[STRICTEMENT PERSONNEL] Les balances de la Justice

Sur la soixantaine d'individus déjà jugés en comparution immédiate, un seul a passé plus d'une nuit en prison.
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Flic. Simple flic. C’est un métier difficile. C’est un métier dur. C’est un métier exigeant. C’est un métier exposé, et singulièrement dans la période que nous vivons. Exposé aux quolibets, exposé aux injures, exposé aux menaces, exposé à toutes les formes d’attaques, verbales, écrites, médiatiques, politiques et de plus en plus souvent physiques. Face aux déchaînements de la calomnie, de la haine et de la brutalité, on attend, que dis-je, on exige des policiers qu’ils ne perdent pas leur sang-froid, qu’ils restent maîtres d’eux-mêmes et de leurs réactions, orales ou matérielles. Cela, en contrepartie du droit à l’usage, voire au monopole de la force qui leur est reconnu (tout comme à l’armée, dans le contexte particulier de la guerre) pour maintenir l’ordre public, défendre la société, protéger l’État.

Pour l’image et l’honneur des forces de l'ordre

De là à prétendre qu’en toutes circonstances, et même en cas d’erreur, de faute - de « bavure », comme on dit -, tout membre des forces de l’ordre serait a priori considéré comme en état de légitime défense et, par là même, protégé contre les conséquences de ses actes, quels qu’ils soient, il y a un pas que n’hésitent pas à franchir certains démagogues de plateaux télévisés et certains syndicalistes de la profession, au mépris de toute raison et de toute morale. Il est normal, il est heureux qu’il existe, pour l’image et l’honneur de la profession, pour constater et sanctionner d’inévitables abus, une police des polices, et si des erreurs, des fautes, des « bavures » qui relèveraient du droit commun sont commises par des hommes qui portent l’uniforme de la police, que leurs auteurs soient déférés à la Justice, comme tout autre citoyen. La mise à la disposition des membres des forces de l’ordre de matraques, de bombes lacrymogènes, de grenades assourdissantes et autres, de taser et, enfin, d’armes létales postule évidemment que l’usage en soit contrôlé, encadré, justifié et proportionné.

Stupéfiante indulgence

On ne mettra donc pas a priori en question, si exceptionnelle qu’elle soit, la décision, prise par les magistrats qui instruisaient depuis deux ans le cas de l’auteur du tir mortel contre le jeune Nahel, événement déclencheur de cinq journées d’émeutes à travers toute la France, de traduire ce policier, sous l’inculpation de meurtre, devant une cour d’assises. On peut penser que ces juges professionnels ont bâti un dossier qui tient la route. Il est d’ores et déjà assuré que le prévenu disposera d’un défenseur, tout comme s’il n’était pas membre de la police. La composition d’un tribunal qui comporte a priori un jury populaire garantira-t-elle à l’accusé la même compréhension, la même mansuétude, la même bienveillance, la même stupéfiante indulgence que celles dont ont bénéficié, ces jours-ci, les premiers individus jugés en comparution immédiate pour leur participation aux désordres qui ont suivi la victoire, historique paraît-il, d’un club de football franco-qatari sur un club italien ? Rien n’est moins sûr.

Déliquescence de notre système judiciaire et carcéral

Notre pays est en effet confronté à deux fléaux parallèles de plus en plus préoccupants. Le premier est la corrélation de plus en plus systématique entre tout événement, positif ou négatif, fait divers, compétition sportive ou conflit international, susceptible de drainer des foules, et des jours ou des nuits de manifestations, d’émeutes, de vandalisme, qui rassemblent des milliers et des milliers d’individus décidés à casser, à brûler, à piller et à défier les forces de l’ordre dans des affrontements à armes égales, qui nient toute différence entre le légal et le délictueux, le permis et l’interdit, la propriété et le vol. Des hordes de voyous, de « racailles », de « jeunes » venus des quartiers « populaires » déferlent sur les villes, et d’abord sur les beaux quartiers où les dégâts sont plus spectaculaires et le butin plus abondant. Autant de signes, de plus en plus fréquents, de plus en plus violents, de plus en plus alarmants, de la fragmentation de notre société, de l’effondrement de notre civilisation, de la faiblesse de notre État, de la déliquescence de notre système judiciaire et carcéral.

Autant dire l’impunité...

Ici intervient en effet le deuxième fléau, celui qui détermine l’inclinaison des balances de la Justice du côté où on ne l’attendrait pas, et qui fait que l’auteur du tir mortel contre Nahel a plus de raisons de la redouter que ceux qui, samedi et dimanche derniers, ont brûlé des centaines de voitures, allumé des incendies, pillé des magasins et accumulé quelques dizaines de millions de dégâts. À la suite de quoi l’homme qui est le chef de notre État, qui occupe à ce titre le palais présidentiel et recevait ès qualités l’équipe du PSG, assurait : « Nous poursuivrons et nous punirons. On sera implacables. »

On a pu vérifier ce que valaient les engagements d’Emmanuel Macron, à qui la Justice n’a pas tardé à infliger le plus insolent des démentis, au nom de l’encombrement de nos prisons, de son indépendance et de sa culture de l’excuse. Sur les plus de cinq cents individus interpellés, et la soixantaine déjà jugés en comparution immédiate, un seul a passé plus d’une nuit en prison. Les autres ont été implacablement punis, comme annoncé : condamnations avec sursis, stages de citoyenneté, amendes allant jusqu’à cinq cents euros. Autant dire l’impunité, autant dire l’encouragement implicite à remettre ça à la prochaine occasion, autant dire la démission de la Justice devant le crime. On n’a fourni aux cités aucun prétexte pour se soulever…

Si le législateur, le juge et le policier ne travaillent pas la main dans la main, si les maillons de la chaîne qui assure le respect du contrat social sont désunis, la petite et la grande délinquance ne manqueront pas d’achever de prendre le relais et d’assurer elles-mêmes, avec leurs moyens et suivant leurs propres lois, le chaos public.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 08/06/2025 à 20:58.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

62 commentaires

  1. Le divorce entre la police et la justice a été initié, permis et voulu par Mitterand. Pour enfoncer le clou il a permis la politisation des juges qui touche maintenant les parquets. Cet escroc a eu beau jeu lors de son dernier conseil des ministres de déplorer la place prise par les juges, fossoyeurs de la démocratie.

  2. j’espère vivement que l’analyse émise ce jour à 9h41, par Mr Jean louis mazières, se révèlera EXACTE !!!!

  3. A philippe.malinas@gmail
    Pas D’Jamet, D.(pour Dominique) Jamet. Et j’ai fait l’Algerie jeune engagé patriote, et les leçons faut avoir des OPÉ pour en donner.. Et Jamet l’a t’il fait ?

    • Cher Loubiarnès, merci d’avoir précisé votre position. J’avais parfaitement lu « D. Jamet » et non « D’Jamet », et avais piqué parce que je n’avais pas très bien saisi ce que vous désigniez ni ce que vous critiquiez, par anticipation (comme moi). Je ne voulais pas vous blesser. J’ai souvent été en désaccord avec Jamet, mais il faut bien avoué qu’il me fait réfléchir chaque fois qe je le lis. C’est un de rares éditorialistes français qui se respecte et appelle un chat, un chat, difficile , dans notre pays, où critiquer un massacre de 78 personnes au sud de mon pays, le Liban, c’est être antisémite, tandis que critiquer un massacre russe de quatre personnes à Kharkhov (et non Kharkiv ), c’est faire acte de résistance au fascisme en marche…

  4. Observons : les juges ne sont jamais inquiétés par les délinquants, certainement par application de la maxime « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».
    Justice indépendante ? Une indépendance qui se nourrit de « sursis » lesquels évitent systématiquement l’affrontement, l’emprisonnement. Etrange cette attitude commune à tous les tribunaux. Un mot d’ordre ?
    Justice indépendante ? Certainement à la suite des déclarations tonitruantes de nos politiques, en tête desquels Macron lequel émet un vœu pieux, certainement pour paraître, « la justice sera implacable ». Ce qui démontre que cette justice est capable de suivre une consigne….. si elle la juge pertinente, c’est-à-dire conforme à son idéologie. Traduction concrète : que des sursis.
    Nous sommes sous régime bolchévique, face à une justice imprévisible..

  5. L’effondrement de notre civilisation, la déliquescence de notre système judiciaire et carcéral ne sont aucunement dus à la faiblesse de notre État. Tout ceci est voulu, planifié et organisé par une clique maléfique (dont nos gouvernants font partie) pour dominer le monde et asservir les peuples. Tant que ce qu’il faudrait faire n’est pas fait… Rien ne changera.

  6. Il est évident que le renvoi de Florian M aux Assises par les magistrats du Parquet s’est fait en plein accord avec les Ministères de la Justice, de l’Intérieur, les syndicats de police et avec sa défense. C’est le seul moyen juridique d’obtenir son acquittement : Par le Peuple, qui seul peut dépasser le droit pour imposer Une Justice. Que cela ne vous empêche pas de crier au scandale : c’est ce qui est nécessaire.

    • Je ne suis pas loin d’être d’accord mais qu’elle épreuve pour Florian !
      si seulement macron l’avait fermé car c’est cette délaration qui a tout compliqué et foutu le bazar dans la procédure où chacun, à son niveau, a dû faire avec
      par ailleurs, une concertation ? je n’y crois pas car ce sont des juges d’instruction qui ont rendu l’ordonnance de renvoi devant les assises et ce n’est pas le parquet qui a décidé. Et les juges sont indépendants donc qui prendrait le risque d’aller se fourvoyer à déclencher un scandale ?

      • Non. Le juge d’instruction a effectivement décidé de renvoyer l’affaire devant une cour criminelle (comme on dit, maintenant, les anciennes « assiettes »), mais c’est la chambre d’accusation de la cour d’appel qui a rendu l’acte d’accusation qui permet aux juges d’assises (anciennes) et aux jurés d’être réunis pour procéder au jugement. Et un juge d’instruction se garde soigneusement d’intervenir dans les travaux de la chambre d’accusation. Quelle qu’en soit la forme. S’il le fait une fois, il est tout de suite catalogué. Il se doit d’être serein… Et il peut être démenti ou transformé (son acte de renvoi), et il vaut mieux qu’il se dispense de tout commentaire. Nous sommes loin d’être tous, plus ou moins, des coqs ou poules à engraisser…

    • Mazières voit très bien « le truc ». Les ex-assises jugent non pas « au nom du peuple français », comme un tribunal correctionnel mais précisent , dans l’intitulé de leurs arrêts « Le Peuple français… ». La nuance est de taille. Relaxé par des juges (en correctionnelle, on « relaxe »), ça peut être suspect… Mais « acquitté par le Peuple souverain », c’est à peu près imparable, pour l’éternité… Sauf en cas de Section spéciale, mais, ça, c’est pendant la guerre, quand tout va très mal et qu’il nous faut des coupable complètement foutus pour montrer notre mépris du droit. L’élève veut toujours dépasser le maître… P.S. Jamet n’a rien à faire à Médiapart. Il dynamiterait cette officine plénelienne avec ses articles !

  7. Peine plancher de 10 ans ferme non réductibles pour toute agression ou refus d’obtempérer!
    Faites une loi en urgence qui empêche les juges d’être les alliés des racailles!

    • Encore une loi qui ne serait pas respectée. Et qui aurait le courage et les moyens de la faire?…Malheureusement, le bon-sens et la fermeté ne justifient plus les moyens et ne sont plus de rigueur. Pauvres de nous!

  8. Certains croient encore qu’il existe une justice en France, ils se trompent. Il existe simplement des individus qui se disent juges mais n’en sont qu’un pâle reflet pétris de suffisance gauchiste et intouchable. Le contraire en somme.

  9. « On peut penser que ces juges professionnels ont bâti un dossier qui tient la route. » ben tiens, monsieur Jamet ! Un dossier qui tient la route ? Comme celui de ce magistrat qui a déclaré à un prévenu : « il n’y a rien pour vous condamner dans votre dossier, mais ça me ferait mal de ne pas le faire  » ? Comme celui de ces magistrats qui n’ont pas hésité à utiliser des moyen interdits par la loi , à savoir les écoutes téléphoniques entre un avocat et son client, pour « faire tomber » Sarkozy ? C’est vrai, monsieur Jamet, les juges nous ont montré qu’il savent bâtir des dossiers qui tiennent la route… Vous devriez écrire chez Mediapart.

    • La…Justice…Là aussi, il y a beaucoup de corruption! « Selon que vous serez »…Relisez Lafontaine…

    • C’est dommage que tu n’aies pas saisi que Jamet faisait de l’humour. Non, il ne m’a pas chargé de le défendre, il le fait très bien tout seul , mais tu es vraiment injuste. Il remarque qu’il faut que le dossier soit impeccable , pour les juges, pour acquitter ce pauvre Florian, sinon ils vont se faire massacrer par toute la France qui pense bien et qui a du coeur et qui se situe entre le bras gauche de Mélenchon et le bras droit de Plenel… Avec le rouge à lèvres de Rima pour la touche féminine révolutionnaire. C ela dit, tu as raison sur la magouille qui a conduit à des écoutes téléphoniques illégales pour faire tomber notre Hongrois national. Mais ils n’ont pas fini, mes chers collègues, qui suppléent le peuple… Une femme, et ce gauche. Il faut s’incliner ? On verra si en appel ils sont plus courageux qu’en première instance !!! Mais, là, il doit s’agir de juges soucieux des loisirs populaires et, notamment, de la pêche à la ligne les jours de Présidentielle. Chic ou vivement ? un Roi (une Reine ?) nous n’aurons plus à voter ! Simplement à organiser son enterrement !

  10. Amusant, mais tellement vrai. Les Gilets Jaunes ce sont des Français de souche, on peut y aller , crever des yeux, arracher des mains, condamner les autres à des peines lourdes. Mais les barbares qui descendent des banlieues pour bruler, piller et casser du flics… Pas touche ! Un petit rappel à la loi et « une peine de principe ». C’est tout juste si le juge ne termine pas sa sentence en rajoutant : « … et arragez-vous pour ne pas vous faire prendre la prochaine fois… ».

  11. Si les medecins ont abendonne leurs tenues de Diafoirus pour une medecine scientifique et efficace le corps jucdiciaire a concerve ses oripeaux de maitre Jean de Rabelais pour rendre une justice theatrale et partiale

  12. Je crois qu’on a oublié le funeste « Traité de Marrakech » signé en catimini par un obscure fonctionnaire français il y a déjà quelques années… Ce Traité peut en effet expliquer la mansuétude de nos juges envers les jeunes de la diversité. Relisez-le et vous comprendrez peut-être que la France s’est elle-même livrée pieds et poings liés à la racaille…

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