[RÉACTION EXCLU] EVARS : « La liberté des parents n’est pas respectée ». L’ONU saisie

EVARS à l’école : des familles saisissent l’ONU pour défendre le droit d’éduquer selon leurs convictions.
Olivia Sarton JPE

Depuis le mois de septembre, la mise en application des programmes EVARS (éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité) dans les écoles de la maternelle au lycée fait polémique. Ce mercredi 10 décembre, les associations Juristes pour l'enfance et l’ECLJ (Centre européen pour le droit et la justice) accompagnent des parents pour le dépôt d'une requête devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU. Ils contestent la mise en œuvre de l'EVARS dans les établissements scolaires, notamment privés sous contrat. Décryptage avec Olivia Sarton, directrice juridique des Juristes pour l’enfance.

 

Sabine de Villeroché. Pourquoi déposer une requête devant un comité de l’ONU au sujet du programme EVARS décidé par le gouvernement pour l’école française ?

Olivia Sarton. Le Conseil d'État a balayé d’un revers de main les alertes des Juristes pour l'enfance, de plusieurs autres associations et de centaines de parents, qui l'ont saisi d’un recours contre les programmes EVARS en février 2025. Nous n'avons donc pas d'autre choix que de nous tourner vers une juridiction de niveau supérieur, puisque nous avons épuisé tous les recours internes. Avec l’ECLJ, nous avons étudié la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l'homme ou le comité de l'ONU. Nous avons finalement tranché pour déposer cette requête devant le comité de l'ONU, que nous pensons potentiellement plus sensible à une plainte déposée par des parents. Et particulièrement ce comité des droits économiques, sociaux et culturels, parce que l'article 13 du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels protège, précisément, le droit des parents d'être libres de choisir pour leurs enfants un type d'éducation et de faire assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions. Or, nous estimons que sur ce point, la liberté des parents n'est pas respectée par la mise en œuvre du programme EVARS.

Ce sont donc des parents, requérants individuels - accompagnés par Juristes pour l’enfance, l’ECLJ et les autres associations qui s’étaient portées volontaires pour saisir le conseil d’État en février -, qui déposent cette requête. Ils estiment avoir été victimes de faits qui leur causent un préjudice (en conformité avec les règles de procédure du comité de l'ONU). Nous les accompagnons parce qu’ils n’ont ni les moyens ni les compétences juridiques pour rédiger un tel recours.

 

S. d. V. Qu’est-ce qui a motivé ce dépôt de requête ? Des parents ont-ils des raisons concrètes de se plaindre de l’application des programmes EVARS ?

O. S. Ce recours s'appuie principalement sur le fait que les parents requérants ont inscrit leurs enfants dans un établissement privé catholique sous contrat afin que leur soit transmis de manière générale un enseignement qui respecte « les valeurs » conformes à la religion catholique. Ils considèrent que le programme EVARS n'est pas cohérent, qu’il contrevient à leur droit à faire éduquer leurs enfants selon leurs convictions à la fois religieuses, morales et philosophiques, compte tenu des consignes qui sont données par les programmes, des objectifs, des notions et compétences à acquérir.

Des parents se plaignent de contenus qui égarent leurs enfants ou les troublent profondément. Ainsi, on demande à des enfants, dès la maternelle et le CP, d'exposer « les différents types de familles », en leur expliquant par exemple que deux papas peuvent très bien avoir un enfant ensemble. Je fais référence à un cas très concret de parents qui, ayant pris rendez-vous avec la directrice de l’établissement, se sont vu répondre que leur enfant « était trop curieux et posait trop de questions ».

Alors qu’en réalité, si on veut respecter le droit à l'information de l'enfant, on devrait lui dire : en effet, il n’est pas possible, biologiquement, d’avoir deux parents du même sexe. Mais en revanche, la loi française prévoit qu'un enfant puisse, par fiction juridique, avoir deux parents légaux du même sexe. On devrait, également, lui préciser que, pour avoir un enfant, majoritairement deux papas ont recours à une gestation pour autrui, qui est illégale en France et qui est dénoncée par de nombreuses personnes comme portant atteinte à la dignité humaine et contribuant à la marchandisation des femmes et des enfants. Mais faute de lui exposer tout cela, ce qui est bien sûr impossible pour de tout petits enfants, on va leur faire croire que deux parents du même sexe peuvent procréer ensemble un enfant, ce qui égare les enfants à qui on donne des informations tronquées à vocation militante qui ne correspondent pas à la réalité.

D’autres élèves sont choqués et déstabilisés par des contenus très sexualisés. Exemple avec cet ouvrage Le Livre le plus important du monde, extrêmement contestable car il incite à la masturbation à plusieurs et fait la promotion de pratiques sexuelles adultes totalement inadaptées aux enfants. Juristes pour l’enfance a saisi le ministère de l’Éducation nationale au sujet de cet ouvrage et demandé son retrait des CDI.

 

S. d. V. Qu'espérez-vous, très concrètement, de l’issue de cette saisie du comité de l’ONU ?

O. S. Nous demandons au comité de l'ONU de constater que le caractère obligatoire du programme porte atteinte à la liberté des parents de faire assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants, conformément à leurs propres convictions. Une fois que ce constat aura été fait, nous irons à nouveau signaler au gouvernement français que le programme EVARS ne respecte pas l’article 13 du Pacte, convention internationale supérieure, dans la hiérarchie des normes, à la loi française.

Il nous paraissait très important de pouvoir porter la voix des parents qui sont, en réalité, tous concernés. En l’occurrence, ceux qui ont déposé ce recours ont un enfant scolarisé dans l’enseignement privé sous contrat, mais il y en a beaucoup d’autres, et de confessions différentes, qui sont choqués par le programme. Malheureusement, leur voix est étouffée : on leur explique qu’être contre l’EVARS, c’est être contre la lutte contre les violences sexuelles ou contre l’information indispensable des élèves sur la biologie, la physiologie, etc. C’est une manière de les réduire au silence.

Ce qu’on enseigne aux enfants, par exemple concernant l’identité de genre, relève quasiment du dogme. Et d’une manière générale, ces contenus sont très intrusifs dans la vie des enfants. Nous souhaitons que ce programme soit supprimé ou rendu facultatif et, a minima, entièrement revu, pour se limiter à un enseignement objectif et neutre, pour permettre aux parents de s’y retrouver et déminer les contestations qui s’élèvent un peu partout.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

42 commentaires

  1. L’ONU , institution gangrénée jusqu’à la moelle par l’idéologie de Gauche parviendra -t-elle à faire le grand écart entre le droit des parents et ses opinions dictées par les associations internationales LGBT ?

  2. Quelle bonne nouvelle et quel soulagement ! J’ai lu des extraits de ces programmes qui m’ont choquée, moi, vieille dame au passé libre et déluré ! J’ai imaginé la blessure profonde qui en résulterait sur de tout jeunes enfants. Je trouve tout à fait révoltant et inadmissible que l’État se permette de traumatiser gravement des tout-petits et aillent à l’encontre des valeurs des parents,au mépris de la volonté des parents.

    • Idem pour moi. Le contenu de ce programme est à vomir. Comme s’il n’y avait pas suffisamment de matières à inculquer à de jeunes cerveaux en construction!

    • Ils n’arrivent plus à leur fin avec les parents qui sont entrés en résistance, alors ils s’en prennent aux enfants…Le lavage de cerveau n’a plus de limite d’âge. Procédés de LÂCHES…

  3. Que des « étrangers » viennent se mêler de parler à mes filles de ces sujets m’insupporte. Et me révolte. Les jours d’EVARS, elles n’iront PAS en cours !

  4. Bravo Mme ! dans notre tout petit coin des hautes Alpes j’ai été stupéfait de découvrir qu’il s’y passait la même chose CONTRE l’avis des 99% de parents d’élève. Un seul des parents n’y trouvait rien a redire. Du coup l’institutrice ne le disait qu’une fois que c’était passé. Si CA ce n’est pas de la dictature des fachos de gauche ???

  5. Cette « éducation » nationale qui ne sait pas éduquer , le pot de chambre de la France !! 30% d’enseignants valables désabusés et une flopée d’administratifs profiteurs et incompétents et je parle de vécu !! Ce cher Hollande grâce à lui la correction des examens est devenue laxiste pour encourager une bande d’écoliers ignares mais que l’on a cru encourager en baissant le niveau !! faut il être nul !!

  6. Pourquoi l’ONU ? Alors qu’il suffit de saisir le procureur de la République du coin au titre de l’article 227-24 traitant, entre autres, de la diffusion, quel qu’en soit le support, de messages à caractères pornographiques à des mineurs.
    Que les parents s’organisent en association, autres que les farces de la PEEP et de la FCPE, et, l’union faisant la force, portent systématiquement plainte contre les enseignants qui promeuvent ces saloperies, les associations de malades mentaux qui effectuent les « séances », les chefs d’établissement qui acceptent d’accueillir ces interventions et les DASEN qui laissent faire, trop occupés qu’ils à cirer les pompes du Ministère pour leur propre itinéraire.

  7. trop curieux et pose trop de questions : c’est sur que ce n’est pas ce qui est prévu !
    mais quelle idée de mettre un enfant dans un établissement catho et vouloir un enseignement catho ! on en fait des inadaptés au monde qui les attend …(hélas)

    • Votre commentaire m’interpelle, j’ai été élevée dans un établissement catho et je suis très satisfaite de l’enseignement que j’ai reçu, je ne suis ni inadaptée ni assistée ni bénéficiaire d’aides sociales…on ne peut pas en dire autant de ceux qui sortent de l’école publique en ne sachant ni lire, ni écrire et ni compter…même si parfois, par miracle, du coté de Marseille, l’un d’eux se retrouve élu député .

      • Oui, j’ai mis mes enfants dans un établissement catho, à cause de harcèlements de mes enfants (demande d’argent, vols, et même agression sexuelle par des enfants de la classe, oui, oui, oui) dans l’école primaire (oui!) publique (oui!) où ils étaient auparavant .
        Ils ont tous très bien réussis leurs étude et ont de bons métiers.

    • C’est certain qu’il vaut mieux mettre ses enfants dans un quelconque collège Pablo Neruda ou Rosa Parks plutôt qu’à Stanislas ! Dans un cas, on en sort des Delogu, dans l’autre des jeunes gens sachant lire, écrire et réfléchir !

    • Quelle triste vision de la société avez-vous ! Etre exclusivement matérialiste, ne pas chercher à trouver un sens à sa vie, alors que, d’après vous, on devrait s’adapter à l’air ambiant, aussi nauséabond soit-il ? Eh bien non, ce n’est pas ainsi que je conçois d’élever les enfants.

    • Je remercie les soeurs qui ont été mes instits quand j etais enfant et je ne pense pas avoir été inadapté. (J ai ensuite reussi mes etudes)

    • C’est aux hommes de bonne volonté de construire le monde dans lequel ils veulent vivre et non au monde et dirigeants d’imposer une manière de vivre et de penser. Nous ne sommes pas des bestiaux…

  8. « On devrait, on devrait » mais quoi ? Dans la vie, il y a des moments pour la découverte et celle de son corps en est un également. En maternelle, il faut savoir répondre à des questions émanant des enfants eux-mêmes et non pas d’instituteurs ou d’autres adultes qui ainsi mettent la charrue devant les bœufs. Ce qui est tout sauf efficace surtout qu’ils sont, en cette matière, généralement mal formés. Chacun a son rythme concernant la sexualité. Respectons en les règles. L’éveil aux choses de la vie viendra tôt ou tard et cela sans programme EVARS. Chacun sait que dans le monde rural ou dans un zoo, certains comportements d’animaux incitent les petits à poser des question sur le sujet. De même, l’affection que se montrent ses parents (hors relations sexuelles) peut les rendre curieux. Cela veut dire que le moment est venu. Laissons faire la nature, elle est beaucoup plus sage que nous même si parfois elle peut bouleverser lors d’imprévus accidentels. Quand le fruit est mûr, il faut savoir le voir pour le cueillir. Les enfants sont de jeunes pousses qu’il faut protéger afin de préserver, en eux, le don d’émerveillement. Don qu’on ne perd pas forcément avec l’âge et c’est tant mieux pour ceux qui ont pu encore le conserver.

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