« L’idéal, l’aspiration d’un service absolu et gratuit pour son pays permettent de tenir »

Charles d'Azerat signe À cœur ouvert, récit d'un commando du CPA 10 (Mareuil Éditions). Un officier des forces spéciales raconte.
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Officier des forces spéciales, Charles d'Azérat est chef de groupe au prestigieux commando parachutiste de l'air, le CPA10. Il a enchaîné, à ce titre, les missions dures et à haut risque sur tous les continents, loin de sa famille et de sa patrie, assumant parfois la perte ou les blessures de ses frères d'armes. Entre récit opérationnel, introspection intime et réflexion sur le maniement des hommes, irrigué par les hautes valeurs nécessaires à un tel engagement, Charles d'Azerat signe À cœur ouvert, récit d'un commando du CPA 10 (Mareuil Éditions). Dans ce livre dont on parle, il dessine une route et rappelle le niveau de sacrifice et d'héroïsme que demande parfois le service de sa patrie. Une leçon, aussi, pour les élus et leurs électeurs qui tiennent par leur vote le destin du pays.

 

Marc Baudriller. Vous êtes officier des forces spéciales et chef de groupe au prestigieux commando parachutiste de l'air, le CPA 10. Vous avez vécu des missions de haute intensité et de haut risque que vous relatez dans votre livre. Laquelle de ces missions vous a le plus marqué, et pourquoi ?

Charles d'Azerat. Il m’est bien difficile de choisir. Si ma vocation à servir la France par les armes est enracinée en moi depuis mon âge tendre, je dirai que chacune des missions spéciales que j’ai réalisées ont fait le chef et l’homme que je suis devenu.
Celle en Centrafrique incarne mon baptême du feu, j’aurais pu y perdre la moitié de mes hommes et ils m’y adoubèrent en tant que chef de guerre. Ensuite, la libération d’otages sur l’hôtel « Splendid » à Ouagadougou (Burkina Faso) a marqué les esprits par son retentissement médiatique. Elle permet de mesurer le poids que nous avons sur nos épaules pour réussir nos missions. Enfin, la libération d’otages après un saut en parachute à grande hauteur et ma mission au Levant incarnent, à elles deux, ce qui fait le sel des opérations spéciales : l’absence d’approximation, le don de soi et la noblesse de cœur !
Toutes ces missions m’ont marqué durablement et, sans ma foi, mon épouse et l’inspiration chevaleresque inhérentes à notre culture, je n’aurais pu tenir et être aussi performant.

 

M. B. Jeune, vous avez balancé entre le séminaire et la vocation des armes, deux voies a priori éloignées, mais reliées par un large idéal. L'idéal du service de la patrie est-il le même, après les combats et les opérations parfois très dures que vous avez menés ?

C. d'A. Tout à fait, je dirai que si je suis parti sur ma première mission avec « les dents qui rayent le parquet », j’ai sans doute compensé ensuite l'érosion de cet idéal par nos combats et par une expérience importante.
On mesure par cette image l’usure et la fatigue des combats menés et c’est bien l’idéal et l’aspiration d’un service absolu et gratuit pour son pays qui permettent de tenir et d’élever notre engagement.
Dans ce contexte, l’idéal du chevalier chrétien au service des plus faibles permet de maintenir et de compenser cette usure naturelle. Plus encore, il assure une approche plus juste, plus humaine et élève. Dans le cadre de libération d’otages, les meilleurs guerriers de France sont prêts à donner leur vie pour un inconnu en situation de grande détresse, parce qu’il est français : n’est ce pas l’illustration d’un acte chevaleresque ? « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

 

M. B. Votre métier vous a amené à commander des hommes lors d'opérations où ils risquaient leur vie. Quels conseils donneriez vous à ceux qui ont pour mission de piloter et motiver des équipes ?

C. d'A. Aujourd’hui, les méthodes managériales et de leadership s’enchaînent et nous fournissent une boîte à outils des plus fournies.
À l’aune de mon expérience, il me paraît essentiel de revenir sur deux éléments clés pour motiver et conduire ses hommes dans de telles situations : l’unité de vie pour les inspirer et la nécessité d'incarner son commandement pour légitimer sa position.
L’unité de vie, héritée des Grecs et sublimée par saint Augustin « corps, âme et esprit », se traduit dans mon cas selon le triptyque « ma foi, ma famille et ma patrie », le tout ordonnancé selon le dessein de Dieu. Il s’agit de ne pas se mentir sur ce que nous sommes et d’être exemplaire dans ce à quoi nous sommes appelés.
Quant à l’incarnation de sa mission de commandement, il s’agit de diriger et commander selon ses talents et ses forces : jouer un rôle ou contorsionner la vérité conduit, à terme, à des choix non assumables. La vérité et la charité sont des chemins de discernement, au détriment de l’orgueil.
In fine, la noblesse de cœur, le courage dans ses choix, un esprit critique et des convictions fortes éclairées par notre vocation de baptisé sont le sel pour être un bon décideur.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste
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