Le sacrifice des familles de militaires à Noël

Ni gloire ni médailles pour ces oubliées de la grande muette, et souvent peu de reconnaissance et de gratitude.
Photo de Hồng Quang Official: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/35245959/
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Alors que nombre de familles françaises se retrouvent pour Noël, certaines sentent encore un peu plus le poids de l’absence : ce sont les familles des militaires en mission. Des parents, des épouses, des enfants de militaires qui ont le cœur à la fête et un peu serré. Ce sont en majorité des femmes qui attendent et servent de base arrière (82,7 % des militaires sont des hommes, selon le ministère de la Défense), des femmes qui, comme leur mari, leur fils ou leur père, connaissent la valeur du devoir et du sacrifice et méritent, elles aussi, de la reconnaissance.

Les oubliées de la grande muette

Au début du mois de décembre, et à deux reprises, Melania Trump a rendu hommage aux familles de militaires : le 8 décembre, elle les remerciait « au nom de la nation », reconnaissant que « [leur] force face à l’adversité est exemplaire ». Et le 1er décembre, déjà, elle leur avait adressé quelques mots : « Nous parlons régulièrement du courage de nos militaires, et nous avons raison de le faire », a-t-elle dit. « Mais nous devons également mettre en lumière le courage de ceux qui marchent à leurs côtés, les conjoints qui portent le poids de la vie familiale en plus de leurs propres rêves. » L’Amérique est sans nul doute plus patriote que la France et les Américains plus conscients des sacrifices consentis à la fois par les militaires mais aussi par leurs familles pour leur pays — mais les familles françaises n’en sont pas moins méritantes.

Selon le ministère de la Défense, « près de 30.000 militaires français sont actuellement engagés dans diverses missions à travers le monde ». C’est autant de familles amputées d’un des leurs, le jour de Noël. Alors que certains agissent pour compenser, auprès des forces armées, l’éloignement de leur foyer, les familles qui attendent sont souvent les petites oubliées de la grande muette. Le Figaro racontait, l’année dernière, que chaque année, l’association Solidarité Défense envoyait un cadeau aux soldats en opérations extérieures ou intérieures, mais leur famille, elles, n’ont ni la gloire, ni les médailles, et peu voire pas de reconnaissance.

Fierté et sacrifice

Pourtant, on ne les entend ni se plaindre ni récriminer. Albane P. est mariée à un officier qui est en mission Sentinelle pour Noël. Pour elle et ses deux garçons, « c’est un sacrifice douloureux que fait une famille en se quittant à cette période, mais [ils savent] également que c’est nécessaire et que cela fait partie de la mission du militaire. » Le soir de Noël, quand elle et ses enfants iront à la messe de minuit sans lui, son mari sera en patrouille pour permettre à d’autres familles de se retrouver et de fêter Noël en sécurité. Le mari de Pauline S., lui, est à l’étranger, en opération extérieure, et il rentrera dans quelques mois, juste à temps pour la naissance de leur troisième enfant. Elle explique à BV que « cette absence existe, elle s’impose, et elle fait partie de notre réalité. À travers l’Histoire, de nombreuses familles ont connu des Noëls sans mari ni père, et je m’inscris humblement dans cette longue cohorte de femmes qui ont tenu ce qu'on appelle entre nous "la base arrière" pendant que leur mari servait ailleurs. » Alors, elle explique à « [s]es enfants, [que] même absent physiquement, leur père reste présent dans [leurs] paroles, dans [leurs] gestes, dans [leurs] prières ». « Je leur rappelle qu’il pense à nous et que son absence n’est pas un choix personnel, ajoute-t-elle, il sert son pays. J’essaie aussi de nourrir chez eux une fierté juste, de leur montrer que leur papa est un homme engagé, courageux, au service des autres. À Noël, nous confions cette absence et les sacrifices qui en découlent au Petit Jésus de la crèche pour donner du sens à ce que nous vivons. » Il n’empêche que, même si elle fête Noël chez ses parents, « il y a un vide, une absence qui se fait particulièrement sentir à cette période de l’année et que nous apprenons à porter ».

Caroline A. est la mère d’un jeune militaire, engagé à 19 ans. C’est elle qui l’avait accompagné au CIRFA, explique-t-elle à BV, parce que l’essentiel pour elle est que son fils soit heureux. Pourtant, cela fait deux ans qu’il a rejoint son régiment, et c’est le deuxième Noël qu’elle passera sans lui. Chez eux, « les fêtes de famille sont très importantes, surtout Noël », mais, l’année dernière comme cette année, quand Caroline ira à la messe de minuit, c’est avec « un vide ». Elle s’inquiète pour lui, explique vivre avec son téléphone en permanence à proximité et être plus attentive qu’avant aux informations. L’année dernière, le sapin était resté, clignotant dans le salon jusqu’au retour de son garçon, un « festin de Noël prêt dans le congélateur » pour que celui-ci puisse en profiter même si la festivité est un peu anachronique. Cette maman s’adapte et consent à tous ces sacrifices parce qu’elle est fière de son fils qu’elle sait heureux, même s’il lui a dit que, si besoin, il ira jusqu’au sacrifice ultime.

Pour que les Français puissent se retrouver, fêter ensemble Noël, d’autres sacrifient ces moments privilégiés, souvent sans reconnaissance et sans gratitude. Cette année, BV souhaite un Joyeux Noël et remercient sincèrement ces oubliés de la grande muette.

Vos commentaires

54 commentaires

  1. En réponse à Cheche le 24/12/2024 à 12H52 . Beaucoup de gens disent cela , mais combien auraient le courage de signer un engagement . Quel militaire peut planifier sa carrière sur 5-10 ou 15 ans à part un secrétaire de bureau de l’Amirauté parrainé ? Côtoyer certains d’entre eux , ne signifie pas pour autant connaître le quotidien voire même le déroulement de carrière de tous .

  2. Moi, je suis vachement heureux que le Président soit allé faire des pompes avec eux en emmenant commentateur et cameras, bien sûr. Il aurait aussi pu demander à Brigitte de faire le grand écart en dansant le cancan… Ça aurait été la cerise sur la bûche…

  3. Faut quand même relativiser. Dans bon nombre d’unités les relèves OPEX se font entre Noël et Nouvel An pour que chaque militaire, sauf cas exceptionnel, passe au moins une fête en famille.

  4. Bonjour,
    je regrette le sous-titre qui fait l’impasse sur tout ce que nos unités font pour les familles des militaires engagés en mission pendant Noël et donne à penser que l’institution militaire n’y prête aucun intérêt. J’invite la rédactrice à se rendre dans un régiment ou une base aérienne ou navale pour se rendre compte que les familles ne sont pas délaissées et que le maximum est fait pour qu’elles se sentent entourées.

    • Heu, je suis parti en mer nombre de fois, je suis parti 18 mois en Nouvelle Calédonie mon épouse n’a jamais reçu la visite d’un quelconque membre du ministère de la défense

  5. ceux qui sont actuellement en mission, se sont engagé, je l’espère, sans avoir subit de bourrage de crâne anti russe, à l’époque. J’aurais des doutes avec les nouveaux arrivants

  6. Je respecte l’armée et les militaires, je souhaite juste faire un point sur la question. Ils partent à la retraite plus tôt, ils peuvent passer de nombreux permis gratuitement, ils ont des opportunités énormes de reconversion, ils ont des métiers de reconversion prioritaire, ils ont d’excellents médecins qui s’occupent d’eux, dans certains corps des armées ils peuvent être logés gratuitement avec leur famille, ils ont des possibilités de voyager…je pense qu’ils ne sont pas si malheureux que ça pour connaître très bien beaucoup de militaires.

    • Ils partent à la retraite plus tôt: qui vous dit que c’est volontaire?
      Passer des permis gratuitement: C’était bon pour les appelés
      ils ont des métiers de reconversion prioritaire: Faux, c’est très théorique.
      ils peuvent être logés gratuitement avec leur famille: Faux! Seulement les gendarmes.
      ils ont d’excellents médecins qui s’occupent d’eux. Ils ont des médecins, comme tous les Français (et les autre)
      ils ont des possibilités de voyager : Il faut voir dans quelles conditions, et souvent pas dans des lieux paradisiaques!
      Et ils sont très loin des 35 heures.

      • En tant que gradé; sous-off , off, ils doivent savoir conduire , piloté le véhicule qu’il elle commande au cas ou votre conducteur ou pilote a un malaise ou est blessè, de ce faite le permis de conduire est une des conditions essentiel pour avoir sont grade en sorti d’école, ensuite c’est un stage en école d’application pour apprendre a piloter un engin.
        Dans les années 80 pour ce qui concernait le pilotage et le tir des engins blindé , c’était a Carpiagne ( entre Marseille et Cassis ) que cela ce passait pendant 3 mois.
        Ainsi a Saint Maix si vous n’avez pas le permis vous sortez en tant que cabo-chef et vous devez passez le permis en Régiment pour validé Saint-Maix et devenir sergent.
        Pour le reste c’est exact ; les célibataires peuvent logé dans le régiment si celui dispose d’un hôtel ( on paye la chambre ) sous-off – off et qu’il y a des chambres de libre.
        Effectivement pour les horaires on repassera pour les 35h

    • La réalité est beaucoup plus nuancée et nettement moins rose que ce que vous décrivez pour de nombreux militaires. Militaire est un métier de jeune, car il faut encaisser des contraintes physiques, mentales et opérationnelles difficiles (temps de travail très élevé). C’est une des raisons pour lesquelles ils quittent l’armée assez jeunes encore. Ils doivent alors se reconvertir, et personne ne les attend. Pas toujours simple de commencer une nouvelle activité lorsque l’on a quarante ans, une famille à subvenir, des enfants à élever, et qu’il faut recommencer à zéro. Passer des permis, pour certains seulement, c’est parce qu’ils en ont besoin pour le service et la mission. Pour le logement gratuit, vous repasserez. La plupart des militaires paient un loyer, sauf une partie (je pense aux les gendarmes mais avec quelles conditions de logement souvent!)
      Les médecins militaires sont formés à la faculté comme les autres. Hormis un grade, le port de l’uniforme, et une solde pas si élevée que cela (moins que ce que touche un médecin libéral), ce sont les mêmes que dans le civil.

    • Comme médecin militaire retraité je vais répondre à votre commentaire: quand vous êtes militaire vous pouvez bénéficier de votre pension de retraite après un minimum d’années et celle-ci est calculée selon le nombre d’annuités, si vous êtes exposé à des risques particuliers: séjours dans certains pays, guerres etc. Après vingt annuités par exemple vous percevez une pension égale à 40 % de votre solde de base, en général un militaire part au bout de 40 annuités soit avec une pension de 80 % de la solde de base, sans aucune prime. Quand à la qualité des médecins militaires je ne peux que vous rejoindre.

    • Vous faites partie de ces personnes qui trouvent normal de donner sa vie pour 2500€ en fin de carrière pour un sous-officier, et que dire pour un Légionnaire ? Il faut un turn-over pour garder des troupes jeunes, on ne fait pas ce métier à 59 ans (limite d’âge officiers,sous-officiers) comme à 35 ans. Quant au départ jeune, la retraite est proportionnelle, et votre question des permis est plus que déplacée, ce sont les raisons opérationnelles qui induisent d’avoir ces qualifications pour les permis. Il semble que vous connaissez très mal l’institution militaire, car seuls les gendarmes bénéficient d’un logement gratuit…. en caserne !!! Les possibilités de voyager ne concerne que le militaire, pour le service, et non les familles. Les opportunitéss de reconversion énormes, sont surtout pour de hauts gradés ou de super techniciens… Vous êtes pitoyable pour ne pas dire jaloux, alors, engagez-vous ! Et surtout ne dites pas que vous aimez les militaires et l’armée.

    • Donc ce sont des privilégiés dont vous enviez le sort ? Et bien sûr, vous aussi, en échange, auriez été heureux d’aller en Afghanistan, au Kosovo, au Mali, en Roumanie, voire faire partie du contingent que le président espère envoyer en Ukraine ? Ce serait un beau voyage, non ? Engagez-vous, vous pourrez aussi bénéficier de tous ces « avantages »…

  7. On se réveille…! Mais pourquoi maintenant..! Tous les personnels qui sont tenus de travailler d’assurer leur mission lors des fêtes ne le font pas par passion bien évidemment… Quoi que..! Eux fêteront ces moments sans leur famille. Ils assument ces contraintes par don de soi. Ils défendent une idée forte de service par abnégation bien évidemment pour leurs concitoyens. Faut il les plaindre ? Non! Chacun voit à hauteur des valeurs intrinsèques de leur métier le service nécessaire apporté . Nous devons les respecter, les honorer et savoir voir ce sacrifice qu’il nous offre.

  8. Ils ne sont pas les seuls cela fait partie du métier et ils le savent très bien, as t’on une pensée à ceux et celles qui travaillent dans l’hôtellerie et qui ne passent pas de fêtes de Noël en famille, nous pourrions aussi citer les personnels d’Edf qui travaillent dans les centrales nucléaires, et bien d’autres encore…

  9. C’est un non sujet. J’ai passé des Noëls au services des armes de la France loin de ma famille, c’était ma mission, celle pourquoi le pays me faisait confiance, et ma famille était fier de moi.

  10. C’est bien d’y penser, mais d’un autre côté c’est aussi leur métier, il y a des médecins, des infirmiers, des aides soignant, des électriciens, des boulangers etc aussi pour qui les fêtes de Noël ne se passeront pas à la maison en famille.

    • Incroyable cette réflexion, entendue maintes fois, tout comme les pompiers en cas d’accident; Passer Noël avec de jeunes enfants sans leur père est une épreuve que je ne souhaite à personne !

    • Bin voyons! Mourir pour la patrie, c’est le sort le plus beau, alors si en plus on te donne trois francs six sous pour le faire, tu n’as pas à te plaindre!

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