Fliquer les pêcheurs amateurs : la dernière trouvaille inutile de Bruxelles

Les pêcheurs amateurs sont pour la plupart consternés par la nouvelle réglementation, punitive sans raison.
© Photo Pexels - Josh Sorenson
© Photo Pexels - Josh Sorenson

« On est en colère, parce qu’il faudra tout déclarer », confie Michel, au micro de TF1. Michel imagine déjà sa passion de pêcheur amateur perdre beaucoup de son charme, à l’avenir. Une nouvelle réglementation va en effet contraindre les pêcheurs en mer amateurs à s’enregistrer, puis à déclarer le produit de leur pêche. « On va rentrer de la pêche, il faudra aller sur Internet », se désole-t-il. « Moi, j'ai 74 ans, je ne suis pas un adepte d'Internet », et il sait qu’il n’est pas le seul à être consterné, ici, à Pornichet. « Tous les anciens du coin prennent ça très mal », constate-t-il. Aux côtés des opposants, d'autres pêcheurs oscillent entre attentisme et hostilité : « C'est compliqué. Il y a des pêcheurs qui sont anciens. Ils n'ont pas forcément accès à Internet ou aux smartphones. Donc, il faut voir comment cela sera mis en place », s’inquiète une femme.

Entre bonne volonté et consternation

Si certains sont fatalistes, la plupart des pêcheurs concernés ne sont cependant pas dupes. « C’est un permis de pêcher, ni plus ni moins », constate l’un d’entre eux, alors qu’un autre trouve indécent d’assimiler les pêcheurs amateurs aux industriels. « Nous, c'est pour du loisir. Déjà, dans notre métier, on fait trop de paperasses. Si, après, dans le loisir, on doit faire de la paperasse, autant arrêter de pêcher », lâche un pêcheur.

Encore une trouvaille bruxelloise

Le son de cloche est évidemment tout autre, du côté des autorités concernées. Il s’agirait de « mieux connaître la population de pêcheurs et de connaître leurs prélèvements sur les espèces sensibles », explique ainsi, à Ouest-France, la responsable du service pêche maritime de la DGAMPA (Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l'aquaculture). Ce qui caractérise le pêcheur amateur, c'est pourtant que le produit de sa pêche est soit limité à sa consommation personnelle, soit rejeté vivant à la mer. Ni excès, ni gâchis, donc.

Mais d’où vient donc cette idée saugrenue d’identifier les pêcheurs amateurs et de contrôler leurs prises ? Les activités de la pêche dite « récréative » dépendent du ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, vaste fourre-tout dont le fil rouge est la pratique d’une écologie le plus souvent aussi idéologique que contraignante, voire punitive. À sa tête, un ministre au tableau de chasse impressionnant en la matière, Agnès Pannier-Runacher, alibi écologiste de gauche de l’Élysée.

Fin 2024, déjà, le site du ministère alertait sur une prochaine « révision du contrôle de la pêche » et précisait qu’il s’agissait là non pas d’une initiative franco-française mais d’« un nouveau règlement européen pour moderniser le dispositif de contrôle des pêches ». En grattant un peu, on apprend ainsi que « le règlement (UE) n°2023/2842 du Parlement européen et du Conseil a été adopté le 22 novembre 2023 à l’issue d’un processus de négociation et législatif initié depuis fin 2018 ». Ce nouveau règlement européen est « entré en vigueur le 9 janvier 2024 » et ses dispositions « s’appliqueront de façon échelonnée entre janvier 2024 et janvier 2028, voire janvier 2029 ». Emblématique des mesures punitives commanditées par Bruxelles, il prévoyait notamment « la mise en œuvre d’outils de surveillance électronique pour l’ensemble de la flotte », des « sanctions administratives », des « dispositions sur la pesée au débarquement », autant de mesures destinées à enchanter un peu plus encore la vie des professionnels de la pêche... Mais pas de jaloux : le nouveau texte prévoyait aussi « un élargissement du champ du règlement "contrôle", qui ne se limitera plus à la pêche professionnelle embarquée, mais intégrera désormais la pêche sans navire et la pêche récréative ».

Usine à gaz

En bon soldat, notre ministère s’est donc empressé d’adapter l’oukase bruxellois à sa façon, c’est-à-dire en en respectant l’aspect inutilement contraignant et en créant un modèle d’usine à gaz. Le projet d’arrêté « précisant les conditions d’exercice de la pêche de loisir dans le domaine maritime », applicable au 10 janvier 2026, prévoit « l’enregistrement annuel des pêcheurs récréatifs et la déclaration de leurs captures de façon journalière ». Les espèces de poissons à déclarer obligatoirement sont, selon les zones de pêche : le lieu jaune, le bar, le thon rouge, la dorade rose et la dorade coryphène. Pour le reste, un grand flou artistique, marque de fabrique de la techno-bureaucratie républicaine, entoure autant l’aspect informatique du projet (plate-forme électronique européenne RecFishing, en cours de développement) que l’âge des pêcheurs concernés ainsi que de multiples dérogations et cas particuliers.
Découvrant cela, feu Georges Pompidou se dirait sans doute qu’à Paris et Bruxelles, on se donne décidément toujours plus de mal pour « emmerder les Français ».

Vos commentaires

79 commentaires

  1. Contrôlez d’abord les pêcheurs professionnels qui posent leurs filets à moins de 50m des côtes alors que la navigation y est interdite. Ils barrent carrément l’accès de l’océan à la Gironde et pêchent même pendant la période de reproduction sur les frayères. Ils vendent du poisson noble largement en dessous de la taille autorisée. Alors laissez tranquille les pêcheurs amateurs et essayez à Bruxelles comme à Paris de tenter de justifier un tant soit peut vos très généreux émoluments en vous occupant de choses plus importantes les jours où vous honorez de votre présence un siège trop souvent inoccupé…

  2. En fouillant un peu je pense que l’on pourra trouver quelque chose sur les escargots, voire sur le nombre de fourmis écrasées et les moucherons percutés par les écolos à vélo lors de leurs déplacements. Si cela n’existe pas il faudra légiférer, au boulot les eurodéputés.

  3. On contrôle la pêche et les pêcheurs mais pas, ceux qui récoltent avec un outillage impressionnant les noix sur nos routes, les champignons dans nos forêts, la cueillette du mimosa dans le midi, ceux qui s’enfoncent une fois par an pour égorger des moutons dans nos bois etc. etc. Bref, on contrôle surtout les quatre F, fort avec les faibles et faibles avec les forts. Les pêcheurs comme tous les artisans et commerçants sont des proies faciles pour les autorités financières, impôts, taxes et taxes sur les taxes. Sortir de l’Europe est la seule manière d’arrêter ces dérives. Alors, à quand le Frexit ?

  4. L’U.E. aura vraiment tout fait pour nous étouffer et nous faire mourir. Quand faudra-t-il une autorisation de l’U.E. pour ramasser des champignons ou cueillir un trèfle à quatre feuilles ? A ce régime là l’U.E. s’autodétruit et mourra avant nous……on peut l’espérer.

  5. Trop tard pour appliquer un control sur les pêcheurs de loisirs de bord de mer. La COVID a déjà décimé cette population de plus de 70% avant COVID et après COVID, de même qu’elle a entrainé la fermetures d’une grande parties des Boutiques d’articles de pêche et de ventes d’appâts sur tout le littoral. les pêcheurs de loisirs restants sont disciplinés naturellement, la plus part garde un ou deux poissons « maillés » et le reste de la pêche retourne apprendre à nager, ça c’est pour les jours ou ça mord !, une sortie sur huit, c’est pas de poisson à la maille. Mettre en place un contrôle, sur une population de pêcheurs (de nuit, en général), qui prend peu de poissons, qui respecte la Maille, le nombre, la période de Fraye, en 40 ans de pêche, je n’ai pas connu de tricheurs. La majorité des pêcheurs de loisirs passionnés sont membres de Forum de Pêches, facilement identifiables (Photos et Vidéos de la plus part de leurs sorties), Bruxelles ferait bien de trouver un moyen pour réduire le nombre de fonctionnaires de la calculette. Nous on ne peut trop se critiquer, nous n’avons même plus de Ministre de la pêche, le dernier connu était Fabrice Loher nommé par le gouvernement Barnier. Après ça va trop vite pour moi, les changements trop rapides m’indisposent.

    • La mafia européenne ne sait plus quoi faire pour emmerder le monde. Frexit devient nécessaire pour faire taire tous ces politicards profiteurs débiles.

  6. Ne serait-il pas indispensable de déclarer chaque moustique écrasé sur son bras. Et si le dit moustique est tué sur le bras du voisin établir les niveaux de complicité. (500 fonctionnaires de plus à embaucher).

  7. Nous pouvons dire que l’UE ne nous aime pas, ils font tout pour nous pourrir la vie
    Et pour ceux qui n’ont pas internet ils font comment ? ils vont à la gendarmerie avec leur pêche ? Pour quelques poissons ? Ca va sentir bon tiens
    Non mais le flicage de tout et rien ça commence à bien faire
    Et pour les clandestins qui rentrent comme dans un moulin, là aucun contrôle bien sur

  8. Le sujet n’est pas tant de comptabiliser le nombre de gardons de truites ou de brochets, mais de créer et d’entretenir plus d’inutiles fonctionnaires.

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