Karol Nawrocki veut une Pologne conservatrice et souveraine

Le nouveau président tentera de bloquer l'hégémonie aux accents totalitaires des progressistes en Pologne.
@Silar-Wikimedia Commons
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Vainqueur de l’élection présidentielle polonaise le 1er juin, le souverainiste Karol Nawrocki se retrouve face au Premier ministre libéral Donald Tusk. Quelles sont les lignes de fractures sur lesquelles ils s’opposent ? Quelles seront leurs marges de manœuvre ? Quelles politiques intérieure et étrangère pourraient être mises en œuvre par la Pologne, dans les prochains mois ? Pour bien comprendre les enjeux du pays, nous avons fait appel à deux spécialistes de la Pologne : Olivier Bault, directeur de la communication de l’institut Ordo luris, et Patrick Edery, directeur général de Partenaire Europe.

Libéraux contre conservateurs

Si l’élection de Karol Nawrocki contrecarre les plans des progressistes, qui espéraient disposer d’un complice à la présidence afin d’asseoir totalement leur pouvoir sur le pays, il faut rappeler qu'en Pologne, il y a « un régime parlementaire où c'est le gouvernement qui gouverne. Le président n’a qu’un droit de veto sur les lois qui sont votées », explique Olivier Bault, qui précise que « pour casser ce veto, il faut une majorité qualifiée des trois cinquièmes des députés, ce dont ne dispose pas la coalition gouvernementale de Donald Tusk ». S’il ne pourra lui-même mettre en œuvre une politique, Karol Nawrocki dispose donc cependant d’un pouvoir de blocage d’ici aux prochaines élections législatives de 2027, à moins que la Diète (chambre basse, équivalant à notre Assemblée nationale) ne décide de dissoudre le Parlement prématurément.

« Le paysage politique polonais est dominé par deux formations issues du syndicat Solidarność (« Solidarité ») », explique Patrick Edery. « La Plate-forme civique de Donald Tusk (PO), c’est le centre droit progressiste, correspondant au PPE européen, à la CDU en Allemagne et aux Républicains en France. Il gouverne aujourd’hui grâce à une coalition qui va jusqu’à l’extrême gauche. » En face, on trouve le parti Droit et justice (PiS), « une formation conservatrice, qui ressemble beaucoup au gaullisme français "à l’ancienne", d’avant 68 », précise Patrick Edery. Soutenu par le PiS sans toutefois en être membre, Karol Nawrocki doit aussi sa victoire aux voix des électeurs de la droite libertarienne du parti Konfederacja (« Confédération ») et, dans une moindre mesure, de ceux de la formation royaliste de Grzegorz Braun.

Mais si elle a su rassembler sur le nom de Karol Nawrocki, la droite a cependant été illégalement privée de financements publics par Donald Tusk et a dû se contenter de communiquer sur Internet, les médias télévisés étant tous progressistes. « Il faut comprendre qu’en Pologne, la plupart des journaux papiers "de référence" appartiennent à Soros, qui finance aussi (ainsi que l’USAID jusqu’à récemment) des plates-formes numériques comme Stratos, qui alimentent la propagande progressiste et interviennent dans les élections », explique Patrick Edery.

L’immigration et le sociétal

L’immigration s’annonce comme l’un des grands sujets d’opposition frontale entre le gouvernement et la nouvelle présidence. « Depuis le retour de Donald Tusk au pouvoir, l'Allemagne (dans le cadre de la convention de Dublin) renvoie beaucoup d'immigrants, dont elle dit qu'ils sont passés par la Pologne pour venir en Allemagne. Et le gouvernement Tusk est très coopératif avec l'Allemagne là-dessus », rapporte Olivier Bault. Ce dernier précise que « l’an prochain entre en vigueur le Pacte migratoire européen, qui prévoit une redistribution des migrants qui arrivent par l’Italie, l’Espagne, la France et la Grèce ». Et il ajoute que « grâce à la majorité des pays laxistes au Conseil de l'Union européenne, ces migrants vont pouvoir être relocalisés en quantité vers des pays comme la Pologne, la Tchéquie ou la Hongrie. Donald Tusk, qui souhaite se conformer à ce Pacte migratoire européen, prétend qu’aucun migrant n’arrivera en Pologne, mais chacun sait que c’est faux. » À cela s’ajoute « la pression migratoire venue de la Biélorussie, qui encourage les migrants du Proche-Orient et d'Afrique subsaharienne à venir chez eux pour ensuite les pousser vers les frontières polonaise et lituanienne », nous dit Olivier Bault. Il faut donc s’attendre à des initiatives présidentielles sur ces questions, avec de possibles veto à la clé.

Autre sujet majeur : le sociétal. La Pologne reste très majoritairement catholique, mais Patrick Edery note que « les jeunes Polonais sont désormais divisés sur l’avortement ». En Pologne, il n’est pour l’instant autorisé qu’en cas de viol ou de risque grave de santé. Or, remarque Olivier Bault, « les progressistes, via l’action des militants LGBTQ+, tentent d’étendre cette notion de danger non plus seulement à la santé physique mais aussi psychologique ».

L’Ukraine et la Russie

Si Karol Nawrocki affiche une grande admiration pour Trump, alors que Donald Tusk regrette à l’évidence la chute de la maison Biden, « les Polonais sont tous atlantistes, et soutiennent l’Ukraine, afin de se protéger face à la menace russe », rappelle Patrick Edery. Il cite à l’appui la réponse, sur X, de Karol Nawrocki à Zelensky, qui le félicitait pour son élection : « Aucune autre nation ne comprend mieux cette menace que nous, et j'espère que nous continuerons à œuvrer ensemble pour le bien commun, pour régler le passé instable et construire ensemble un avenir sûr. » Signé le 9 mai 2025, le traité de Nancy « pour une coopération et une amitié renforcées entre la France et la Pologne », et qui comporte un volet défense, pourrait-il être un coup de canif à l’atlantisme polonais ? Pour Olivier Bault, « ce texte signé par les libéraux ne comporte que des promesses assez floues, qui n'engagent que ceux qui y croient. Un truc pro-Union européenne à la façon de Macron. Mais les Polonais ne croient pas du tout à des garanties de sécurité européennes. »

Sur l’Ukraine, note Olivier Bault, Karol Nawrocki « s’est différencié de son adversaire libéral Rafał Trzaskowski en promettant de s'opposer aux importations de denrées alimentaires ukrainiennes. Des importations massives qui nuisent à l'agriculture polonaise car, produites avec des normes différentes, elles créent une concurrence déloyale. » Mais le nouveau président s’est aussi démarqué des progressistes (et de son prédécesseur conservateur à la présidence Andrzej Duda) en s’engageant à s'opposer à toute adhésion de l'Ukraine à l'OTAN.

En écrivant, dans son message au nouveau président polonais, « renforçons ensemble le lien qui unit la Pologne et la France, dans l’esprit du traité de Nancy et de l’amitié entre nos pays. Continuons de bâtir une Europe forte, indépendante, compétitive et respectueuse de l’État de droit », Emmanuel Macron a-t-il vraiment pris la mesure de ce qui se passe en Pologne ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 07/06/2025 à 6:57.

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Les Polonais ont bien du bol quand on voit ce qu’on doit subir ça donne envie de pleurer

    • Elle n’a pas perdu la main, elle n’a pas osé, la Pologne, c’est Donald Tusk, tranquille au pouvoir soutenu par Brussels et ses collègues du niveau. Fausser, tricher et se trouver reconnu, OK pour la Roumanie, les gens ne connaissent ( comme moi) pas les noms des protagonistes,c’est loin, on connait peu le pays etc… mais pour notre tusk, lui, on sait qu’il vient de la Commission de Bruxxxelles, c’est du gros, du lourd, alors il faut « faire gaffe » !

  2. A ceux qui ont quitté la France, mieux vaut se battre pour la retrouver telle qu’elle tait et mettre du plomb dans la tête aux électeurs qui écoutent trop le chant des sirènes, pour arriver à quoi? voilà bientôt 50 ans que nous sommes bernés et dirigés par des incompétents sans tripes, professionnels de la « parlotte » pour apaiser mais surtout ne rien changer en cultivant le pas de vagues pour en arriver à quoi? regardez où nous en sommes.

  3. Il faut en finir avec ce vocabulaire de victimisation permanente du genre ,raciste pour un oui pour un nom, xénophobe, extrème droite, j’en passe et des meilleures et suivre plutôt des pays comme la Pologne, l’Italie et d’autres pays du nord de l’Europe précurseurs d’un laxisme débridé et qui prennent enfin conscience du danger de « mort » que court chaque pays qui compose cette l’Europe, l’Europe chrétienne et ses valeurs ancestrales.
    L’Europe est aux européens et rien d’autre. Vous voulez y entrer alors respectez là à tous les niveaux et si là d’où vous venez vous rend nostalgique, retournez y et fichez nous la paix.

  4. En dehors du fait que constitutionnellement le président ne joue pas un grand rôle en Pologne, il est important de voir que Macron ressemble de plus en plus aux pique-assiettes qui s’incruste dans toutes les réceptions. Et quant à savoir s’il a pris la mesure de ce qui se passe en Pologne, comment cela serait-il possible de la part de quelqu’un autant hors-sol que lui ?

  5. S’ils veulent faire de la Hongrie et de la Slovaquie des nouveaux Belgikistan ou Londonistan , je leur souhaite bien du plaisir et cela assurera la re élection d’Orban ! Les gens de l’est , à part une pseudo intelligentsia pervertie, regardent avec effroi et horreur ce qui se passe dans les pays de l’ouest. Après avoir subi 45 ans d’occupation socialo-marxiste , ils n’ont pas envie de devenir des républiques ecolo-islamiques …Venez vous réfugier en Hobgrie ou en Slovaquie et ne restez pas dans cette demicrature qui s’apprete à restreindre vos libertés sur internet.

  6. Demandez-donc aux Polonais ce qu’is pensent de Macron…mais non ,demandez rien car ce qu’ils répondent ne rentrerait pas dans la charte de la bien bienpensance

  7. Avec mon épouse on vient d’emménager en Pologne, il y a 1 mois …. C’est un choc pour nous ! On se sent en sécurité partout, les femmes s’y promènent la nuit en tout sérénité, pas d’agressions dans les rues, des drapeaux polonais de partout, propreté dans les rues et surtout dans les toilettes publiques et je pourrais continuer longtemps. Et puis comme dit l’un des commentaires précédents qu’est ce qu’on y mange bien …

  8. Le bloc souverainiste grandi de jour en jour , au grand dépit de Thierry Breton et d’Ursula von der Leyen .

  9. Ayant travaillé en Pologne en 2006 .
    Un pays où on est en sécurité.
    On y mange bien .
    Et des endroits touristiques a voir .

  10. Nous voulons la même chose en France , un pays souverain et conservateur et sans barbares et sans Macron le plus vite possible .

    • C’est fait, tout vendu en France et depuis 1 an en Hongrie, splendide pays, sécurisé, électricité à bas prix, la vie y est beaucoup moins chère qu’en France, les gens sont sympas et détendus, pas de violence , quand au impôts….il n’y a pas photo.

      • et les retraités qui vont y vivre ne sont pas imposables, la propagande chez nous nous ment honteusement sur la Hongrie, la Pologne et la plupart des pays où les dirigeants ne sont pas corrompus comme le sont les nôtres.

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