[POINT DE VUE] La citrouille et le chrysanthème 

Soyons gentils avec nos petits voisins. Ils ne savent pas quel héritage se cache derrière leurs affreux costumes.
Photo de Saifullah  Hafeel - Pexels
Photo de Saifullah Hafeel - Pexels

Le 31 octobre au soir, c’est Halloween. Si vous avez fait vos courses dans un quelconque supermarché, vous ne pouvez pas avoir échappé à l’annonce de cette fête, désormais aussi typiquement française que les clubs de danse country, les kebabs ou les tacos. Halloween, déferlement de vulgarité sanguinolente venue des États-Unis, est désormais l’une des fêtes d’obligation de notre France périphérique déchristianisée. Peut-être que cela vous énerve, amis lecteurs. Toutefois, avant de répondre à votre petit voisin, qui viendra vous demander « des bonbons ou un sort », « j’ai pas de bonbons, mais j’ai du 22 long rifle si tu continues à m’emmerder », permettez que nous nous arrêtions deux secondes sur le week-end de la Toussaint (Toussaint le 1er, fête des défunts le 3, cette année) - week-end de l’automne, diront sans doute les profs syndiqués - et sur l’étrange cousinage de nos fêtes catholiques avec Halloween.

La fête de Samain

Au début de tout cela, il y a la fête de Samain - l’une des quatre grandes fêtes celtiques qui, jadis, rythmaient les saisons. Samain, qui marquait officiellement la fin de la saison vitale, celle de la guerre et des moissons, était l’occasion pour nos lointains ancêtres de célébrer le début d’une période d’intériorité, d’intimité, de mûrissement, de partager des fruits secs et des pommes (derniers présents de la terre avant l’hiver) autour d’un grand feu et d’évoquer la mémoire de leurs ancêtres. Le soir de la Samain, les frontières entre le monde des morts et le monde des vivants s’effaçaient temporairement. L’autre monde laissait entrevoir des créatures fantastiques, les ancêtres venaient parfois visiter leurs descendants, de peur que leur souvenir ne s’efface dans la lignée. On évoquait leurs exploits et on rendait hommage aux héros du clan. Au matin, les enfants accompagnaient les parents sur la tombe de leurs ancêtres pour y déposer des fleurs fraîches.

Les siècles ont passé et, de cette racine, le temps a fait deux branches. L’Église catholique a déplacé la fête de la Toussaint, initialement fêtée à proximité de la Pentecôte, puis le 13 mai, avant d’être définitivement, en 835, fixée au 1er novembre. En deux volets (la joie de la sainteté, forme chrétienne de l’héroïsme, et le souvenir des morts de la lignée), la Toussaint et le jour des défunts sont, jusque dans le choix de leur date de célébration, une Samain catholique. D’un autre côté, après avoir été conservée dans les vieilles terres celtes, la Samain est arrivée outre-Atlantique avec les Irlandais, sans doute pendant la Grande Famine du XIXe siècle. Elle a été accommodée à la sauce américaine, avec ce mélange de kitsch spectaculaire et de fascination malsaine pour le gore qui n’appartient qu’aux États-Unis. Et voilà qu’aujourd’hui, la citrouille (lointaine réminiscence de la légende irlandaise de jack o’-lantern) et le chrysanthème (seule fleur massivement disponible lors du premier anniversaire de la victoire de 1918) incarnent, à leur manière, l’archipellisation des traditions.

Héritage pagano-chrétien

On voit pourtant qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que ces deux France se réconcilient : un peu moins de vulgarité commerciale d’un côté, un peu moins de raideur bourgeoise de l’autre. Un pagano-christianisme, en quelque sorte, puisque c’est le fonds immémorial de la spiritualité française. Au lieu de fêter les fantômes et les sorcières, au lieu de se déguiser en monstres, les enfants apprendraient le destin de leurs propres morts et apprivoiseraient l’idée de l’au-delà. Ils creuseraient des citrouilles et y mettraient des bougies pour rendre hommage à la lumière déclinante et à l’agriculture des saisons. Ils mangeraient des noix, symbole de la richesse intérieure et de sa nécessaire protection, dont ils jetteraient les coques dans le feu. Et au matin, ils feraient quelques kilomètres, et même un peu plus, pour aller saluer leurs ancêtres. Non, il ne faudrait pas grand-chose.

Bonne fête de la Toussaint, honneur à nos morts et à nos traditions… et soyons gentils avec nos petits voisins. Ils ne savent pas quel vertigineux héritage se cache maladroitement derrière leurs affreux costumes.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 01/11/2025 à 20:46.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

41 commentaires

  1. D’abord la Toussaint, ce n’est pas la fête des « morts » mais celle de tous les saints
    halloween ! chez nous…..jamais
    cette horreur doit être ramenée à sa vraie nature : au néant
    …et on s’étonne que nos enfants soient des « demeurés » ! sans culture ! sans valeur !
    alors commençons par leur en donner et ce n’est cretainement pas avec cette idiotie : un bonbon ou un sort !!!! autrement dit tu payes sinon tu souffres…….
    on leur apprend le raket !
    et on devrait adhérer et trouver ça amusant !!!! ???
    non, merci

  2. Excellente chronique M. Florac. Effectivement, ces deux prismes pourraient se rapprocher mais, la société de consommation l’emporte sur tout y compris st surtout sur la religion. Espérons et croisons les doigts pour qu’avec le temps et un peu de « chance » les faits s’inversent.

  3. Halloween , jour de l’horreur et de la peur ! Les grandes surfaces s’en sont emparer pour en faire une  » fête » qui ne profite qu’à eux !
    En France la fête de l’horreur n’existe pas ! dans certaine région il était mis une petite sorcière sur une fenêtre la veille de la Toussaint pour protéger la maison de l’esprit malin ! La Toussaint le jour ou l’on fleurit les tombes pour honorer nos Morts et leur montrer qu’ils ne sont pas oubliés !

  4. Merci, ami Arnaud, d’écrire à notre place… et avec bien plus de verve, ce que nous pensons majoritairement.
    Les horreurs dites halloween n’ont rien de français en effet. Nous avions déjà mardi-gras pour les déguisements rituels. « Pas la peine d’en rajouter », dirait Madame Marx, patronne du groupe éponyme.
    Les fêtes dites religieuses ont des racines géophysiques.
    La « fête du renouveau » lors du solstice d’hiver -fin décembre donnait depuis 5000 ans, chez les sumériens, les égyptiens, les grecs, les romains, de grandes festivités qui annonçaient l’hiver et l’allongement des jours en attendant le printemps. Cette fête multimillénaire est devenue notre Noël, grande fête de famille incontournable.
    Avant le calendrier « grégorien », l’année des chrétiens commençait à Pâques, situé approximativement à l »équinoxe de NOTRE printemps.
    La mondialisation financière est embarrassée par ces repères « solaires ». Il lui faut des fêtes commerciales toute l’année. Et puisque le franchouillard est le plus sensible à la publicité, on lui a insufflé halloween.
    Aucune justification autre que commerciale… et « ça marche » au de là des espérances de toute les multinationales du commerce « concentré ».
    Faut-il être « gentils » avec les parents serviles de ces « petits monstres » d’un jour, alors que la honte de partager involontairement ces ineptes dérives commerciales nous gagne? Pas sûr!

  5. ce n’est pas le folklore celtique dénaturé par les américains qui me gêne le plus.
    C’est la saison est citrouilles et les enfants aiment bien se déguiser.

    Ce qui me gêne c’est cela =  » votre petit voisin, qui vient vous demander « des bonbons ou un sort » »
    Ce marchandage malsain pour avoir un bonbon!

    Aussi, une fois,, il y a quelques années, lorsque ces gamins sont venus, je leur ai donné des gousses d’ail.
    Tous surpris ils m’ont demandé pourquoi. Je leur ai répondu qu’ils n’auraient qu’à demander à leurs parents qui leur expliqueraient.
    J’ai été tranquille de nombreuses années.
    Hier, d’autres (les premiers devant avoir maintenant atteints l’âge adulte) ont sonné. Nous n’avons tout simplement pas répondu.

    Sans doute une raideur bourgeoise de ma part, de ne pas aimer le chantage, surtout venant d’enfants.

  6. Vous êtes trop gentil Monsieur Florac, Halloween c’est aujourd’hui beaucoup plus qu’une fête du mauvais goût et du gore, les satanistes se réjouissent que les petits de culture chrétienne se déguisent ainsi et vont de porte en porte avec cette phrase « un bonbon ou un sort ». Voyez ce qu’en pensent les exorcistes.

  7. Halloween a été introduit en France, on le sait, pour des raisons commerciales. C’est une sorte de black friday en grand. Je suis affligé par le spectacle de ces enfants déguisés. Je sais aussi que leurs parents sont tenus de se conformer à une pression sociale et répugnent à isoler les enfants.

    • autrement dit, les parents sont des lâches
      on peut aussi expliquer aux enfants
      isoler les enfants socialement !!!! et le jour où il vont mimer le hamas ? ils font quoi les parents ? ils se taisent ?
      vous expliquez parfaitement comment la doxa se généralise

  8. J’ai beau être à moitié américain de naissance, je n’ai jamais, mais alors jamais, aimé Halloween.
    C’est même une détestation.
    Je n’ai même pas peur de leurs ridicule.
    Hier soir j’étais soulagé, plus même, heureux…
    Pas de risque d’être dérangé par des lutins horribles avides de bombons et autres friandises trop riches en sucre… Il tombait des trombes d’eau !
    Pas de feux d’artifice non plus !
    Quel bonheur !
    Là normalement il y aurait des smileys en forme d’éclats de rire !
    Je n’irai pas jusqu’à dire que le préfère le chrysanthème, pauvre fleur qui est systématiquement associée à la mort, mais elle est celle qui montre que je me souviens de ce qui m’aimaient et à qui je le rendais.
    Je suis chrétien, dinc je ne suis pas adepte du satanisme !

  9. La tradition, pour être familiale, locale, régionale, nationale et européenne doit respecter deux célébrations bien distinctes dans leur objets et dans la forme. Le 1er novembre est une fête commune de la Toussaint où l’on célèbre ensemble, dans la lumière des bougies intentionnelles à la messe et nos citrouilles, nos héros de notre civilisation chrétienne, qui ont façonné notre vie et nos paysages depuis deux millénaires. Et le 2 novembre, c’est l’hommage et la célébration des défunts qui nous sont chers: nous nous rendons alors de façon intimiste et personnelle, pour un rendez-vous unique devant les lieux d’inhumation si discrets pour leur dire merci de ces héritages et ces exemples transmis avec tant de soins affectueux qui ont façonné nos vies à jamais. Ils nous rappellent la bonne voie à suivre, à transmettre à notre descendance. Ces deux fêtes célèbrent la joie et le bonheur de notre vie qui assure cette chaîne d’amour divin à partager. Bien loin de la sinistrose des monstres, des malédictions et de la peur de la mort terrifiante, instaurée par des experts en marketing qui vous terrorisent. Alléluia.

  10. Malheureusement pour la France, encore une preuve de la gestion aussi catastrophique, de La ville de pays et de la France. De plus en plus inquiétant. Mais peut-être qu’en ces temps de restrictions budgétaires, Macron n’a pas eu le courage de créer une commission Théodule de plus pour offrir des postes aux copains et aux coquins. Mais au final c’est encore et toujours Nicolas qui paye.

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