Mayotte interdite de drapeau français lors d’une compétition sportive

Pas de porte-drapeau français pour la délégation mahoraise aux Jeux des jeunes de l'océan Indien.
Photomontage BV - JBM
Photomontage BV - JBM

Couvrez ce drapeau que je ne saurais voir ! À la demande des Comores, la délégation de Mayotte a dû défiler sans drapeau français, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux des jeunes de l'océan Indien. Les logos tricolores des tenues officielles des sportifs mahorais devront être par ailleurs masqués. Une décision révélatrice de l’ambition de Moroni : revendiquer en continu la souveraineté de l’île de Mayotte, souveraineté disputée par la France.

Mayotte sans drapeau français aux Jeux des jeunes de l'océan Indien

La scène se déroule ce samedi 1er août, à la cérémonie d’ouverture des Jeux de la Commission de la jeunesse et des sports de l'océan Indien (CJSOI). Au stade Victoria (Mahé, Seychelles), les délégations des Comores, de Djibouti, de Madagascar ou encore de Maurice défilent enhardies par des porte-drapeau placés en tête. C’est au tour de Mayotte de rentrer en piste. Un commentateur décrit les images de la Seychelles Broadcasting Company, chaîne qui diffuse l’événement en direct dans tout l’océan Indien : « Particularité pour les amateurs de géopolitique, vous pouvez observer que les Mahorais défilent sans drapeau. »

Étonnante particularité ! Même si Mayotte est un département français, impossible d’apercevoir un drapeau bleu blanc rouge annonçant l’arrivée des athlètes de l’île aux senteurs. En cause, la charte de cette compétition régionale qui dispose clairement que « lors de toute occasion ou cérémonie nécessitant l’utilisation d’un drapeau, Mayotte utilisera le drapeau des Jeux et s’abstiendra d’arborer tout symbole de l’État, tels que l’hymne et le drapeau nationaux ».

L’organisation des Jeux des îles de l’océan Indien avec la participation d’une Mayotte française est ainsi une affaire complexe. Pour mieux la comprendre, il faut revenir à 1982, année où les Jeux ont été créés en excluant Mayotte en raison de son statut international et du conflit qui oppose la France aux Comores. Pour se faire une image de cette souveraineté disputée, il suffit de considérer ce grand panneau dressé sur une berge de Mamoudzou « Mayotte est française et le restera à jamais ! » qui s’oppose directement à celui planté sur les rivages de Moroni : « Mayotte est comorienne et le restera à jamais ».

La charte des Jeux de l'océan Indien exclue symboliquement la France

Il aura fallu attendre 2005 pour que les Comores, pressées par la France, acceptent la modification de la charte des Jeux des îles pour intégrer Mayotte et sa jeunesse. Une condition est imposée : interdiction pour les athlètes mahorais d’exhiber aucun signe d’appartenance à la France. Ni drapeau, ni Marseillaise. Selon Comores.info, c’est le gouvernement Azali qui s’est assuré que cette disposition soit respectée, pour l’édition 2025. « Pour les autorités comoriennes, il s’agit d’une provocation politique, un rappel visuel de la souveraineté revendiquée par la France sur Mayotte », précise le site d’information basé à Grande Comore, la plus grande île de l'archipel, avant d’affirmer : « Les Comores continuent de défendre une position conforme au droit international et à la mémoire collective des peuples de l'archipel : Mayotte est et restera une île comorienne. »

C’est loin d’être la seule compétition sportive où les Comores n’ont pas voulu voir le drapeau français représenter Mayotte. En 2015, la délégation comorienne s’est retirée dès le début de la compétition pour protester contre la revendication des symboles français par l’équipe mahoraise de lanceurs de javelot.

Une posture qui frise parfois la contradiction. Le ministre des Sports comorien, Djaanfar Salim, a déclaré que pour les prochains Jeux des îles dont son pays sera hôte, « le président de la République des Comores n’aurait aucun problème à délocaliser certaines épreuves sur l’île comorienne de Mayotte ». Entend-il bénéficier d’infrastructures entièrement construites, financées et gérées par la France ?

Toujours est-il que c’est une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU du 12 novembre 1975 qui fonde tout discours hostile à l’ancrage français à Mayotte. Mayotte fait partie du nouvel État comorien, selon cette résolution largement citée par Moroni ou encore Bakou et Moscou.

Le plaidoyer de Mansour Kamardine pour l'ancrage de Mayotte à la France

Pour Mansour Kamardine, ancien député Les Républicains, il s’agit d’une résolution illégale intervenue en violation de l’article 4 de la Charte de l’ONU. Contacté par BV, celui-ci répond : « Cette résolution n’a pas d’effets contraignants, il s’agit en fait d’une simple pétition politique de principe d’un certain tiers-monde qui ne supporte pas le choix des Mahorais qui vient signer l’échec des indépendances de drapeau. » Né à Sada, au sud de Mayotte, cet ancien élu, fin connaisseur du dossier, poursuit : « La résolution peut être reprise et adoptée plus de mille fois, elle ne fera jamais une règle de droit international opposable erga omnes et, en tous les cas, opposable au peuple mahorais. »

Panneau à la barge de Mamoudzou (Mayotte) - Photo Jean Bexon

L’avocat d’affirmer : « Mayotte est bel et bien française par le libre choix de ses populations. C’est cela aussi le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui s’applique à tous les peuples, y compris les plus petits en nombre. » C'est aussi le fait que l’île de Mayotte soit située dans l’archipel qui justifierait son rattachement aux Comores. Cet argument géographique souvent utilisé est contredit, là aussi, par Mansour Kamardine. « Soulignons que, comme La Réunion est située dans l’archipel des Mascareignes ou la Guadeloupe et la Martinique dans celui des Antilles, cette appartenance à ces espaces océaniques ne saurait faire de ces îles des parties des État les environnant », réfute notre interlocuteur, depuis l’île hippocampe. Celui-ci conclut en convoquant l'Histoire : « Mayotte n’a jamais appartenu à un État comorien, ce dernier n’existant pas avant le 12 novembre 1975. Au contraire, elle fait partie de l’archipel des Sultans batailleurs, c’est-à-dire de cet archipel de plusieurs sultans qui se battaient les uns contre les autres pour s’approprier le sultanat du voisin. »

Cinquante ans après l’indépendance de Grande Comore, Mohéli et Anjouan, et l’ancrage de Mayotte à la France, les accrocs diplomatiques restent vifs, au sujet des îles de la Lune.

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Jean Bexon
Journaliste

Vos commentaires

89 commentaires

  1. Forcément tout « Valls » de mieux en mieux pour nos « Dom-Tom » depuis que les Manu (MACRON et VALLS) sont aux manettes…Mais connaissant le « mode auto-satisfait » des deux bonhommes,,,soyons rassurés leurs regards sont déjà forcément déjà tournés, vers d’autres jeux….ceux du « pacifique Sud » évidemment.

  2. Le contribuable devrait immediatement exiger que l’on retire immédiatement tout le pognon français offert pour cette manifestation. Il serait temps que toutes ces bandes d’assister parasites comprennent enfin que l’on ne peut as avoir le beurre et l’argent du beurre.

  3. Et maintenant Les Comores dictent leur volonté à la France ! Pauvre pays dirigé par des Pom-Pom girls.

  4. où est le « ministre » des sports ? Où est « le premier » ministre ? Où est Barrot, Où est Macron ? Où sont passés tous ces bons à rien ? Quand aux athlètes mahorais, connaissant la charte, ils auraient dû refuser de participer à cette mascarade.

  5. On demande aux mahorais s’ils veulent être français mais est-ce qu’on demande leur avis aux français ? La France n’a plus les moyens d’entretenir tous ces territoires. Il fallait refuser d’assister à cette compétition sportive. La FRANCE adore se faire humilier.

    • C’est une idée de Sarkozy d’en faire un département, et sans bien sur nous consulter à l’époque, un gouffre financier, les comoriennes vont y accoucher et donc ainsi ont des aides,
      Je suppose que le retour en arrière n’est pas possible et qu’on va donc continuer à payer

  6. Tour est flottant dans cet archipel, même les drapeaux. Le récent accord  » Valls » déjà. La patrie a peur de s’afficher au grand hunier mais les barquettes comoriennes accostent de toutes parts pour accoucher dans une litière tricolore. Tout ça parce que la France a peur d’être la France. Si elle est à Mayotte elle doit la mailloter. Tout le reste n’est que bavette et bavasserie. Être ou ne pas être, c’est la seule question.

    • On entend souvent « je suis fier d’être français », slogan qui en temps normal serait tout à fait logique et bienvenu, cependant,vu l’image donnée de la France en général, actuellement, j’ai plutôt honte de l’être,ou plutôt d’être assimilé à la représentation qui en est faite avec toutes ses dérives wokistes et gauchistes.Je ne suis pas personnellement à l’image de ce qu’elle est devenue, à savoir un pays où plus de la moitié des habitants a peur de tout et de son ombre,a peur de mal parler,de la censure,de voter pour des personnes qui nous sortiraient de notre trou, qui approuvent des gens qui militent contre des nazis imaginaires et qui tolèrent des propos de personnes tenant des discours à la gloire d’Hitler comme cette gazaouie expulsée et dont les médias aux ordres ont bien sûr minimisé les propos, alors non, je ne suis pas fier d’être français en ce moment, un jour prochain peut être.

  7. 80% du trafic maritime mondial passe par le détroit du Mozambique. La plus grande compagnie mondiale d’affraitement est française, d’autre part un gigantesque gisement gazier sous marin attend dans les eaux territoriales mahoraises, malgaches et comoriennes. La région va devenir rock’n roll.

  8. Comme quoi la France est un paillasson sur lequel on peut s’essuyer les pieds.
    Merci à nos politiques, même aux prétendus gaullistes de cinéma !

  9. Français de CAF, un boulet de millions d’euros à traîner. « Nos ancêtres les gaulois… faut rigoler avant qu’le ciel nous tomb’ sur la tête… ». S’ils étaient si fiers d’être français, défiler avec le drapeau tricolore serait un honneur indiscutable. CQFD : L’allégeance réelle aux allocs, mais pour le reste…

    • Par respect pour la France, Les participants se devaient de boycotter cet événement. Mais qui respecte encore la France ? Et même en France le drapeau (francais…) est plus ou moins interdit, en tous cas suspect….

  10. « La charte des Jeux de l’océan Indien exclue symboliquement la France  »
    EXCLUT. Pour les conjugaison voir le site leconjugueur.le figaro.

    • Vous connaissez le dicton au sujet du doigt du sage ? ! …
      Attention car il semble ne pas être dans la « bonne lune » ! …

  11. Un autre merci m. à Sarkozy pour l’immense service rendu à la France en lui adjoignant Mayotte par le biais d’un referendum organisé sur la seule île de Mayotte sans consulter les Français de la métropole.
    Décidément c’est un succès total.

      • Certainement pas, ANTISYSTEME59 !
        Bien que « française » depuis le XIXème s. la reconnaissance de Mayotte en tant que département français est le produit du perfectionnisme de m. Sarkozy en 2009.

      • Ce ne peut être que lui, Yves Le Pog. Il est assez peu probable que nous en trouvions un autre identique.

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