Marcel Pagnol, le remède contre la morosité

Marius et Les Sermons de Marcel Pagnol, deux œuvres qui, au théâtre ou en livre, rappellent la puissance de l'écrivain.
Marcel Pagnol prononçant son discours  lors de sa réception à l’Académie française, le 27 mars 1947 (Photo AFP).
Marcel Pagnol prononçant son discours lors de sa réception à l’Académie française, le 27 mars 1947 (Photo AFP).

L’enfant d’Aubagne est un génie de la langue française. Dans un style familier inimitable, l’auteur de La Gloire de mon père a dépeint tous les sentiments qui agitent le cœur de l’homme. Si bien qu’au contact de ce géant de Provence, le lecteur s’émerveille d’un style qui le transporte dans les profondeurs des causes qui fondent le sens de la vie. L’amour d’un fils pour sa mère, l’instituteur rigide et scrupuleux, la jeune mariée dont le cœur chavire pour un autre, l’honneur trahi, le réconfort d’une grand-mère aimante, le regard des autres, le travail bien fait, les séparations déchirantes, la mort qui emporte les êtres aimés. Toutes ces petites et grandes choses de l’existence qui font dire au poète la célèbre sentence qui conclut ses souvenirs d'enfance : « Telle est la vie des hommes, quelques joies très vite effacées par d’inoubliables chagrins. »

Marius au théâtre, une parenthèse enchantée

Il faut aller voir, tant qu’il est encore temps, la pièce Marius, qui est jouée au théâtre Le Ranelagh, dans le XVIe arrondissement de Paris (jusqu'au 10 janvier). Le jeune Marcel n’a que 33 ans lorsqu’il écrit cette pièce en même temps que Topaze. Professeur à Marseille, à la suite du paternel, celui qui est dévoré par une ambition qui le poussera à l’excellence a déménagé à Paris pour forcer le destin. Ce Rubempré du Midi rencontrera un succès éclatant pour cette pièce, la première d’une trilogie qu’il n’écrira que pour répondre aux interrogations d'un public qui trépignera de connaître la suite des héros de la Canebière. Jouée plus de 800 fois dans les deux années qui suivirent sa sortie en 1929, Marius a traversé le XXe siècle et continue de charmer par la justesse des personnages imaginés par Pagnol. On retrouve dans la mise en scène de Jean-Philippe Daguerre et l’excellente performance des acteurs (et dire que l'auteur se demandait si son œuvre survivrait à Raimu) les truculences du théâtre de Pagnol. On rit autant que le cœur se serre devant les turbulences du destin et les enseignements que celui qui fut élu à l’Académie française en 1946 à l’âge de 51 ans met dans la bouche de ses personnages : « L’honneur, c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois. »

La puissance de l'humour

On retrouve notamment la même saveur, la même intensité du verbe dans les sermons que Marcel Pagnol a écrits. Les Éditions Fayard publient un recueil intitulé Les Sermons de Marcel Pagnol, qui vient d’être réédité à l’identique, d’après sa première édition de 1967.

« J’ai mis un sermon dans la plupart de mes films ou pièces, parce que, de mon temps […] il y avait deux personnages importants : le curé étant l’instituteur religieux, et l’instituteur, le curé laïc. C’est de leur confrontation que naissait l’esprit du village », raconte celui qui pourtant eut une vie bien éloignée de la rigueur évangélique. La Femme du boulanger, Manon des sources, Les Trois Messes basses ou Le Curé de Cucugnan (ces deux derniers imaginés par Alphonse Daudet, adaptés par Pagnol pour le cinéma) ; autant d’œuvres où un homme de Dieu vient rappeler à travers ses rodomontades pleines d'humour les réalités de l’au-delà. Une puissance spirituelle qui réside non pas dans de grandes démonstrations théologiques mais dans le bon sens de la morale chrétienne qui, aussi exigeante soit-elle, pousse l’homme à devenir meilleur.

« Il sait très bien, le bon Dieu, qu’il y en a pas mal ici qui ne sont pas venus pour lui offrir un repentir sincère […] ou pour faire un pas dans la voie de leur salut éternel ! Il sait bien que vous êtes là parce que la source ne coule plus ! », écrit Pagnol, dans la célèbre homélie de Manon des sources.

Éternel Pagnol. Des mots qui réchauffent les cœurs autant que le soleil de la garrigue de Provence.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

17 commentaires

  1. C’est fou comme on peut se sentir tout petit devant un tel talent , une telle finesse et un tel esprit moqueur plein de tendresse. Merci Monsieur Pagnol de nous accompagner dans cette période sombre que nous vivons par la faute de crétins qui sont persuadés d’être meilleurs que les autres .

  2. Un peu suspect quand même, ce Pagnol : des castings pas très inclusifs, aucune allusion à la misère des migrants… mauvais coton, tout cela !

  3. Les Provençaux ont un avantage certain sur tous les autres , ils n’ont besoin de personne pour se moquer d’eux , ils savent très bien le faire eux mêmes !

  4. Surtout ..c’est sa methode pour apprivoiser les mots qui me fit aimer le dictionnaire et progresser dans la maitrise de cette langue merveilleuse . Un de mes meilleurs profs. De francais avait coutume de nous citer Pagnol : » Comprenez que le francais est une langue etrangere qu’on vous a offerte quand vous etiez petits . Vous n’arreterez jamais de l’apprendre . »

  5. Pagnol est une des plus grands écrivains français, victime de l’anti-méridionalisme septentrional qui sévit encore

    • Un des défauts de cette sorte de racisme anti-méridional qui sévit effectivement en France (je suis Marseillaise et j’ai longtemps travaillé au nord de la Loire) est de prendre à la lettre les caricatures de Pagnol dans ses oeuvres. Un exemple : j’ai réellement connu des Parisiens qui s’imaginaient que des bus s’arrêtaient parfois dans les rues de Marseille pour laisser se poursuivre une partie de pétanque.

      • En réalité si ça existé une fois ou l’autre c’était pour éviter un accident ; projetée par un pneu de bus une boule échappée peut tuer.

    • Pareil pour moi. Marius a été le premier livre que j’ai lu et la scène de la partie de cartes enregistrée en 78tours sur notre électrophone, le premier disque que mes parents écoutaient

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