Neutralité de Léa Salamé : la commission d’enquête s’interroge

La journaliste vedette de France 2 partage la vie du socialiste Raphaël Glucksmann. Conflits d'intérêt ?
Assemblée nationale, le 28 janvier 2026
Assemblée nationale, le 28 janvier 2026

L’art de la répétition. Charles Alloncle, le rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, ne se lasse pas. Auprès des directeurs de l’information de France Télévisions, il est une nouvelle fois revenu à la charge sur le sujet phare qui guide les travaux de la commission : la neutralité et l'impartialité de l’information délivrée par l'audiovisuel public.

Léa Salamé fut au cœur de l'audition qui se déroulait au palais Bourbon, ce mercredi 28 janvier. La journaliste qui présente le journal de 20 Heures de France 2 partage la vie de l’eurodéputé socialiste Raphaël Glucksmann. « Alors que les Français attendent plus que jamais du service public qu’il démontre sa neutralité comme son impartialité, France Télévisions a fait le choix, pour incarner son principal rendez-vous d’infirmation, de choisir une journaliste dont le compagnon n’est autre que Raphaël Glucksmann, candidat pressenti pour représenter le Parti socialiste à la prochaine élection présidentielle », note le rapporteur de la commission. Un choix que Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, assumait, sur le plateau de Quotidien, il y a un an. Pourtant, Charles Alloncle s’interroge sur « la temporalité » d’une telle décision, qui était prise à quelques semaines de l’élection européenne de 2024, alors que la liste socialiste était menée par Raphaël Glucksmann.

Audiences en berne

Soulignant les qualités journalistiques « évidentes » de l’intéressée, le député de l’Hérault s’interroge toute de même : « Sur le plan de la déontologie, considérant l’exigence, le caractère particulièrement sensible de son poste, eu égard aussi au rôle d’arbitre que doit tenir l’audiovisuel public à l’approche d’échéances électorales, pensez-vous sincèrement et rétrospectivement que ce choix était pertinent ? » Alexandre Kara, directeur de l’information de France Télévisions sur le départ, exprime son plein soutien et sa totale satisfaction. « Je ne me suis pas posé la question de qui était son compagnon, mais plutôt qui était la meilleure pour présenter le 20 Heures. » Pour le dirigeant, le nom de Léa Salamé « s’est imposé ». La question de ceux qui partagent la vie des journalistes n’entre pas en compte dans son raisonnement, d’autant que dans le cas présent, la candidature de Raphaël Glucksmann est « hypothétique », plaide-t-il. Charles Alloncle s’étonne pourtant de ce choix fait en dépit de résultats d’audiences mauvaises qu’il souligne sans laisser deviner un soupçon de satisfaction malicieuse. De septembre à décembre 2025, le JT de 20 Heures de France 2 a rassemblé 19,7 % d’audience, soit 230.000 téléspectateurs de moins sur la même période que le journal concurrent de TF1 présenté par Anne-Sophie Lapix.

Principe de précaution

Alors, est-ce vraiment l’audience qui a guidé ce choix de Léa Salamé, s’interroge le rapporteur de la commission ? « Il faut laisser s’installer quelqu’un, on ne peut le juger sur trois quatre mois, il faut laisser un peu de temps », juge Alexandre Kara, qui s’appuie sur sa longue expérience et vante les chiffres de la première semaine de janvier qui sont les meilleurs depuis l’arrivée de Léa Salamé. Quant à la question du départ de cette dernière en cas de candidature de Raphaël Glucksmann, Charles Alloncle évoque plusieurs exemples. Dont celui d’Anne Sinclair. La journaliste, qui partageait la vie de Dominique Strauss-Kahn, avait démissionné du magazine d’information 7 sur 7 de la chaîne TF1 à la nomination de son mari au gouvernement en 1997. « Vous parlez d’une extrême vigilance, pourquoi ne pas utiliser le principe sain de précaution ? », demande le parlementaire ciottiste. « Je ne suis pas juge et décisionnaire de la mort professionnelle de quelqu’un en raison de sa proximité avec une personne ou une autre », se défend Alexandra Kara, qui s’engage à ce que Léa Salamé ne soit plus à l’antenne à partir du moment où le conflit d’intérêts sera effectif, « à partir du moment où on rentre dans une zone grise », c’est-à-dire quand Raphaël Glucksmann annoncera une candidature officielle. Jusqu’à nouvel ordre, le dirigeant de France Télévisions assume : « Moi je me refuse de priver les Français d’une journaliste aussi talentueuse. »

Plus tard, on apprend que la journaliste Linh-Lan Dao, responsable de la cellule de « fact-checking » (vérification des faits) de France Télévisions, était la tête d'affiche d'une réunion de La France insoumise en novembre avec le député mélenchoniste de Toulouse François Piquemal. La direction dit avoir sanctionné sa journaliste, qui avait agi sans en référer à personne. Neutralité, impartialité, indépendance du service public, vous avez dit ?

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

50 commentaires

  1. Ah bon ils s’interrogent ? Et bien imaginons la compagne de Bardella au JT de TF1 ou FR2 , non mais le tollé que ça soulèverait , là ils n’y aurait plus d’interrogation mais une levée de bouclier et ce serait normal
    Un journaliste ne doit pas avoir d’étiquette politique ou en tous cas ne pas la faire ressentir, on voit bien sur que c’est le contraire !!!

    • Vivre avec une personne politique n’est pas une étiquette politique, que je sache; ou alors, qu’en est-il de la liberté individuelle? Léa SALAME vote peut-être à Droite, vous n’en savez rien et c’est tant mieux!

      • Non mais vous pensez vraiment ce que vous écrivez ? Elle est orientée à gauche toute !!!
        Et ne s’en cache pas d’ailleurs ….
        Désolée mais là c’est conflit d’intérêt pur et simple, c’est de la provocation de la part d’ernotte qui n’en est plus à une près mais quand même, de l’avoir mis là

  2. J’ai regarder hier la commission d’enquéte sur le service public,ils ne répondent jamais aux questions de Charles et pourtant ils ont juré ils mentent sur tous,dommage pour Charles car il est muselé part le directeur de la commission d’enquéte député horizon de gauche.

  3. « ne pas vouloir la mort professionnelle… » Ah bon? Pourtant il suffit de préfacée un livre de Bardella pour être mis illico sur le banc de touche ! Dans le passé, une honnête et courageuse journaliste du service public, s’était mise en retrait – pendant une période électorale- car partageait la vie de Mr Borloo. Comme quoi!! Honneur à cette Dame

  4. Après les données de santé publique, après les données bancaires, les données militaires… Honte terrible absolue.

  5. Et si une journaliste était la compagne de M. Bardella, que dirait la gauche ? Quels cris d’orfraie pousserait-elle ? Comme quoi la vérité est toujours dans ce camp du bien, mal nommé !

  6. Pascal Praud défend Salamé à chaque fois qu’il peut, je crois qu’ils sont amis… Népotisme partout, et pas qu’à gauche !

  7. Oui, ça c’est sûr. Dans le passé, des  » lea salame » quittaient ou suspendaient pendant une période leur activité à ce poste. Il y avait encore de l’honnêteté à cette époque.

  8. Pas de problème. Il faut simplement boycotter les journaux télévisés sur l’audiovisuel public. Quand on se rappelle qu’ils ont été présentés lors de certaines époques par des journalistes comme Noël Mamère ou Christine OCKRENT (liste non exhaustive), on se rend compte de l’objectivité de la présentation des informations aux téléspectateurs.

  9. Depuis plus de quarante ans, à ces Français qui ont confondu parfois en toute connaissance : utopie, mensonge et réalité du monde. Ce n’est pas faute pourtant d’avoir été mis en garde de l’escroquerie en devenir : chaque jour qui passe nous fait nous apercevoir que la peinture « ripoulin » à dominance rose, en trompe-l’œil, qui recouvre par couches successives nos institutions ou ces médias publics s’écaille par pans entiers. Du cache-misère à l’évidence, qui laisse apparaître des murs qu’ils promettaient aux plus incrédules d’airain fort décrépits mettant en péril l’ensemble de l’édifice national. Cela suffira-t-il aux Français, à certains du moins, pour qu’ils prennent conscience de l’urgence, qu’ils sortent de leur léthargie, voire, de leur peur irrationnelle, sciemment entretenue par les mêmes bonimenteurs médiatiques ou d’autres, afin qu’ils entament d’importants travaux de rénovation qui, s’ils n’étaient pas faits rapidement, nous couteraient bien plus cher ? Ou faudra-t-il attendre que tout l’édifice s’effondre ?

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