[LE GÉNIE FRANÇAIS] L’école moderne, une invention chrétienne qui a plus de 300 ans

Les méthodes du prêtre Jean-Baptiste de La Salle ont révolutionné l’enseignement pour toujours.
Capture d'écran La Salle France Education
Capture d'écran La Salle France Education

Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719) est un éducateur visionnaire et fondateur de l'école gratuite pour tous et pour les pauvres ; puis de la première école normale des instituteurs. Selon certains manuels scolaires, on ne devrait leur existence qu’aux révolutionnaires, ou à Jules Ferry sous la IIIe République. Charlemagne, sous la monarchie, est souvent oublié, parfois raillé ! Et par l'ordonnance du 13 décembre 1698, le roi Louis XIV oblige les parents de France à envoyer leurs enfants dans les écoles paroissiales.

L’école avait déjà connu un formidable essor dès les années 500 sous l’influence de l’Église, des philosophes et théologiens renommés. Saint Augustin ne craignait pas d’enseigner Aristote, lequel disait déjà : « Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne, sans la cautionner pour autant. »

Le vrai bonheur par celui des autres

Jean-Baptiste de La Salle, né à Reims, d’une vieille famille aisée, est l’aîné de dix enfants. Son enfance est marquée par la lecture des vies de saints que lui fait sa grand-mère. Cela l’influence. Il veut devenir comme eux, car il comprend que le vrai bonheur passe par celui des autres, à l’image du Christ. « Il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir. »

À cette époque, malgré l’évolution de l’école, celle-ci demeure le privilège des riches. Les enfants sans argent restent illettrés. Dans les campagnes, ils aident leur famille en participant aux travaux agricoles. Mais dans les rues, beaucoup mendient ou volent pour manger.

Jean-Baptiste veut devenir prêtre et entre au séminaire. Il y apprend le sens du service. Alors qu’il visite un couvent, il est présenté à un certain Adrien Nyel (1621-1687), un éducateur qui le sensibilise à la situation des enfants pauvres, et lui fait part de son projet de développer des écoles spécialement pour eux.

Former des laïcs à l’enseignement

Adrien, avocat, est responsable du Bureau des pauvres valides à l’hospice de Rouen. Or, une riche veuve lui a demandé d'établir une école pour les pauvres à Reims. Il est le premier à octroyer à des laïcs la fonction d’enseignant qui est habituellement réservée à des membres du clergé. Cela donne l’idée à Jean-Baptiste de former des adultes à l’enseignement et d’ouvrir des écoles gratuites pour tous. La Salle crée donc des centres de formation destinés aux professeurs.

Ce projet va inciter un certain nombre de familles riches à faire des dons. Grâce à elles et à un autre prêtre, Nicolas Barré, des écoles gratuites pour petites filles voient le jour, en même temps que sont formées des maîtresses en parallèle. Après les filles, on demandera à Jean-Baptiste la même chose pour les garçons. Lui va plus loin en proposant des écoles d’apprentissage pour les délinquants, puis des écoles techniques. Il loge même certains instituteurs pauvres. Le succès est tel qu’il fonde à Reims, en 1680, la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, toujours active aujourd’hui.

Des maisons d’éducation pour les enfants des rues

Il ouvre également des écoles du dimanche et des maisons d’éducation pour les enfants des rues. On s’oppose à ses idées et on se moque de lui parce qu’il a de l’argent. Alors, sur le conseil de Nicolas Barré, il « renonce à [ses] biens et vit pauvre avec les maîtres d'école ».

Jusque-là, l’enseignement est individuel (un maître avec chaque élève à tour de rôle). Jean-Baptiste innove avec l’enseignement collectif et l’instruction en français, beaucoup plus efficace qu’en latin, surtout pour les familles modestes.

Il met ensuite sa méthode d’éducation et d’enseignement par écrit pour la publier et les écoles ne cessent de se développer. Les critiques contre Jean-Baptiste de La Salle continueront, mais après sa mort, à 68 ans, en 1719, Louis XV officialise le droit d’enseigner aux Frères des écoles chrétiennes. Puis le pape également, qui aura son école à Rome.

Aujourd’hui, il y a des écoles lasalliennes dans 77 pays sur les cinq continents : 33 communautés en France, 624 dans le monde, ce qui représente environ 873.000 élèves pour 15.000 enseignants. 250.000 étudiants sont répartis dans 44 établissements d’enseignement supérieur de 13 pays : tel est le réseau des universités lasalliennes (IALU) dans le monde.

Transmettre ou disparaître

Et pourtant, la guerre scolaire n’a jamais cessé, depuis la Révolution. Elle a repris au début du XXe siècle et de plus belle avec les socialistes, il y a plus de quarante ans. Dans le même temps, la crise de l'enseignement continue de s'aggraver. La baisse du niveau scolaire est flagrante. Au lieu de transmission, d’apprentissage de connaissances, en tirant des leçons et en se remettant en cause, l’Éducation nationale impose une éducation idéologique, matérialiste, confondant laïcité et athéisme. Faut-il répéter que le laïc est à l’origine un chrétien pratiquant qui ne fait pas partie du clergé ?

Plutôt que d’apprendre à lire, écrire et compter, l’État veut initier les enfants à la politique, à l’écologie et à la sexualité. Et aux droits des enfants. Le sens du devoir est dominé par l'individualisme et l'utilitarisme. Le rapport au savoir semble désincarné et privé de sens.

Les droits de l’homme

L’article 26-3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 est pourtant clair : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » Combien de temps faudra-t-il le marteler encore ?

L’école catholique est-elle encore libre de transmettre la foi ? Malgré la gigantesque manifestation pour défendre l’école libre sous Mitterrand et les socialistes en 1984, avec deux millions de Français dans la rue, il y a depuis vingt ans une recrudescence d’attaques, avec des rapports parlementaires et des mises en cause devant la Justice. Les inspections administratives se multiplient. L’objectif « stalinien » étant d’imposer une pensée unique, autrement dit : « Penser différemment est fasciste ! »

Manifeste d’un prof artisan

Transmettre ou disparaître. Manifeste d’un prof artisan, le livre récent de l’auteur Ambroise Tournyol du Clos*, est à mettre dans toutes les mains. Il nous rappelle tout l’intérêt d’un enseignement qui permet de redécouvrir la nature artisanale du métier d'enseignant, fondé sur l'observation et l'expérience. Avec un objectif à atteindre : le bien commun. « Rappelons Rabelais : "Science sans conscience n’est que ruine de l’âme". »

Comment faire comprendre que la France, comme tout l’Occident, doit d’abord ses innombrables inventions et ses innovations au génie du christianisme ?

 

*Éditions Salvator (2021)

 

Jean-Baptiste de La Salle (CC BY-SA 4.0)

Picture of Antoine de Quelen
Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

8 commentaires

  1. Monsieur, votre article, concis, devrait être enseigné à tout ministre de l’Éducation Nationale. Merci.

  2. Bonjour monsieur. Votre patronyme , de Quelen , me rappelle le nom de l’archevêque de Paris lors des émeutes de Juillet 1830 (qui vit la dévastation de l’Archevêché) , seriez vous, par hasard , rattaché à cette famille ? Il eut , je crois , une attitude courageuse lors de l’épidémie de choléra de 1832….

  3. C’est marrant de constater que souvent les Français croient, et se font croire, que tout a été inventé en France alors que, bien souvent, le plus souvent, les idées ont été importées de chez nos voisins : RU, Italie, Allemagne, Pays-Bas, Suède Danemark…

  4. Ce très bel article omet de préciser que, finalement, Jean Baptiste de la Salle a torturé des millions d’élèves !

    • Cher Monsieur Becalm, au 1er degré votre message fait peur. « Torturer » mériterait des guillemets et carrément un double point d’exclamation pour que les lecteurs voient bien que vous plaisantez.

  5. Je chante souvent la chanson que j’ai apprise à Saint Joseph :  » Honneur à toi glorieux de la Salle, apôtre des enfants et gardien de leur foi etc…. « 

  6. Loi instituant une fête nationale de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme.
    Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté,
    Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
    Art. 1. — La République française célèbre annuellement la fête de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme.
    Art. 2. — Cette fête a lieu le deuxième dimanche de mai, jour anniversaire de la délivrance d ’Orléans.
    Art. 3. — Il sera élevé en l’honneur de Jeanne d ‘ Arc, sur la place de Rouen, où elle a été brûlée vive, un monument avec cette inscription :
    À Jeanne d’Arc
    LE PEUPLE FRANÇAIS RECONNAISSANT
    La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et par la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l’Etat.
    Fait à Rambouillet, le 10 juillet 1920 (Journal Officiel du 14 juillet 1920, page 10.018)
    Par le Président de la République française : P. DESCHANEL.
    Le ministre de l’intérieur, T. STEEG.
    Le garde des sceaux, ministre de la justice, président du conseil par intérim, LHOPITEAU

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