[LIBAN] Un autre regard sur ce conflit qui fait rage : celui d’un officier français
Le conflit iranien a rallumé la guerre au Liban. Après un cessez-le-feu signé en novembre 2024 entre Israël et le mouvement du Hezbollah, la riposte israélienne contre des tirs du Hezbollah a provoqué, à l'heure où ces lignes sont écrites, 1.000 morts et plus d'un million de déplacés qui remontent de la région sud vers Beyrouth, qui n'est pas non plus épargné. Le général (2S) Éric de Lapresle a vécu ces trois dernières années en tant qu'officier inséré dans l'armée libanaise. BV a recueilli son analyse de la situation.
« Au Liban, tout le monde ne subit pas la crise de la même manière »
Le général de Lapresle décrit un pays peuplé de plus de six millions d'habitants, dont deux millions, environ, de réfugiés tant syriens que palestiniens gérés par un État assez démuni qui n'est pas parvenu à enrayer les crises successives qui l'ont frappé (crises économiques, explosion du port de Beyrouth, etc.) et dans lequel « les besoins vitaux sont plutôt assurés par les communautés ».
Mais en complément à ce que laissent à voir les reportages qui parviennent en France, montrant des destructions terrifiantes d'immeubles et habitations, au Liban, explique le général de Lapresle à BV, ces jours-ci, « tout le monde ne subit pas la crise de la même manière. C’est évidemment extrêmement compliqué pour les réfugiés qui remontent du sud et pour les populations chiites du sud de la capitale, mais la vie continue assez normalement, par exemple, à Achrafieh, le quartier chrétien de Beyrouth, malgré les survols de drones et le bruit des frappes israéliennes essentiellement la nuit. C’est la spécificité libanaise de vivre par communautés. »
À ce sujet — La population libanaise, victime collatérale du conflit iranien, excédée par le Hezbollah
« La population libanaise ne pardonne pas au Hezbollah de considérer que l'Iran passe avant le Liban »
Si quelque chose a changé, ces derniers mois, c'est bien, selon Éric de Lapresle, ce « ras-le-bol croissant devenu collectif de la guerre » pour des habitants qui ont enchaîné, après la guerre civile des années 75-90, un certain nombre d'affrontements avec Israël entré au Liban pour calmer le Hezbollah parfois jusqu'à Beyrouth et son lot de victimes collatérales civiles. Jusqu'à ces derniers jours : « Jusqu'au 7 octobre existait un sentiment assez commun de beaucoup de Libanais d'une même menace israélienne au sud, nourri de l’exaspération de voir ce voisin rentrer régulièrement au Liban depuis des décennies ; pour beaucoup, avant, le mouvement du Hezbollah représentait ainsi un mouvement de résistance à Israël, l'ennemi commun, en remplacement d’une armée qui apparaissait impuissante. » Mais depuis le déclenchement du conflit iranien, la population libanaise « ne pardonne pas au Hezbollah, qui depuis fin février tire des roquettes sur Israël, d'avoir considéré que l'Iran passait avant le Liban ». Le mouvement n'est plus perçu comme celui qui résiste pour la souveraineté et l'intégrité du Liban.
Le 2 mars dernier, dès les premiers jours du conflit, le gouvernement libanais décrétait pourtant le désarmement du Hezbollah. Mais les frappes renouvelées israéliennes, les scènes d'affrontement, l'exfiltration du ministre considéré comme pro-Hezbollah à l'enterrement du père el-Raïs et les témoignages des chrétiens du Sud-Liban qui reprochent au mouvement de les mettre en danger prouvent bien que rien ne semble, pour l'heure, avoir été fait. D'où cette interrogation légitime de la communauté internationale quant au rôle de l'armée libanaise dans l'exécution de cette tâche.
« L'armée libanaise fait ce qu'elle peut »
« Ce n'est pas exact que l'armée libanaise ne fait rien », réagit le général de Lapresle. Pour celui qui a pu observer les choses de près, pendant son long séjour au Liban, « il y a des actions manifestes de destruction de munitions et l'armée fait ce qu'elle peut pour lutter contre le Hezbollah, en particulier au sud ; elle travaille en liaison avec les Casques bleus pour trouver des caches, déminer et faire en sorte de trouver un maximum d'armement et de munitions pour les détruire ». Mais, souligne-t-il, « les difficultés d'une armée confessionnelle composée de 18 communautés différentes dans laquelle il y a, de fait, un certain nombre de personnes qui sont de la même religion que le Hezbollah - et donc avec forcément des affinités entre des militaires chiites et du mouvement » Une complexité à laquelle s'ajoute un manque cruel de moyens : « Ses militaires sont très mal payés. À titre d'exemple, lorsque j'étais là-bas, mon conducteur libanais était payé 270 dollars par mois et devait trouver un autre travail pour gagner un peu mieux sa vie. L'armée manque de matériel et de munitions et doit remplir tous les rôles, celui de gérer les problématiques de voisinage, de sécurité intérieure, des problèmes de lutte contre la drogue et à la fois celui de désarmer le Hezbollah. Ils ne peuvent pas tout faire. »
« L'honneur de la France, c'est d'être là »
En sa qualité d'officier de l'armée française qui a côtoyé la population libanaise, le général de Lapresle tient à saluer « le travail de la diplomatie et de l'armée françaises qui appuie au quotidien, sur le terrain, les forces armées libanaises, même si on peut toujours faire plus ». Même si, selon lui, « la vraie grande diplomatie est celle de l'intérieur ». Et note « l'importance de la présence française via les associations humanitaires et l'exemple de nos jeunes venus de l'Hexagone qui y sont engagés », avant de conclure : « Il ne faut pas abandonner le Liban ; on ne peut pas juste être là quand ça ne va pas trop mal et partir quand ça va aller mal ; l'honneur de la France, c'est d'être là justement quand ça ne va pas bien. »
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6 commentaires
Où sont les mollahs dans cette guerre ? Netanyahou détruit tout pour faire venir le messie, Trump prie dans son bureau de la maison blanche avec sa cour… Serait-ce une guerre de religion, du type croisade moyenâgeuse ?
Après Richard Haddad, un officier français. Quel sera le prochain pour distiller toujours le même discours? BHL, Le Maire voire l’autre Haddad, Benjamin, qui ne sait pas situer l’Iran sur la carte ? Ils dirons la même chose que la droite atlantiste française pour qui l’idée souverainiste s’est dissoute dans la soumission UE, OTAN, USA, Israel…
Il suffirait juste d’aider l’armée Libanaise à virer le hezbollah afin que ce pays retrouve sa beauté d’antan ! Cela devrait pouvoir se faire non ?
AH oui, j’avais oublié que l’UE dictatoriale ( pas l’Europe ) était en train de détruire ses propres peuples…
« C’est la spécificité libanaise de vivre par communautés. » « les difficultés d’une armée confessionnelle composée de 18 communautés différentes » TOUT le drame libanais tient dans ces deux phrases.
Ce drame NOUS sommes en train de l’installer en FRANCE.
Le vivre ensemble et les valeurs de la République, on voit et ce que ça donne et l’accélération de la désagrégation (ou l’ archipelisation ) du corps social en France depuis 40 ans.
On perd notre temps et argent au liban
Comme Macron s’était retroussé les manches sur place, coprésident du Liban, après l’explosion du port de Beyrouth… ce n’est pas prêt d’évoluer en mieux…