[STRICTEMENT PERSONNEL] Boualem Sansal : le choix du cœur
Libéré. Enfin. Libéré ! Libre, enfin ? Mais libre, il n’avait jamais cessé de l’être. Pas un seul instant, au long de ces douze mois de détention arbitraire, derrière les barreaux d’une prison peu hospitalière, autrement dit l’hôpital pénitentiaire où il était retenu, contre sa volonté et contre le droit des gens. Libre, puisqu’il n’avait rien concédé, rien admis, rien avoué. Pas plus que Jeanne d’Arc face à ses geôliers et à ses juges, pas plus que Jean Moulin face à ses bourreaux, pas plus que son illustre confrère, un certain Cervantès, en son temps, comme lui, captif des Barbaresques.
Rien avoué ? Entendons-nous. Aucun crime.
Aucun délit. Aucune faute. Mais en revanche, sans faiblir, sans flancher, sans trembler, sans faillir, il n’avait cessé d’affirmer, de confirmer, de revendiquer, de proclamer ce pourquoi précisément il avait été enlevé, kidnappé et pris en otage par un État-voyou qui n’avait contre lui rien d’autre, et rien de moins que le parti qu’il avait pris de rester (il était né en 1944) ou, si l’on préfère, bien que ressortissant (depuis 1962) de l’État souverain qu’était devenue son Algérie natale, de redevenir un citoyen français, non par le droit du sang ni par le droit du sol, mais par un choix conscient, courageux et irrévocable, du cœur et de l’esprit, une préférence nationale, en somme, pour notre patrie, pour nos mœurs, pour nos coutumes, pour notre histoire, pour notre littérature, pour notre culture, pour notre langue. Son dossier, en somme, pouvait se résumer à une seule ligne, une ligne droite dont il n’avait pas, dont il n’a pas dévié. Un crime en effet impardonnable pour l’appareil militaro-politique et la Justice aux ordres sur lesquels repose un État souverain, autoritaire et corrompu dont les sujets ont accédé à l’indépendance au terme d’une guerre sanglante mais n’ont jamais connu la liberté. La révolution algérienne, comme tant d’autres, s’est bâtie sur le sacrifice des héros et des martyrs, ses propres enfants, auxquels elle a dressé des statues après les avoir proprement et classiquement dévorés. Passons, cette histoire, depuis maintenant plus de soixante ans, n’est plus la nôtre et nous ne sommes pour rien, quoi qu’ils puissent dire, dans ce que les vainqueurs ont fait de l’espoir, des promesses et des mensonges sur lesquels ils ont bâti leur pouvoir et repose leur tyrannie.
La glorieuse cohorte des Soljenitsyne, des Sakharov...
Boualem Sansal n’a jamais perdu courage, pendant les douze longs mois qu’il a passés entre les mains de ses ravisseurs. Son sourire et ses premières déclarations, à peine sorti du cauchemar, peuvent rassurer ses défenseurs, et tous ceux qui, en France ou à l’étranger, se sont mobilisés pour demander sa libération. L’écrivain n’a rien perdu de son mordant, ni l’homme de sa pugnacité, il a traversé l’épreuve pour en sortir plus grand et rejoindre la glorieuse cohorte des Soljenitsyne, des Sakharov, des Navalny et de tous ceux qui, face à des régimes d’oppression, voire de terreur, ont souffert et lutté pour la liberté et pour la dignité humaines. Si l’épisode qu’il vient de vivre se termine sur une fin aussi heureuse qu’inespérée, on peut – on doit – dès à présent en tirer quelques leçons, particulières et générales.
Nous vivons une période, un moment de l’Histoire où les principes, les bases et les institutions sur lesquels était censée reposer une Société des nations sont constamment et impunément bafoués par des États qui en ont officiellement accepté les règles. Au premier rang de ces pays preneurs d’otages figurent actuellement l’Iran, la Chine, la Russie, plusieurs États africains et, donc, l’Algérie. La plus élémentaire prudence conseille à ceux qui seraient tentés de s’y aventurer de ne pas le faire sans s’être entourés de garanties sérieuses. Le déroulement et le dénouement de l’affaire Sansal devraient inciter certains à apprendre ou à réapprendre le mode d’emploi d’un métier très ancien et très délicat qui a nom diplomatie.
Face à des gangsters ordinaires comme à des États-voyous, il ne sert à rien, bien au contraire, de s’emporter, de condamner, de vitupérer les malfrats ou les dictateurs qui détiennent des gages humains, et d’abord si l’on n’en a pas les moyens. Le but est-il de se faire plaisir et de caresser l’opinion dans le sens de son poil hérissé ou d’obtenir des résultats ? La réponse est dans la question, et les gesticulations, les effets de manche ou de tribune peuvent être, pire qu’inutiles, nuisibles à la cause qu’ils prétendent servir. L’épisode Boualem Sansal en est une éclatante démonstration.
Les coups de pied du chameau
La France, sous un mandat présidentiel qui n’en finit pas de se terminer, n’est plus un pays crédible. Ses menaces ne font pas peur, dès lors que nul n’ignore qu’elles ne s’appuient sur aucune volonté et aucune continuité.
La remise en liberté de Boualem Sansal a permis à l’Allemagne, pour la première fois depuis quatre-vingts ans, de réapparaître, dans un premier rôle, au premier plan, sur la scène internationale. Les coups de pied du chameau valent bien ceux de l’âne et le chef de l’État algérien n’a pas manqué de préciser que ce n’est pas à la France qu’il restitue notre concitoyen, mais à l’Allemagne (!) en vertu des bonnes relations personnelles et commerciales qu’il entretient avec ce pays et son président. Alors que la France est progressivement évincée de ses positions et de ses relations africaines, l’Allemagne et l’Italie, qui bénéficient du fait d’avoir perdu leurs colonies, la première dès 1918, la seconde en 1944, utilisent au mieux cet avantage moral pour en tirer des avantages matériels.
Chargée de tous les péchés dont on accable depuis toujours le bouc émissaire, la France est aujourd’hui la risée des spectateurs du grand théâtre du monde. Posséder, grâce au général de Gaulle, l’arme absolue est une chose ; avoir une politique militaire, une politique étrangère, un État et un chef d’État en est une autre. Partis comme nous le sommes, bombe atomique ou pas, tout se met en place pour que d’ici quelques années, la Pologne dispose de la meilleure armée européenne et que l’Allemagne ait retrouvé sur le Vieux Continent son rang de première puissance en matière d’armement. La France, quant à elle, est en passe d’endosser le costume et le personnage de Paillasse, ce pantin à qui tous les autres bottent les fesses, et qui les leur présente avec ses excuses. Il serait peut-être urgent de nous ressaisir.
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42 commentaires
N’oublions pas l’attitude ignoble de LFI qui avait refusé de voter les motions demandant la libération de B. Sansal, à l’Assemblée Nationale et au parlement européen. Et Rima Hassan qui avait déclaré que l’Algérie était « la Mecque » de la liberté.
Question subsidiaire mais d’importance capitale. Quelles sont les contreparties de cette libération de Boualem Sansal pour notre économie. La médiation allemande ne s’est pas faite sans. Le chancelier aurait il fait de celle ci une condition pour que la France accepte le Mercosur, les voitures allemandes contre nos agriculteurs. Philippe de Villiers le pense, moi et certainement beaucoup d’autres également.
Et moi, itou …
Jacques DARRICARRERE
Mais bien sûr, il y a un loup…nous ne tarderons pas à le savoir.
Au demeurant, pour l’instant nous n’avons toujours pas vu Boualem Sansal…Est-il maintenant l’otage de l’Allemagne. Je ne serais pas du tout étonnée…L’Allemagne, et l’Algérie…les deux pinces du crabe dormeur.
Macron ignore ce proverbe arabe C’est un chameau qui parle…
PLUS TU T’ABAISSES, PLUS IL EST FACILE DE TE MONTER SUR LE DOS.
Ce type est peut-être un saint mais Sansal est, à mon grand regret, un écrivain tout à fait médiocre, confus indigeste… Essayez de le lire si vous ne me croyez pas !
Une remarque mal venue dans la situation d’une liberté fraîchement retrouvée.
Peut être mais je ne vois pas le rapport avec sa détention. L Algérie lui a fait payer la mésentente avec la France. Je ne comprends pas pourquoi notre President remercie l Algérie qui a pris cet homme malade en otage dans sa sale prison.
La France de Cocardasse!!
L’occasion de s’interroger sur la notion de relativité du temps. Combien longs vont nous paraître les mois nous séparant de la dilution dans les brumes de l’indifférence de l’ectoplasme nuisible qui s’incruste sans aucune vergogne dans les ors élyséens. Il est vrai que les lois anti-squatters de notre pauvre pays lui sont bien favorables !
Merdalors
Vous avez raison, il me semble que cela fait cinquante ans que ce type nous salit, nous méprise, nous vole, Rien que de voir sa photo j’ai la nausée.
Ce type est infect….
Encore du Jamet. Et puis chaque semaine en France il nous faut une vedette. Hier c’était Sarko, aujourd’hui Sansal et Souchon et pendant ce temps le pays s’enfonce et s’enfonce sans que les véritables problèmes soient réglés. Nous sommes pourris jusqu’à la moëlle.
Arrêtez de parler de la » diplomatie » de l’Allemagne qui aurait été à l’origine de la libération de Boualem Sansal. Ce pays n’a été qu’un instrument dans la stratégie d’humiliation de la France par l’Algérie. Tebboune a simplement compris que l’âge et l’état de santé de son otage pourrait se retourner contre lui s’il devait advenir que ce prisonnier meurt de mauvais traitements et de manque de soin dans ses prisons. Il lui fallait vite se débarrasser de la « patate qui devenait trop chaude »… Et le président Algérien l’a fait en ridiculisant la France, une fois encore. Et l’Allemagne n’allait sûrement refuser de donner un petit coup de griffe à Macron…
Personnellement, je ne sais qui ou quoi a pesé pour faire libérer (gracier) Boualem Sansal. L’important, c’est qu’il soit hors des geôles algériennes. Quant à la diplomatie Française, elle n’existe plus avec ou sans Barrot. C’est triste à dire mais c’est un fait.
François47
La France n’est pas ridiculisée plus qu’avant…elle ne pourrait l’être d’avantage. Je me réjouis que Boualem Sansal soit libéré, même si au fond de moi, j’ai un pressentiment…j’espère que toutes ces gesticulations ne cachent pas un coup fourré . Nous saurons ça demain…croisons les doigts.
Pourquoi prendre l’avion pour retourner dans ce pays ouvertement, critiquer dans son livre.
Les français de cœur sont souvent les meilleurs défenseurs de la France, et montrent un courage qui a souvent disparu chez les natifs.
Ah bon ?
Je pense que M. Jamet va un peu vite quand il écrit, si j’ai bien compris, que l’histoire de l’indépendance de l’Algérie n’est plus la nôtre!
Le Pieds Noirs que je suis depuis plus de 82 ans, qui a vécu dans sa chaire, et dans le sang, la guerre ne comprend pas ce que je considère comme une démission de la responsabilité de la France!
Il est probable que vos enfants aient tourné la page…
Ses premières paroles, démontrent à mon sens de quel côté il se trouve ! Un drôle de coco que l’on devrait découvrir avec le temps
Les références que cite Monsieur Jamet, pour parler de liberté, lui appartiennent. Par contre, la conclusion cinglante qu’il en tire, hélas ! je ne peux que la faire mienne. Mais ce qui importe avant tout, c’est l’immense respect que beaucoup accorde à Boualem Sansal. Si l’Homme, par essence est imparfait, il y a des courages qui laissent coi. Celui de Monsieur Sansal est de ceux-là. Excellent écrivain au demeurant, il incarne celui qui, choisissant la France, a bâti un pont entre deux mondes différents donnant ainsi un peu d’espoir à l’un et à l’autre en les peuples qui les composent. Parce qu’il aime réellement la France, je l’apprécie davantage. Oui ! Total respect.
Lélue58
Boualem Sansal est né en Algérie, un département Français… Au demeurant, Je pense qu’il est normal qu’il soit retourné une dernier fois dans son village natal Teniet el Haad pour retrouver un peu de son
enfance, et peut-être pour honorer ses ancêtres, sa famille et ses parents
inhumés là bas..je crois que j’aurais fait comme lui .
Le cas de Sansal, heureusement libéré, s’est trouvé aggravé aux yeux de ses géôliers-judiciaires par ses positions prises sur le Sahara occidental et ses visites en Israël. Le trio horrifique aux yeux d’Alger, c’est la France, le Maroc, Israël. Dire que nous pouvons tirer un trait sur l’Algérie, enterrer un siècle et demi de présence sur ce sol qui fut notre département à part entière, n’est pas chose aisée et jure avec un avenir commercial et culturel bien pensé. Beaucoup de Sansal sommeillent sur cette terre. Le général de Gaulle, en signant les accords d’Evian n’était pas sans l’arrière-pensée de conserver l’Algérie dans une certaine « indépendance dans l’interdépendance ». N’étaient les massacres des terroristes au pouvoir contre les pieds noirs qui avaient fait de cette terre un salut, et contre leurs frères arabes qui pensaient comme Camus que la coexistence avait un avenir si on bannisait la haine. Le FLN a bien entendu flairé le piège et cassé le cordon ombilical par tous les moyens. Arabisation forcenée et étudiants dirigés par Boumedienne à Moscou plutôt qu’à Paris. Mais rien n’y a fait en vérité, l’imprégnation française n’avait pas été une lumière qu’on pouvait éteindre à coups de force politique ou policier et le peuple algérien pouvait vous dire à l’oreille qu’il regrettait la France. C’est vrai qu’elle valait mieux, qu’elle vaut mieux que l’oppression subie.
L’Allemagne, l’Italie, ont beau presser le pas sur les traces françaises en concluant accords sur accords, la France ne s’oublie pas de sitôt. Quand la macronie aura vidé la place, avec sa diplomatie amateure, infantile, prostituée, une autre ère s’engagera. Il faut savoir traiter l’Afrique, blanche ou noire, avec respect. On ne s’adresse pas à elle comme on navigue à la godille. Elle vous en est reconnaisante, d’abord, de la reconnaître pour ce qu’elle est. On devrait remettre à ces diplomates tâtonnants qui engagent la France sur ces terres, les Mémoires de Foccart. A lire et à relire avant de poser le pied à Alger ou à Bobo-dioulasso.
Bien vu !
Baalzack
Macron et sa clique ont traité le monde entier ( ou presque ) avec beaucoup de mépris, voire de désinvolture. Soyez des amateurs a-t-il dit…
Le résultat est au dessus de ses espérances…
Mais personne n’est dupe , à part ses courtisans et lui-même.
Le soleil va bientôt se lever. Soyons patients.
D’accord avec vous , oh combien , pour fêter cette libération et non cette grâce , car il n’y avait rien à gracier mais pas d’accord avec vous sur la place que vous semblez accorder à la diplomatie .
La française , dans les habits de Jean-Noël Barrot a montré son insuffisance et sa médiocrité . Les moulinets du ministre de l’intérieur , seulement assis sur des mots , n’ont pas su davantage apaiser les maux . L’autorité respectée du Président allemand par contre si .
Un diplomate au ventre mou est aussi efficace qu’une poule devant un couteau. Macron vient de recevoir une claque de la part de Tebboune et en plus il le remercie . Là je ne participe absolument pas . Je ne fais pas parti de ceux qui vont remercier leurs ennemis.
« L’autorité respectée du Président allemand par contre si »
– QUEL est le « contenu » des conditions entre les dirigeants allemands et Tebounne pour avoir obtenu la libération de cet écrivain ? …
– POURQUOI cet écrivain devenu libre n’est pas directement retourné en France ? ! …
SPORTPASSION
Je suis comme vous , je m’interroge sur toutes ces gesticulations…
Et Sansal est de retour , et il va parler de notre pays , de son pays , des menaces de l’islam, embarras dans les Autorités d’occultation du réel, qui prêchent : la diversité heureuse , la richesse migratoire , l’islam compatible avec la démocratie.
Radio classique, un ancien directeur du Monde Enchanté , sur le ton mielleux qui est le sien de chanoine de la gauche , parlait d’ une ancienne déclaration Sansal qui critiquait les commémorations des attentats islamistes , en ajoutant pourquoi pas parler du grand remplacement ?