Le Spectre du chat, le film qui donne envie de ronronner au coin du feu !

Cet authentique bijou du septième art est produit par la mythique firme Hammer.
LE SPECTRE DU CHAT

Les films dont les chats sont les héros ? C’est rare, et inutile de chercher les équivalents félins de Lassie et Rintintin. Logique : un chat ne se dresse pas. Vous lui envoyez une balle afin qu’il la rapporte et il vous regarde, dubitatif. Dans ses yeux, on peut lire : « Va donc la chercher tout seul, je ne suis pas ton chien. » Alors, lui dire quoi faire sur un plateau, avec plein de gens autour qui font plein de bruit, c’est dans vos rêves. Il a sûrement mieux à faire : ronronner en faisant la sieste, par exemple. Taine ne se trompait donc pas quand, affirmant : « J’ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure. »

Et pourtant - magie de Noël oblige -, voilà qu’on réédite une pépite entièrement dédiée à cet animal dont on peut être l’ami, mais jamais le maître : Le Spectre du chat (1961), de John Gilling.

Un chat justicier…

Cet authentique bijou du septième art est produit par la mythique firme Hammer, celle qui redonna vie aux monstres de jadis, le baron Frankenstein et le comte Dracula, lançant ainsi les carrières de Peter Cushing et Christopher Lee. Tel qu’il se doit, tout cela est filmé en un sublime noir et blanc, en pleine époque victorienne. Dans un manoir, une vieille dame richissime a un chat pour seul compagnon. Il est vrai que la nature humaine tend à la laisser perplexe, son époux et ses proches lorgnant de plus en plus près sur sa fortune ; ce qui ne lui échappe pas. Advient ce qu’il doit arriver : ils l’assassinent. Mais, seul témoin du meurtre, son chat va résoudre l’enquête à sa façon, zigouillant les criminels un par un.

Et là, John Gilling, cinéaste sous-estimé – il fut, quasiment, l’égal de Terence Fisher, réalisateur vedette de la Hammer –, fait des miracles, parvenant à nous faire croire à l’incroyable avec une louable économie de moyens. Autre miracle : le chat joue bien. L’explication ? John Gilling lui laisse faire n’importe quoi, filmant tout ce qu’il y a à filmer pour, ensuite, grâce à un montage ingénieux, faire croire que le raminagrobis était au garde-à-vous, attendant juste d’exécuter les ordres. Le stratagème fonctionne d’autant mieux que toutes les scènes du vengeur velu sont filmées… à hauteur de chat.

Des chats qui ont trop souvent le mauvais rôle au cinéma…

Un film qui donne d’autant plus envie de ronronner que, pour une fois, c’est un matou qui y tient le premier rôle. Mieux : il ne s’agit pas d’un chat diabolique, tel ce Chat noir né dans l’imagination fébrile d’Edgar Allan Poe et adapté au cinéma à de multiples reprises, celles de Roger Corman en 1962 et de Lucio Fulci en 1981 étant parmi les plus abouties. Pis : quand ces fichus chats descendent en bas de générique, ils sont le plus souvent ravalés au rang d’animaux de compagnie pour psychopathes ne rêvant que d’asservir la planète. D’où les chats dans James Bond, généralement caressés par l’infâme Blofeld, patron du SPECTRE, sur fond de musique symphonique, tandis qu’on torture dans la pièce d’à côté.

Pis : même Walt Disney s’y met, les chats n’ayant pas toujours le beau rôle dans ses films. Lucifer est l’ignoble patapouf qui persécute Cendrillon dans le film éponyme tourné en 1950. Les affreux siamois, Si et Am, de La Belle et le Clochard (1955), mettent tout en œuvre pour que Belle soit condamnée à porter une muselière. Dans le sous-estimé Basil détective privé (1986), brillante relecture de Sherlock Holmes, c’est Felicia, énorme mémère poilue, qui incarne l’âme damnée du méchant, le machiavélique Ratigan qui veut détrôner la reine d’Angleterre. Felicia y finit dévorée par les chiens de Buckingham. Pourquoi tant de haine ?

Heureusement, Walt Disney s’est rattrapé grâce aux Aristochats (1970) et, dans une moindre mesure, avec L’Espion aux pattes de velours (1965), de Robert Stevenson, et Le chat qui vient de l’espace (1977), de Normal Tokar, films anecdotiques mais finalement pas antipathiques. Pourtant, le compte n’y était pas et rien qui ne puisse égaler ce Spectre du chat, film unique en son genre et sommet depuis insurpassé.

Mais peut-être que John Gilling avait médité ces mots du poète Jean Cocteau : « J’aime les chats parce que j’aime ma maison et qu’après un certain temps, ils deviennent son âme visible. » Il est vrai qu’une maison sans chat n’est qu’une maison et pas un foyer.

Picture of Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Un grand merci de parler de John Gilling et de la Hammer Films.
    Un grand metteur en scène, dont personne ne parle hors des magazines spécialisés comme L’écran Fantastique et Mad Movies
    Quant à Gilling, voir aussi « L’invasion des Morts Vivants », et « La Femme Reptile »
    Ne pas oublier Terence Fisher bien sûr, le grand maître du Gothique de la Hammer

  2. Ouf ! LE chat enfin reconnu pour ses nombreuses qualités. Seuls les humains qui ne connaissent pas les chats s’en méfient. Perso je vis entourée de minous depuis plus de 40 ans (chats abandonnés ou nés de chattes abandonnées) qui m’apportent chaleur et bien-être au quotidien. Je peux conseiller un bouquin sympa à (s)’offrir à l’occasion des fêtes de fin d’année « Les Mémoires d’un chat » de Hiro Arikawa, écrivain japonais.

  3. Il y a eu aussi Chatran, un film japonais, qui suivait un chaton roux tout au long de sa vie. Travail fantastique, qui a nécessité plusieurs chats de même couleur et beaucoup de temps et de patience.

  4. Tom est bien connu et toujours ridiculisé par Jerry mais le Chat Botté est intéressant pour son maitre, je crois.

    • Oui, il aide le jeune meunier qui en hérite dans ce conte de Perrault. Je n’aime pas le mot « maître » car, comme le dit si bien Nicolas Gauthier, le chat fait ce qu’il veut quand il veut. On ne le « maître-ise » pas ! J’en profite pour envoyer un grand coucou à tous les amoureux des chats !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Johann Chapoutot favorise l’idéologie aux dépens de la rigueur historique
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois