignement puis le chef d’état-major des armées ont mis en garde les Français et le reste du monde contre la menace « dimensionnante » (sic) et « existentielle » (re-sic) que l’inébranlable volonté de Vladimir Poutine de restaurer la Russie dans son intégrité territoriale fait courir à la planète, à l’Occident, à l’Europe et à notre pays.

Espionnage, sabotage, cyberattaques, refus de prendre notre président bien-aimé au téléphone et de l’asseoir à une table de négociations… on en frissonne encore. Etayé et conforté par les informations qu’il avait chargé ses subordonnés de communiquer à ses sujets, l’occupant du palais présidentiel et commandant en chef de nos 200.000 soldats, dont jusqu’à 50.000 sont susceptibles de tenir quinze jours une ligne de front de quatre-vingt kilomètres, a désigné le nouvel ennemi héréditaire de la France et appelé à la mobilisation de toutes nos forces vives qui, sans être tout à fait la guerre, en est classiquement le prélude, et dessiné les grandes lignes d’un plan qui devrait nous permettre d’être fin prêts à affronter l’adversaire d’ici… l’époque où M. Macron pourra solliciter un troisième mandat présidentiel.

L’intention du « maître du Kremlin » étant de toute évidence, vu la facilité avec laquelle il est venu à bout de l’Ukraine, de s’en prendre d’abord aux pays Baltes, puis à la Pologne, puis à l’Union européenne, puis à l’OTAN, puis aux États-Unis en passant par le Portugal, l’Italie, la principauté de Monaco et la promenade des Anglais (où l’on signale la présence de nombre d’étrangers russophones(, on ne saurait être trop reconnaissant à M. Macron de sa lucidité, de son courage et de son intention de nous faire jouer un rôle important dans la guerre qui doit nous opposer à la Russie si nous voulons continuer à jouer un rôle international et tout simplement à exister !

La guerre, parenthèse bénie

Plus sérieusement, on comprend que le fondateur d’En marche ! (ça vous dit encore quelque chose ?) rêve comme un grand enfant d’un pays en guerre. La guerre, cette merveilleuse parenthèse de la démocratie où il est permis à l’État de museler les oppositions, de mettre le Parlement en vacances, de ne plus avoir à tenir compte des grands équilibres financiers, politiques, sociaux ou autres, et de faire ruisseler sans compter, quoi qu’il en coûte, l’argent qui permet de fabriquer des missiles, des drones, des avions, des chars et des soldats par millions. Plus sérieusement encore, il est fâcheux - et ceci ne vaut pas seulement pour la France - que ceux qui tiennent ici et là les rênes du pouvoir aient en commun de n’avoir jamais vécu ni connu ni subi ni fait la guerre autrement que dans les livres et dans les images édulcorées qu’en donnent le cinéma et la télévision. Pour revenir à ce qui nous concerne plus directement, ce n’est pas à un somnambule, comme dans les semaines qui précédèrent la guerre de 1914, que revient la charge de décider pour nous de la paix et de la guerre, mais à un « founambule » qui semble ignorer que la seule raison pour laquelle la France existe encore aux yeux des irresponsables qui décident de notre sort est la force de dissuasion dont l’a dotée un très lointain prédécesseur d’Emmanuel Macron. Il s’appelait Charles de Gaulle.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

75 commentaires

  1. A priori Monsieur Macron ne serait pas trop contre « une bonne guerre » ! Il ne voit même pas qu’il y serait englouti, carbonisé, comme des centaines de millions de personnes. « Si vis pacem para bellum », d’accord. Mais « si vis bellum para bellum » ! Non et non ! Voilà ce que c’est que livrer le pouvoir à un immature. J’ai si peur pour notre descendance !

    • C’est surtout qu’il pourrait ainsi ajourner les élections de 2027 comme son copain zelinsky, , il en rêve

  2. En marche ? Emmanuel Macron était tellement fier de son premier mandat qu’il en a changé le nom, je n’arrive jamais à me souvenir de celui qu’il a choisi, En marche vers le désastre de toute façon aurait été un meilleur choix. Evidemment ce sinistre personnage aimerait bien une guerre, ça lui permettrait de jouer les prolongations comme son ami Zelenski l’a fait !
    Boris Vian chantait « Monsieur le Président je vous fais une lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps »….. »votre guerre je ne veux pas la faire, je ne suis pas sur terre pour tuer de pauvres gens ».

    • Le nom de son parti a tellement changé que je serai bien incapable de dire comment ça s’appelle aujourd’hui, il faut dire surtout que ça ne m’intéresse pas

  3. Cet article est d’une telle évidence il n’y rien à ajouter. Simple citoyenne française j’ai toujours perçu celui qui joue un rôle de président d’être un ado attardé, intelligent, mais avec une mentalité d’adolescent. Pour avoir été élu par deux fois peut être est il le favori d’un peuple fatigué et vieux qui se plaît au spectacle de ce comédien toujours accompagné de son épouse qui semble tenir le rôle de mère.

  4. Déjà il n’a jamais fait son service militaire puisque ça n’existait plus et c’est bien dommage
    Il n’y connait rien du monde militaire
    Je préconise qu’on lui offre des playmobils « soldats » ou des soldats de plomb et qu’il laisse les choses sérieuses aux adultes qui s’y connaissent !
    Et surtout qu’il s’occupe de la guerre larvée qui se déroule sur notre sol et qu’il n’est même pas capable de gérer

  5. Y pense-t-il notre président « bien aimé « .?Ce serait pousser la poutinerie un peu loin mais qui sait. Si la guerre éclate, les élections deviennent impossibles et voilà notre président-enfant mobilisé de facto pour un troisième mandat. A nous les soldats de plomb, la fleur atomique au chien de son fusil. L’hypothèse est audacieuse mais l ‘audace n’a jamais manqué à un homme qui s’est joué de beaucoup qui lui ont fait son nid. Puis il a distribué des soldes aux bottes voraces qui lui ont fait allégeance. Nous en sommes là. Un chef qui a désarmé le bon sens français. Un tyran démocratique citant levinas sans jamais regarder la souffrance du piou-piou. Il embouche la trompette militaire, sourd de toutes les douleurs de la submersion. Voila le plus grand malheur de sa melodie francaise.

  6. Un article bien tourné consacré à l’histrion de l’Elysée, qui veut contrôler la peur des gens pour devenir le maître de leurs âmes (Machiavel), mais encore un coup de griffe à Netanyahou ! C’est décidément une obsession ! Plagiant vaug31, ci-dessous, je dirais  » heureusement qu’ Israël n’a pas Jamet à sa tête ».

  7. M. Jamet, dans ce style toujours travaillé, plaisant et tout en circonvolutions, de cette prudence sémantique qui fait sa patte, vient nous asséner le fond de sa pensée :
    – Dans la rubrique des « despocrates », quel nom doit immédiatement venir à l’esprit ? Xi ? Poutine ? Bukele ? Maduro ? Orbán ?… Nooonnn !!! Netanyhaou, bien sûr !!!
    – L' »ogre » Poutine, celui qui ne veut …que… »restaurer la Russie dans son intégrité territoriale » n’est qu’un tigre de papier, un aigle sans ailes bien incapable, s’il l’aurait encore même voulu, d’aller chatouiller les moujiks baltes, et pourquoi pas le Prince de Monaco, tant que vous y êtes ?
    – Notre « Chef suprême des Armées » (pas encore notre « guide » suprême ?) serait un Tartarin, despocrate lui aussi, qui préparerait et la guerre, et 2032 !
    S’il n’était, comme on le comprend, un Poutinophile convaincu qui ne s’ignore pas, avec une cécité totale du drame ukrainien après la Crimée, la Géorgie, l’Arménie, la Tchétchénie, la Syrie, M Jamet pourrait être placé sur les listes russes des agents de l’Étranger, sans espoir d’être destinataire, un jour, une invitation aux cérémonies du 9 mai à Moscou.
    Et ça peut en déranger… certains…

    • Il n’est point besoin d’adorer Poutine, de ce quoi vous accusez à tort M. Jamet, pour comprendre et admettre que la Russie n’est pas la menace existentielle que Macron veut nous faire croire, malgré tous les stratagèmes utilisés, le dernier étant la prise de parole honteuse (pour les 2 parties) du Chef d’état major des armées.
      Le Covid ne faisant plus peur il a fallu trouver un autre sujet pour soumettre les français, il s’agit donc de la Russie. Cela permet en plus d’éviter les vrais problèmes et la vraie menace immédiate qu’est la 5ème colonne islamiste.

      • Effectivement ‘Eric D.’, Monsieur Jamet n’est pas poutiniste. Et le danger réside vraiment dans, ce que vous appelez, la 5ème colonne islamique.

  8. Comme il est malhonnête de parler de Benyamin Netanyahou pour introduire votre juste analyse au sujet d’Emmanuel Macron. Le premier cité est rentré en guerre contre un ennemi bien réel, le Hamas, qui, dans une cruauté inimaginable, est venu en Israël commettre un pogrom d’une intensité jamais vu depuis la seconde guerre mondiale. Cela conduisait irrémédiablement vers le donneur d’ordre, l’Iran, qui souhaite ardemment la disparition de l’État hébreux.
    Votre haine du chef de l’État d’Israël corrompt votre analyse, et c’est bien dommage.

    • Oui, c’est vraiment une obsession ! Son antisémitisme et surtout son antisionisme commencent à devenir pénible !

  9. Macron a de grandes ambitions personnelles mais il est incapable de gérer le pays ..il n’a pas la trempe d’un président..démission au plus vite

    • Il n’attend que l’application de l’Article 16 en plongeant le pays dans le chaos par toutes ses contorsions et ses affabulations, destinées à nous détourner par la peur.

      Démission, dites-vous ? Vous allez attendre longtemps. C’est la rue qui s’en chargera.

      Rappelez-vous qu’il nous y avait invités, en plastronnant, dans une de ses trop nombreuses séances de posture.

  10. Il y a aujourd’hui dans le monde un certain nombre de chefs d’états qui sont quelque peu dérangés et quelques autres qui ne sont pas « tout juste ». Nous, le notre hésite à se positionner mais l’ardoise qu’il va nous laisser restera dans les moments sombres de notre histoire.

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