« El Toro de España » : le colosse d’acier qui défie la tour Eiffel
En 1889, la France stupéfiait le monde avec la tour Eiffel, symbole de la République et de la foi dans le progrès industriel. Plus d’un siècle plus tard, l’Espagne semble vouloir répondre à ce défi architectural avec une ambition tout aussi démesurée : ériger un taureau de métal de 300 mètres de haut, une œuvre colossale censée devenir la nouvelle icône du pays. À la croisée de la tradition tauromachique et de la fierté nationale, ce projet ne laisse personne indifférent et fait déjà couler beaucoup d’encre.
Une ambition monumentale
L’idée d’un taureau métallique plus grand que la tour Eiffel peut sembler sortie d’un roman de science-fiction. Pourtant, ce projet est bien réel et a été dévoilé, début août 2025, par l’Académie espagnole de tauromachie. Selon son président Jorge Álvarez auprès de Radio España, l’objectif est clair : construire un monument emblématique et visible dans le monde entier. « L'Espagne n’a pas de grande icône matérielle pour la représenter. Alors, quoi de mieux que le taureau ? Tous les touristes ramènent une statuette de taureau chez eux lorsqu'ils viennent visiter en Espagne [...] qu’on le veuille ou non, le taureau nous représente avant tout à l’étranger. »
La future statue représenterait ainsi un taureau en posture de défi, dressé sur ses pattes arrière, les cornes pointées vers le ciel. Elle atteindrait les 300 mètres de haut, soit plus que la statue de la Liberté ou le Christ Rédempteur de Rio. Sa structure intérieure abriterait des ascenseurs, des plates-formes panoramiques situées dans les cornes, des restaurants, des boutiques, un parc d’attractions sur le thème de la tauromachie ainsi qu’un centre culturel.
À ce jour, aucune estimation financière précise ni étude technique ou environnementale n’a encore été publiée, car tout dépendra des spécificités du terrain retenu. Néanmoins, l’Académie précise que la construction ne sera assurée qu’avec l’aide d’investisseurs privés, qui espèrent être remboursés grâce aux bénéfices générés par El Toro de España, estimés à 100 millions d’euros par an.
Le taureau, un symbole millénaire
À la différence de la symbolique moderne et récente de la tour Eiffel, l’image du taureau est un concept vénéré ou craint depuis les origines préhistoriques, comme en témoignent de nombreuses représentations sur les parois de grottes ou encore dans l’Antiquité, avec les mythes grecs du Minotaure ou le dieu égyptien Apis. L’animal représente ainsi la force, mais aussi la fécondité. Le chasser, lorsqu’il était à l’état sauvage sous sa forme d’auroch, était un véritable défi que seuls les plus valeureux réussissaient.
Néanmoins, l’image du taureau s’impose comme une véritable spécificité espagnole lorsque le pays fait naître la corrida. Codifiée dès 1796 par le matador Pepe Hillo, certains historiens spéculent même que cette tradition aurait vu le jour au XVIe siècle dans les abattoirs andalous de Séville. Dans ces lieux, les travailleurs se seraient ainsi entraînés à défier les taureaux avant de les mettre à mort.
Une controverse nationale
Cependant, c’est ce lien direct avec un passé controversé qui suscite aujourd’hui de nombreuses oppositions au projet « El Toro ». En effet, selon le journal El Mundo, 78 % des Espagnols ne se considèrent pas comme amateurs de corrida et 48 % sont favorables au retrait de sa protection culturelle. Certaines régions et villes, comme la Catalogne ou Gijón, ont ainsi interdit la corrida sur leur territoire.
Le critique d’art Fernando Castro Flórez n’a pas mâché ses mots, auprès de nos confrères du Figaro, en qualifiant le projet de « cas de colossal idiotisme, dans la définition classique de l'idiot comme celui qui se croit seul au monde ».
Pour l’instant, le projet n’est pas encore fixé géographiquement. La ville de Madrid a déjà refusé d'accueillir « El Toro », préférant ne pas s’associer à une initiative aussi controversée. D'autres villes, en revanche, se portent candidates, à l’image de Burgos, où l’idée est soutenue par le parti conservateur Vox. Face à la nouvelle, l’opposition municipale a vivement réagi et l’ancien maire socialiste Daniel de la Rosa a déclaré, sur X, qu’« il n’y a jamais eu d’idée aussi absurde que celle que Vox a rendue publique ». Ainsi, la classe politique espagnole se montre profondément divisée. Pour certains, il s’agit d’un outil de relance touristique majeur. Pour d’autres, c’est un projet déconnecté des réalités culturelles et économiques du pays.
No se lo van a creer, pero les aseguro que no es ninguna broma.
En mis 14 años como corporativo en el @Aytoburgos jamás hubo una ocurrencia tan disparatada como la que ha hecho pública hoy VOX...
Habrá que tomárselo a risa.
https://t.co/0rbmQeY4L6 vía @diariodeburgos— Daniel de la Rosa / ❤ (@danidelarosa) July 24, 2025
Cependant, malgré ces critiques, l’histoire de la tour Eiffel nous rappelle que certaines œuvres ne naissent pas toujours dans l’unanimité. En effet, à sa construction, elle fut vivement critiquée, qualifiée de « monstrueuse » par des figures comme Guy de Maupassant, Charles Garnier ou encore Alexandre Dumas fils. Elle est pourtant devenue, avec le temps, l’un des symboles les plus aimés de la planète et de la France. Ainsi, peut-être « El Toro de España », s’il voit le jour, connaîtra-t-il le même destin.
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54 commentaires
L’homme s’habitue à (presque) tout : non la tour Eiffel, belle réussite technique est esthétiquement « moche » !
Elle devait être démantelée et il est bien dommage qu’elle ne le fût pas.
Un sacré défi architectural, vu la masse du corps et de la tête reposant sur quatre pattes relativement minces par rapport au reste. Un sacré défi aussi pour l’entretien. Mais pourquoi faire aussi haut que la tour Eiffel ?
Contre-pub ? avec quel résultat pour la corrida ? effet inverse ?
Une idée pour Macron , un coq de plus de 300 mètres pour la France .
Concernant le taureau, il y a une référence plus récente que vous oubliez, le culte de Mithra. La France et l’Espagne accueillaient dans l’Antiquité des sanctuaires mithriaques, des mithraeums… La tauroctonie, la cape rouge, sont partie du culte de Mithra.
… lequel culte de Mithra n’a pas été loin d’un succès qui aurait pu éclipser le christianisme naissant.
« Près de Madrid , il y a l’effigie d’un grand taureau , que l’on aperçoit en passant en voiture . » Il y en plein d’autres sur des points hauts : c’est une publicité pour un alcool…
Bel exemple de stratégie de diversion dans un Pays bien scindé en 2. Traditionnel et significatif. On ne pouvait tout de même pas ériger un groupe de chevaliers poursuivant des « maures ».
Il y a la statue du Sanglier des Ardennes à le limite de la Champagne et de l’Ardenne, entre Reims et Charleville, mais l’oeuvre ne se voit pas » du monde entier » comme le « taureau » proposé. Maintenant, pour une représentation de l’Espagne, la Fille ainée du Roi me convient parfaitement et pour une « icône » ( j’aime bien le mot dans le cas du taureau !), j’ai la basilique de la Sainte-Famille à Barcelone.
La Sagrada familia est déjà une icône, oui. Mais, ne se situe-t-elle pas en Catalogne, région qui aimerait pré dre son iinependance ?
On ne va pas écouter à chaque fois les déconstructeurs de nations pour élaborer un projet symbolique qui représenterait l’identité d’un peuple, même si cette identité n’est plus vécue en Espagne ,aujourd’hui, tout à fait de la même façon qu’hier .
Près de Madrid , il y a l’effigie d’un grand taureau , que l’on aperçoit en passant en voiture .
Pour moi la tauromachie fait partie des traditions représentatives de l’Espagne comme le flamenco et autres figures légendaires comme Don Quichotte .
Mais des gens préfèrent que l’Espagne soit assimilée aux fêtes technos mondialistes d’Ibiza , à la jet set de Marbella , à Barcelone et la Catalogne et ses régionalistes qui veulent faire sécession avec l’ Espagne attirés par les sirènes du mondialisme ?
Quelques précisions. La Tour Eiffel a pu être construite car … elle devait être démolie à la fin de l’exposition universelle. Et la référence à la statue de la liberté comme monumentale n’est pas des plus appropriée puisqu’elle ne mesure que 46 mètres, 80 si on prend en compte son socle.
Si vous reprenez les Unes de journaux à l’époque de la construction de la tour Eiffel, vous retrouverez les mêmes arguments contre ce monument. Aujourd’hui, elle est devenu un des symbole international du pays et qui demanderait sa destruction ? Il en sera de même du taureau… S’il voit le jour…
Puisque l’on parle d’interdiction de la corrida, une question à la quelle je voudrais bien avoir de réponses:
Quel taureau préfèreriez vous être sachant qu’un taureau élevé pour l’alimentation vit dans une étable, est castré avant de le devenir et passe à l’abattoir à 3 ans pour être mangé alors que le Taureau de corrida vit tranquille en liberté dans la nature pendant 5 ans avant d’aller dans une arène.
Alors ?……
Et vous, vous préféreriez quoi ?
Que l’on demande son avis au toro!
Plus précisément, le choix est entre des taureaux élevés en liberté dans de vastes prairies dont ils broutent l’herbe, « en famille » au milieu d’autres taureaux, de génisses et de taurillons, et des boeufs nourris, dans un espace restreint, de tourteaux de soja, voire de farines animales s’ils viennent de pays hors Union Européenne. Et quand ils passent à l’abattoir, si c’est en France, ils on de fortes « chances » d’être égorgés selon le rituel halal, qui leur fait passer un aussi mauvais quart d’heure qu’une estocade bien faite, suivie si besoin d’un descabello. Alors…
Belle idée , le taureau est bien l’animal totem de l’Espagne . Même si je ne suis pas adepte de la tauromachie j’approuve ce projet .
Moi aussi.
Personnellement ça ne me choque pas , mieux , ça me plaît ! Pourtant je suis un adepte de la Fondation B.Bardot . Paradoxe .
Paradoxal, effectivement. Je suis anti-corrida et anti souffrance animale et je pense que notre Brigitte nationale (Bardot, bien sûr ! ) n’approuve pas.
Je suis comme vous Lily.
Mme Bardot défend les animaux vivants et non ceux en métal.
Belle idée pour la patrie du flamenco et de la tauromachie
Olé.