[STRICTEMENT PERSONNEL] La République, cahin-chaos

Sébastien Lecornu, ministre depuis huit ans, s’est vu assigner une tâche digne des douze travaux d’Héraclès...
IL20240409190919-jamet-dominique-929x522

C’était en 1968. Au joli mois de mai. Jamais le carnaval n’avait été aussi tardif, ni la chienlit si plaisante. « De Gaulle au musée ! »… « De Gaulle à l’usine ! » Les joyeux cortèges qui sillonnaient les rues bordées d’arbres abattus et de voitures calcinées rivalisaient d’enthousiasme et d’imagination. Aux élections législatives qui suivirent, en juin, la dissolution de l’Assemblée nationale, les gauches furent laminées et le parti du Président remporta une victoire sans précédent.

De Gaulle : « Moi ou le chaos ! »

N’empêche… de Gaulle n’en avait pas moins senti le vent du boulet. Il avait vu le gouvernement - son gouvernement – chanceler et la Ve République encore enfant - son enfant - chanceler sur ses bases. Usure du pouvoir ? Usure de l’âge ? Il doutait, pour la première fois depuis 1958, d’être encore en phase avec son cher et vieux pays. Le cœur de la France battait-il toujours à l’unisson du sien ? Il décida de s’en assurer et, pour cela, d’en appeler au peuple, à ses bons vieux Gaulois réfractaires, seul moyen selon lui de retremper sa légitimité dans la potion magique du suffrage universel, et choisit délibérément le premier sujet qui lui venait à l’idée – l’amorce de la décentralisation et la réforme du Sénat, un sujet assurément moins capital que l’indépendance de l’Algérie ou l’élection du chef de l’État au suffrage universel –, sachant d’expérience qu’un référendum a toujours une dimension plébiscitaire et que pour nombre d’électeurs, la question posée a moins d’importance que celui qui la pose.

Très vite, sitôt la campagne lancée, l’homme du 18 juin (et du 13 mai) sentit que la chose se présentait mal. Interviewé par le féal et loyal Michel Droit, le général lui déclarait, dès le 10 avril 1969 : « Si le peuple français s’y opposait, quel homme serais-je si je ne tirais pas sans délai la conséquence d’une aussi profonde rupture ? » « Moi ou le chaos ! », résumèrent immédiatement toutes les oppositions, qualifiant de chantage le résultat qu’elles appelaient pourtant de leurs vœux, sans trop y croire ? De Gaulle disposait d’un Parlement à sa discrétion, le sujet de la consultation était après tout relativement secondaire, mais surtout, avait-on jamais vu depuis Cincinnatus un élu de la République renoncer au pouvoir sans y être contraint ?

Le 27 avril 1969 à 20 heures, les chiffres définitifs tombèrent. Avec 52,4 %, le « non » l’emportait. Le 28 avril à 0 heure 11 minutes, un communiqué de l’Élysée annonçait que le général de Gaulle quittait la présidence de la République avec effet dès midi le même jour.

Plus d’un demi-siècle a passé. L’État est toujours debout, mais dans quel état !

Au fondateur ont succédé les fossoyeurs, à Octave Auguste Romulus Augustule. La Ve République, pourtant, est toujours debout et, quoi qu’on en dise, elle a encore les reins solides. Certains, qui évoquent déjà une crise de régime, ne mesurent pas plus la portée de leurs propos que la gravité de leur diagnostic. Il est clair que nous traversons une crise politique dont l’intensité et les conséquence risquent bien évidemment de s’aggraver si celui qui en est le principal responsable s’obstine dans son attitude d’enfant capricieux et têtu.

En procédant, sur un coup de tête, à une dissolution qui n’était nullement nécessaire, puis en refusant comme il le fait de dissoudre l’Assemblée ingouvernable qui résulte de cette décision, en persistant à jurer qu’il ira au bout de son deuxième et désastreux mandat, quoi qu’il en coûte à la France, Emmanuel Macron bloque le jeu normal des institutions dont il est constitutionnellement la clef de voûte et le garant. Dissoudre ou démissionner, ou, mieux encore, démissionner et permettre la tenue d’une nouvelle élection présidentielle se traduirait par l’immédiate remise en marche d’une mécanique grippée par les fausses manœuvres d’un conducteur dont on a découvert, jour après jour, qu’il n’avait jamais passé le permis de conduire l’État.

Les fautes, les erreurs, les tête-à-queue, les engagements suivis de reniements que le chef de l’État a accumulés en huit ans de mandat sont le fait d’un homme dont les convictions et, par suite, les positions et la politique n’ont rien de fixe, de durable et d’arrêté.

Un Président contesté, détesté, récusé, rejeté...

Que ne donnerait M. Macron pour réunir sur son nom et son mandat les 47,6 % de voix que son si lointain prédécesseur a interprété comme un insoutenable désaveu, lui qui, depuis maintenant près de trois ans, a 15 % d’opinions favorables. En cette rentrée 2025, Emmanuel Macron n’est pas seulement un Président contesté, il est un Président détesté. Il n’est pas un Président récusé mais un Président rejeté. Un homme qui entend gouverner, qui prétend diriger ce qui fut une grande puissance, une grande démocratie, et qui s’appelle la France, en dépit du Parlement, en rupture avec le peuple et au détriment même de la fonction qu’il occupe et qu’il avilit.

« Quel homme serais-je... ? » disait de Gaulle, en avril 1969. Quel homme est Emmanuel Macron ? Un opportuniste d’un cynisme sans nom qui, trouvant que la place est bonne, s’y incruste contre tout bon sens ? Un fou d’orgueil et de vanité qui se regarde dans la glace et rit de s’y voir si beau ? Un homme que la nature et son parcours ont porté au sommet et qui, atteint d’une forme sévère d’autisme, n’a qu’un rapport distant avec la réalité. Quelqu’un, quoi qu’il en soit, dont l’obstination nous conduit, cahin-caha, vers le chaos.

Qu’adviendra-t-il du nouveau Premier ministre – le troisième en un an - que le président de la République vient de plonger dans l’enfer de Matignon ? Sébastien Lecornu, ministre depuis huit ans, et généralement apprécié, s’est vu assigner une tâche digne des douze travaux d’Héraclès : à la barre d’un modeste canot de sauvetage, par gros temps et annonce de tempête, déséchouer et prendre en remorque le Titanic. On ne peut lui souhaiter, dans l’intérêt du pays, que bon vent, bon courage… et bonne chance.

Picture of Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

56 commentaires

  1. Ce qui est sans précédent sous la cinquième république, c’est que le rejet massif de Macron n’ est pas seulement un désaccord avec sa politique mais une véritable haine de ce personnage odieux , imbu de lui même, méprisant et malfaisant

  2. Un Macron, sinon quoi ? Ni en 2017, et encore moins en 2022, il n’a eu d’opposant à la hauteur.
    Marine, elle est gentille, mais n’a pas tenu devant ce rusé renard !
    Oui, Monsieur JAMET, c’est un homme providentiel qu’il nous faudrait, mais il n’y a qu’un NAPOLEON ou DE GAULLE par siècle.
    Où que l’on tourne son regard, on ne voit personne venir, comme soeur Anne.
    Le pays va continuer à s’enfoncer, jusqu’à quand, le sursaut ?

  3. Ne pensez-vous pas que Monsieur Lecornu va rester longtemps à la tête d’un gouvernement démissionnaire ?

  4. Un Président détesté mais élu par deux fois par des Français qui ne votent plus . Allez comprendre ! Le comportement des électeurs montre que la moitié d’entre eux ne croit pas à notre République ou plutôt à la Démocratie. Il faut dire que, depuis le temps que l’on distribue gratuitement des cartes d’électeurs à des gens qui ne parlent pas même notre langue sous prétexte qu’ils logent sous nos toits . . . En se débarrassant du problème algérien, De Gaulle en a créé les conditions. Aurait-il pu ne pas s’en être rendu-compte ?

  5. La V république a été trahie plusieurs fois, entre autres, le septennat supprimé au profit du Quinquennat absurde et stupide …..

  6. De De Gaulle à Macron, grandeur et décadence de la Ve République. Elle a commencé avec un grand Homme qui avait le sens de l’État et aimait la France, elle s’achève entre les mains d’un enfant capricieux qui n’a que le goût du pouvoir, et n’aime pas la France.
    L’arrivée de Lecornu, pur produit macronien, à Matignon, n’est qu’un pied de nez de plus de Macron au peuple de France qu’il méprise.
    Il n’y a hélas, rien à attendre de ce nouveau 1er ministre, nous n’aurons que l’indigeste sauce aigre-douce du  » en même temps » et de l’arrogance.

    • Sylvie PERINGUEY
      Le plus préoccupant, c’est qu’il’était Ministre des Armées..
      Avec le va-t-en-guerre du 55 rue du Faubourg Saint Honoré…il y a danger.

  7. La 5ème républqiue n’est pas malade
    ce sont ceux qui ont la charge de la respecter et de la défendre qui l’ont dénaturée
    Macron est le premier d’entre eux

  8. Rester au pouvoir coûte que coûte est un but en soi;gouverner, c’est un détail à fortiori dans l’intérêt du pays.
    lecornu va assurer le fusible pendant quelques mois, après ce sera la dissolution. Et si la droite nationale n’est pas en mesure de gouverner, ce sera la présidentielle le printemps prochain.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

J’ai dénombré dix coups portés à la tête de Quentin Deranque par des antifas
Jean Bexon sur Sud Radio

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois