L’inexorable descente aux enfers des clones de Marilyn Monroe
C’est le Hollywood avant #MeToo. Nous sommes au lendemain de la nuit du 4 au 5 août 1962. Marilyn Monroe vient de rendre l’âme, dans des circonstances à ce jour encore inexpliquées. Elle n’affichait que 36 printemps, mais sa carrière sentait déjà l’automne. Dès le lendemain, le producteur Harry Cohn, qui fait la pluie et le beau temps sur le septième art, hurle dans les couloirs de la Columbia : « Trouvez-moi une autre blonde ! »
Il est un fait que depuis Lana Turner, l’industrie de la Cité des anges les consomme à la chaîne, ces fichues blondes. Pourtant, Marilyn Monroe sortait du lot. Pas forcément pour son talent, assez surestimé, ni pour sa filmographie, il n’y a pas grand-chose à en sauver ; mais surtout pour l’aura qu’elle dégageait, passablement sulfureuse. Ses liaisons troubles avec le milieu, mais aussi la fratrie Kennedy, elle-même notoirement en cheville avec le milieu en question. Et puis, sa mort mystérieuse a fait le reste.
Mieux : elle a eu la chance de partir jeune, de mort violente, comme James Dean, avant d’être atteinte par l’outrage des ans. Autrement, ce dernier aurait pu finir en bibendum, comme Marlon Brando, et notre blonde emblématique aussi bouffie qu’une Liz Taylor. Sa vie ne fut que malheurs ; celui de la flétrissure, au moins, lui aura été épargné.
L’écurie Playboy…
En attendant, il faut trouver des blondes en urgence, quitte à recycler celles qui, passées sous les feux de la rampe en même temps que la défunte, sont désormais un brin oubliées. Pour les castings, le fameux cahier central du journal Playboy permet, évidemment, de gagner du temps. Après tout, Marilyn Monroe n’inaugura-t-elle pas, en 1953, la couverture du premier numéro du mensuel fondé par Hugh Hefner ? Certes, il s’agissait de clichés pris en 1949, mais la machine à fabriquer des blondes mamelues était lancée. Elle ne devait plus s’arrêter.
Dans son brillant essai, Des blondes pour Hollywood, Adrien Gombaud, journaliste à Positif, dresse le portrait de dix infortunées créatures aux destins le plus souvent tragiques ; à croire qu’il y avait une malédiction Marilyn. Mais soyons cocardier et commençons par Corinne Dibos, plus ou moins mieux connue sous le nom de Corinne Calvet. Son ingénieur de père est l’inventeur du Sibor ; c’est-à-dire le Pyrex™, un verre résistant à la chaleur. Elle, ne résistera pas à celle des sunlights, faisant ses premières armes en France avant de tenter sa chance à Hollywood. Elle y tourne une bonne dizaine de films, dont Je suis un aventurier, d’Anthony Mann, en 1954. Dans son exil vaguement doré, Corinne Calvet multiplie les frasques et les divorces. Elle s’éteint en 2001, oubliée de tous. Elle avait 76 ans.
La chute d’une starlette anglaise…
Les Anglais, ne sachant rien faire comme les autres (quelle idée, aussi, de rouler à gauche et de boire de la bière tiède ?), peuvent au moins se prévaloir d’une blonde actrice ayant connu la renommée avant mademoiselle Monroe : Diana Dors ; Fluck de son vrai nom. Sa poitrine défie les lois de la pesanteur, elle a les lèvres pulpeuses et les yeux vides, tout en faisant preuve d’un mauvais goût très sûr dans les choix de ses compagnons. L’un des premiers ? Michael Caborn-Waterfield, jockey raté, cambrioleur à ses heures, trafiquant d’armes occasionnel, il finira, sur le tard, par enfin se trouver une situation en lançant la première chaîne de sex-shops anglaise, dans les années 70. Pas tout à fait le gendre idéal, donc.
Entre-temps, Diana Dors tourne beaucoup, outre-Manche, même si elle tourne de plus en plus mal - la faute à son mari, Dennis Hamilton, tout aussi canaille que Caborn-Waterfield. Pourtant, enjôleur comme pas deux, même s’il la dérouille régulièrement tout en vivant à ses crochets, il parvient à la persuader de tenter l’aventure américaine. Nous sommes en juin 1956. Diana Dors atterrit à New York, précédée d’une réputation de fille incendiaire. « La dynamite de Grande-Bretagne explose en pleine ville », titre ainsi le New York Post. Mais tout ce qui va exploser, c’est sa carrière…
Dennis Hamilton, qui n’en loupe décidément pas une, claironne devant les journalistes californiens : « Tout, dans la vie, dépend de l’argent, c’est ma philosophie et celle de Diana. […] Cette ville devrait s’appeler Ho££ywood ! » La classe. La très grande classe. Bravo, Dennis ! Et le meilleur pour la fin.
Le couple infernal est invité à une party donnée dans une luxueuse villa. Le gratin local est au rendez-vous, ainsi que tous les photographes du coin. Et, on ne sait comment, Diana Dors tombe dans la piscine, ruinant son brushing au passage. Fou de rage, son mari rosse le premier journaliste venu, tandis que son épouse, dégoulinante de Rimmel™, insulte l’assistance avec des jurons que la plus élémentaire des décences interdit de reproduire ici.
Le National Enquirer titre, dès le lendemain : « Rentre chez toi, Diana. Avec ton monsieur Dors. […] Madame Dors est une version plantureuse de Marilyn Monroe. Dennis Hamilton, son vicelard de mari, est une version de rien du tout. […] Nous avons assez de détraqués dans ce pays pour nous passer d’en importer de l’étranger. » Clap de fin sur sa carrière américaine.
Jayne Mansfield, adepte de l’Église de Satan…
Dans un registre plus sérieux, au moins y avait-il Jayne Mansfield, à la destinée tout aussi funeste. Encore une fifille de l’écurie Playboy, couchée sur papier – et probablement dans son lit – par Hugh Hefner. Pourtant, tout commence bien, pour elle. En 1956, la Twentieth Century Fox, lassée des caprices à répétition de Marilyn Monroe, lui fait signer un contrat, espérant qu’elle sera moins caractérielle que la star de Sept Ans de réflexion, de Billy Wilder (1955) ; ce qui ne relève d’ailleurs pas de l’exploit. Après un film, La Blonde et moi, de Frank Tahslin, tourné la même année, le moins qu’on puisse prétendre est que, nonobstant ses charmes incandescents, Jayne Mansfield n’a rien d’une Bette Davis en devenir. Certes, ses seins crèvent l’écran ; mais ils sont bien les seuls. Seul intérêt du film ? La présence des rockers Eddie Cochran, Gene Vincent et Little Richard. Néanmoins, elle apparaît ensuite dans une petite vingtaine de films ; des panouilles, le plus souvent. Sa vie sentimentale est plus qu’agitée. Elle couche avec la fratrie Kennedy,; à croire que la seule fille que ces bandits d’Irlandais n’aient pas grimpée fut la statue de la Liberté. Son semblant de carrière commençant à décliner, elle adhère, sans qu’on n’ait jamais su bien pourquoi, à l’Église de Satan, fondée par Anton LaVey. Jayne Mansfield tire sa dernière révérence le 29 juin 1967, dans un accident de voiture. En un an, c’était le huitième et son airbag personnel ne l’a pas sauvée.
Finir à cinq dollars la passe…
Pour clore cette série noire filmée en blondocolor, encore faut-il évoquer le cas de Barbara Payton, peut-être le plus désespéré. En 1950, c’est la blonde qui fascine le petit monde du spectacle ; mais également le grand public. Dans Le Fauve en liberté, de Gordon Douglas, elle passe directement de l’anonymat au statut de star absolue. John O’Dowd, son biographe, cité par Adrien Gombaud, a ces mots : « Barbara Payton tenait le monde par la queue et Hollywood par les couilles. » Pas très gracieux, mais pas faux. À l’époque, tout au moins. Car ensuite, tout se gâte. En proie à l’alcool et aux drogues, son étoile pâlit très vite. En 1963, son dernier titre de gloire sur grand écran : Quatre du Texas, de Robert Aldrich, où elle donne la réplique à rien de moins que Frank Sinatra et Dean Martin. Puis, la chute est brutale. Elle couche pour trois cents dollars. Deux ans plus tard, le tarif est de cent. Elle finira à des passes à cinq billets ; tout juste le prix d’une bouteille de mauvais whisky. Du temps de sa courte splendeur, dans Le Fauve en liberté, elle dit à James Cagney : « Tu sais, gamin, la vie ne dure qu’un week-end. » Le sien s’est achevé en sombre dimanche, le 8 mai 1967. Elle n’avait pas 40 ans. Allongée sur le bitume, elle était pieds nus ; ce qu’ont noté les badauds se rendant à l’église. On espère au moins qu’ils ont prié pour elle au moment de l’office.
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9 commentaires
Et bien j’ai vécu toutes ces années et je suis passé à côté de tout çà ! Merci pour cet intéressant article, car c’est une tranche de société. Pour autant, et bien que pas fan de BB, j’estime que c’est son Vadim qui a lancé la femme que nous voyons encore actuellement dans les rues et partout ailleurs. Quand je vois en photo et films les femmes des années 30-60, il y a comme une évolution avec celles que je vois ( et regarde élégamment ) en me promenant…Le changement a eu lieu au début des années 1960, c’est tout dire et puis la mode a fait son travail de valorisation !
Le milieu cinématographique américain de l’époque était une machine à broyer les personnalités des acteurs voire les acteurs eux-mêmes . Ils étaient tous , excusez moi pour l’anglicisme : expendables .
Cher Nicolas, en souvenir d’une bière à l’aqua boulevard, merci pour cette excellente chronique sur laquelle je ne ferai qu’une remarque : j’ai adoré « La rivière sans retour » peut-être grâce à Robert Mitchum et à la musique, cependant Maryline y est charmante !
« notre blonde emblématique aurait été aussi bouffie qu’une Liz Taylor. ».
Et pourquoi pas aussi belle que l’est encore malgré son âge, notre Brigitte bardot nationale?
Merci pour cette chronique.
Manquait – partout – le « talent » si j’ai bien lu.
Un peu dur pour des filles qui se sont fait brûler par l’industrie cinématographique, ces gens n’ont pas de sentiments, mais ne songent qu’à faire du pognon par tous les moyens.
Déroutant, le choix des thèmes abordés par notre ami Nicolas.
En plus et sur ce coup, ces histoires de blondes qui se font fumer pourraient se terminer par un simple patch, non ? Et bien non, justement. Tout dépend du narrateur. Et comme en outre il sait écrire…
Tristes destinées que voilà. Des cinq ici décrites, je ne connaissais que Marilyn (que j’aime toujours beaucoup) et Jayne Mansfield. Vous nous offrirez peut-être les cinq autres la semaine prochaine ? !…