Enseignants : nouveaux concours, une réforme dans la douleur

Une situation exceptionnelle, avec la coexistence des concours bac + 3 et bac + 5, et une gestion chaotique.
concours classe prépa

En ce mois de mars, parallèlement au gros bruit des municipales, qui agitent des milliers de candidats et de militants, d'autres cohortes préparent leur avenir et celui de vos enfants : les candidats aux concours d'enseignement qui passent actuellement les écrits. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Eh bien, si, justement : une réforme, voulue par Emmanuel Macron, a institué un nouveau concours, plus tôt, à bac + 3, durant l'année de licence.

Deux concours en parallèle

Ainsi, pour le premier comme le second degré est apparu un nouveau concours, aux exigences moindres, qui coexiste durant deux ans avec l'ancien concours, à bac + 5 : il y a donc des concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) et des certificats d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES) + 3 et + 5. Cette complexité de la transition s'est accrue du fait que trois générations pouvaient passer ce nouveau concours (L3, Master 1 et Master 2). En tout cas sur le papier, et pour certaines disciplines, car, en histoire-géographie, les épreuves ayant lieu les mêmes jours, les candidats doivent choisir. La finalité de la réforme était louable : rendre les concours plus attractifs, en les plaçant plus tôt et, surtout, en rémunérant les lauréats à hauteur de 1.400 euros la première année de leur Master M2E (c'est le nom du nouveau diplôme remplaçant les Master MEEF), puis 1.800 la suivante. Certes, il y a eu un afflux de candidats et le ministre Édouard Geffray, en décembre, avait affirmé que le nombre de candidats aux concours d’enseignants « avait doublé », à la fois pour le concours de professeurs des écoles, avec 88.000 candidats enregistrés, mais aussi pour le CAPES (collèges et lycées), avec à peu près le même nombre de postulants. Sauf que ce doublement était mécanique, puisqu'il y avait deux concours et trois classes d'âge concernées dont l'une, les L3, est plus large. On aurait donc pu s'attendre à un triplement...

De nombreuses incertitudes et de fortes tensions

C'est que cette réforme a découragé bon nombre de candidats car elle a été suspendue aux aléas politico-budgétaires des gouvernements Bayrou et Lecornu. Jusqu'en janvier, les étudiants et les enseignants ne savaient pas si les concours auraient lieu en cas de rejet du budget... Ensuite, l'incertitude est grande sur la formation qui sera proposée dans les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation (INSPE), les composantes universitaires spécialisées dans la formation des enseignants. En effet, le Président Macron avait exigé que cette formation soit très axée sur la pratique. Les stages seront donc nombreux et ces lauréats seront en charge d'une classe pendant un tiers puis la moitié du temps (en M2). Mais le cadrage gouvernemental exigeait aussi que ce soit des enseignants en poste qui assurent la formation en majorité. Là encore, vœu louable, mais qui, appliqué aveuglément, conduit à des aberrations. Ainsi, les INSPE de toutes les universités ont-ils dû élaborer de nouvelles maquettes de LPE (licence spécifique pour les professeurs d'école, accessibles dès ce printemps sur Parcoursup) et de M2E, en tenant compte de cette prescription, mais aussi du réel. Ce qui génère de multiples tensions : trop-plein de formateurs ici, pénurie ailleurs, le tout dans une atmosphère de guerre de tranchées entre les rectorats et les universités. Et ce n'est pas fini puisque, avec cette multiplication des concours et des situations, les observateurs ont dénombré au moins 70 profils différents de ces étudiants qui devront être accueillis en M2E ! En attendant, chut : on révise.

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

30 commentaires

  1. Quel intérêt d’être bac+5 pour enseigner en 6me ? Réponse : aucun. Par contre, le fait qu’ils soient formés et sélectionnés par les « anciens » explique pourquoi le « gauchisme pur et dur » a envahi l’éducation nationale.

  2. Je ne peux m’empêcher de penser au scandale des animateurs de périscolaire à Paris. Vu le détachement qu’à Emmanuel Grégoire sur cette abomination, voir l’excellent article de L’Opinion, il faut demander à ce que les ordinateurs du candidat socialiste soient fouillés ! On risque de découvrir de mauvaises surprises et peut-être même bien des images…

  3. L’enseignement n’attire plus alors que dans les années 70, 80, 90, il y avait foule pour passer le CAPES. Alors on change les règles du concours pour contourner temporairement le problème. Mais personne ne semble chercher à répondre à LA vraie question et à tenter de traiter le problème : pourquoi l’enseignement n’attire-t-il plus en 2026 ? Les causes sont évidentes, mais sans doute trop dures à avaler pour ce milieu où règne la gauche depuis si longtemps et qui porte une si lourde responsabilité dans le déclin actuel.

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