[POINT DE VUE] Mort de la créatrice de Bonne nuit les petits : nostalgie de l’enfance

Un temps où les enfants allaient se coucher en même temps que Nicolas et Pimprenelle...
Capture d'écran YT
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Christine Laydu avait 94 ans. Son nom n’était guère connu, mais le programme qu’elle avait co-écrit avec son mari, lui, a marqué les enfants qui ont grandi dans les années 60 et 70. Bonne nuit les petits était leur œuvre. Claude Laydu avait eu l’idée d’une émission de télévision destinée aux enfants en regardant, en 1960, une émission est-allemande qui mettait en scène un marchand de sable et deux petites filles. En 1962, pour la première fois, les téléspectateurs purent découvrir, « sur la télé en noir et blanc » que chanta Pierre Bachelet, Nicolas et Pimprenelle, deux petites marionnettes qui figuraient des enfants sur le point d’aller au lit. Chaque soir, un gros ours en peluche (Nounours) descendait d’un nuage pour leur parler, avant de remonter, par une échelle, rejoindre le marchand de sable. Quelques notes de pipeau, des pyjamas en vichy et, bien sûr, la poignée de sable qui permettait aux enfants de faire de jolis rêves. « Bonne nuit les petits », concluait invariablement le gentil ours en peluche, qui avait la voix de Jean Martinelli, sociétaire de la Comédie-Française.

Une époque qui préservait l'innocence

De 1962 à 1976, l’ORTF diffusa 568 épisodes de Bonne nuit les petits, avant que la série ne soit reprise, en 1994, pour 203 nouveaux épisodes. Christine Laydu avait non seulement participé à l’écriture des épisodes, mais aussi publié des livres tirés de ce programme et même participé à la confection des marionnettes et de leurs costumes. Son mari, lui, interprétait le marchand de sable, maître du sommeil dont Nounours n’était que l’assistant. Une affaire de famille, en quelque sorte.

Il peut sembler bêtement réactionnaire de considérer que c’était systématiquement « mieux avant ». Toutefois, dans le cas précis des programmes pour enfants, la nouvelle de la mort de Christine Laydu nous oblige opportunément à nous souvenir d’un temps où les enfants allaient se coucher en même temps que Nicolas et Pimprenelle, un temps où il n’était pas question de mangas ou de dessins animés stupides, un temps où on ne regardait pas de films porno dans les cours de récré de l’école primaire, un temps où on pouvait montrer un garçon et une fille à la peau claire sans être accusé de manquer de diversité, un temps où un ours en peluche et des enfants se parlaient de choses simples et pas d’« enjeux sociétaux ». Il nous faut donc bien reconnaître que les programmes pour la jeunesse, ça aussi, c’était vraiment mieux avant.

On ne peut qu’imaginer, avec un brin de mauvais esprit, ce que serait une version 2025 de Bonne nuit les petits. On ne décrira pas ici à quoi ressemblerait un tel programme, par respect pour l’esprit d’enfance doux et naïf qui se dégageait de cette émission. Chacun, de toute façon, a probablement sa petite idée. Une époque qui n’est plus capable de préserver l’innocence et d’y consacrer une émission de télévision ne mérite pas le respect. Et, en effet, la mort de Christine Laydu nous donne, pathétique comme un conte d’Andersen, la nostalgie de l’enfance.

Christine Laydu, elle aussi, a pris l’échelle qui monte vers les nuages du marchand de sable. Quelques notes de pipeau ont peut-être salué son départ de cette Terre. Qu’elle soit en tout cas remerciée pour les jolis rêves qu’elle a inspirés aux petits enfants, aujourd’hui devenus bien grands, et qui grandirent au milieu des Trente Glorieuses, sur le sol d’un pays qui jadis fut la France.

 

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

28 commentaires

  1. En 2025 Nicoalas, et Pimprenelle raconteraient à Nounours comment dans leurs écoles respectives on leur a appris à se tripoter (non pas entre frère et soeur mais entre popotes) parce que y a pas de sexes. Et nounours devrait leur expliquer que leur zizi et zezette ne sont qu’illusion . Qi sait s’il leur montrerait son zizi ???

  2. Période où les enfants pouvaient aller à l’école sans peur d’être agressés dans la rue ou dans la cour de récréation. Temps éloigné où nous partions en vacances de Noël (pas en vacances de fin d’année) en espérant voir le Père Noël, ou en vacances de Pâques ( pas en vacances de printemps) en attendant de chercher les œufs dans le jardin (ou les pots des plantes vertes en appartement). Une époque de plaisirs simples et où nous trouvions facilement à nous amuser avec peu de choses.
    Une autre époque …

  3. J’ai connu ce temps, où l’on vivait bien , et oui de bons souvenirs et Nounours restera pour toujours dans nos coeurs

  4. Le merveilleux du conte est sa simple honnêteté intellectuelle : aucune intention cachée ni perverse, ni critique sous jacente: pas de langue de bois! La confiance parentale et morale est confortée, et l’intimité familiale joyeusement entretenue. Parmi mes meilleurs souvenirs de mes 7-10 ans partagés avec mes 7 frères et sœurs. Alléluia.

  5. Et aujourd’hui, les féministes diraient que c’est un sexisme scandaleux avec la fille en rose et la garçon en bleu. Les antispécistes parleraient de l’image désastreuse de l’exploitation animale. Le NFP verrait la preuve de la domination des blancs avec cette absence de métissage. Les LGBTetc trouveraient que le marchand de sable devrait être une drag queen afin de prôner la tolérance, et s’offusquerait que ce soit une fille et un garçon. Des psychologues de plateau y verraient une allégorie métaphorienne de Macron jouant du pipeau pour endormir les français. Certains verraient dans Nounous l’image de l’esclave noir qui fait le boulot pendant que l’esclavagiste se pavane sur son nuage. Les Islamistes envisageraient une version sans visage ou chaque soir Nounours réciterait une sourate. Et la gauche dans son ensemble déplorerait qu’on n’aborde pas le réchauffement climatique, le genre, la cause Palestinienne, les énergies renouvelables, les migrants, etc.
    A l’époque, on passait juste un bon moment !

  6. J’aimais beaucoup, même si je ne regardais qu’occasionnellement. On oublie souvent qu’en 1962 avoir la télé était un privilège de riches.

  7. Un garçon vêtu de bleu dormant dans des draps bleus et une fille vêtue de rose dormant dans des draps roses : cette émission enfantine était scandaleusement genrée ; et en plus ils sont tous blancs.

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