[L’ÉTÉ BV] Telle la statue du Commandeur, trois poilus de 14 viennent de surgir !

« Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito », disait Einstein.
11 novembre poilu guerre 14 18
Cet article vous avait peut-être échappé. Nous vous proposons de le lire ou de le relire.
Cet article a été publié le 27/10/2024.

« Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito », disait Einstein.

Par hasard, en enfouissant une ligne électrique à Fleury-devant-Douamont, l’une des neuf communes meusiennes autour de Verdun déclarées « mortes pour la France », qui n’a pas été reconstruite, on vient de retrouver, la semaine dernière, les dépouilles de trois soldats français. Il n’est pas rare que l’on tombe, dans la région, sur des ossements ou des vestiges divers de la bataille de Verdun, mais il est assez rare d’y découvrir des squelettes entiers comme ceux-là. Ils étaient ensevelis les uns sur les autres. Deux avaient les jambes repliées, leur casque, leurs caisses de munitions et même une fiole d’alcool avec eux. L’un avait moins de 20 ans, le deuxième n’était pas trentenaire, le dernier était un adulte d’âge plus mûr. Leurs plaques sont abîmées mais les spécialistes ne désespèrent pas de les identifier et de retrouver la famille. Si ce n’est pas le cas dans les six mois, ils seront inhumés dignement, dans la nécropole voisine, avec leurs nombreux frères d’armes inconnus. Quant on sait qu’il était déjà parfois difficile de mettre un nom sur les blessés vivants… On se souvient d’Anthelme Mangin, dit « l’amnésique de Rodez », dont l’historien Jean-Yves Le Naour retrace le périple dans Le Soldat inconnu vivant (Fayard). Giraudoux en tira un roman - Siegfrid et le Limousin - et Anouilh une pièce de théâtre : Le Voyageur sans bagages.

Mercosur

Par hasard, il se trouve que la même semaine, le mouvement des agriculteurs en colère reprend, sur fond de Mercosur imminent. Leurs grands-parents ou arrière-grands-parents ont labouré tous les champs français, y compris ceux de bataille. La moitié des poilus étaient ruraux, la moitié de ceux qui sont morts en 18, des paysans. Entre 1914 et 1918, 550.000 agriculteurs sont tombés au combat, soit plus d’un tiers des pertes totales, 500.000 autres sont revenus blessés. Ils n’ont pas seulement irrigué notre terre de leur sueur mais aussi de leur sang. Statistiquement, au moins l’un des trois soldats retrouvés à Fleury-devant-Douaumont est un paysan.

Dans le recueil Paroles de poilus, il y a une lettre d'Henri Joseph Thomas, agriculteur à Saint-Georges-d’Espéranche (Isère). Il écrit à son fils Armand de 15 mois, au mois d’août 1915, et lui fait quelques recommandations : « Devenu un homme, sois du nombre de ceux qu’on appelle les honnêtes gens. » Et puis encore : « Rappelle-toi que le vrai bonheur ne se trouve pas dans la richesse et les honneurs, mais dans le devoir vaillamment accompli, et les bonnes actions. » Il sera tué, quelques mois plus tard, le 30 mars 1916, à Verdun. Pour son pays, pour l’avenir des siens, c'était en tout cas ce qu'on lui avait vendu. Pas, comme Flambeau de L’Aiglon, pour des prunes.

La terre et les morts

Leurs descendants les ont écoutés. Ils sont devenus des honnêtes gens. Ils ont choisi le devoir vaillamment accompli à la richesse et aux honneurs. Et puis leur lopin de terre, la douce lumière du soir près du feu qui réchauffait leur père et la troupe entière de leurs aïeuls, comme dans la chanson de Cabrel. Sauf que ce sol se dérobe sous leurs pieds. Les frontières pour lesquelles les poilus se sont battus mètre par mètre dans les tranchées ont été enfoncées par les traités de libre-échange, l’agriculture française est sacrifiée sur l’autel de l’industrie… allemande, et Notre-Dame-de-l’Europe, seul monument de Fleury-devant-Douaumont, bâti sur les ruines de l’ancienne église détruite, ressemble à la chapelle mortuaire de toutes les espérances. Le citoyen français doit devenir le nouveau voyageur sans bagage, ni racine, ni culture, au sens propre comme au sens figuré. « Les Français rêvent-ils d’être des radis ? », s’exaspérait, en 2015 sur son blog, Jacques Attali. Dans ce projet, forcément, le paysan fait tache.

Les accents barrésiens sont mal vus. Il n’empêche. Si nous ne nous rappelons plus la terre et les morts, ce sont la terre et les morts qui se rappellent à nous. Telle la statue du Commandeur. À la faveur, parfois, d'un bricolage électrique.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

53 commentaires

  1. Merci Gabrielle Cluzel pour cette piqûre de rappel, nous n’oublions pas mais, nous doutons qu’après-nous, d’autres se souviennent encore du martyr vécu des français de cette époque.

  2.  » N’oublie jamais l’arbre que tu es.
    Ne perds jamais contact avec ses racines, et laisse monter en toi sa sève et sa verticalité.  »
    Bernard Besret ( Ordre Cistercien )

  3. Très chers compatriotes ! Les français nés dans les années 50 n’ont pas oublier les gueules cassées , les invalides de guerre et tous ces anciens combattants . Ces survivants connus , respectés , dans tous les villages et petites villes de province étaient à 95 % issus du monde agricole . Les citadins des grandes villes , n’ont pas eu ce lien et la Gauche via l’Education nationale a tout fait pour faire oublier ce lien du sang versé , qui cimentait notre cohésion nationale . La Gauche ne fait table rase du passé , qu’à son avantage .

    • le passé de la gauche depuis cette guerre de 14 est tellement sombre qu’ils préfèrent l’oublier pour ne surtout pas être mis face à leurs bassesses
      françaises nées dans les années 50, en petite province voire campagne, nous sommes toujours vivants et c’est à nous de rappeler à nos enfants et petits enfants ce qu’était cette odieuse guerre qu’on a, certes, pas connue, mais qu’on a vécu dans notre chair par la perte de tous nos oncles, grands parents……
      il suffit d’aller, avec eux, fleurir leurs tombes (quand ils en ont eues une) et maintenir le souvenir : je viens d’offrir à mon petit fils de 10 ans, la valise en bois avec laquelle mon grand-père est parti à la guerre de 14, et sa médaille pour avoir pris un bois…..et je lui ai raconté l’histoire qu’il m’avait racontée puisque mon grand-père en est revenu après avoir été prisonier et effectuer 3 ans de travail forcé dans une ferme en allemagne

  4. Des jeunes gens fauchés avant d’avoir pu transmettre la vie à leur tour… Nous payons aujourd’hui la perte de cette génération qui n’a pu donner des enfants à la France. Trop de révolutions, d’émeutes, de guerres fratricides et génocidaires qui expliquent que le Français de souche soit si rare au point de se faire contester !

  5. Triste rappel de l’état actuel de la paysannerie française et de l’actualité récente avec ce personnage allumant sa cigarette à la flamme ( il n’avait pas les codes …)

  6. Tant qu’à citer Einstein, je préfère : « Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la quatrième. » Et en ce moment, de nombreux inconscients font tout pour préparer la troisième. La bonne manière de lutter contre les va-t-en-guerre russe n’est pas d’aller dans leur sens, mais de leur faucher l’herbe sous les pieds. J’ai discuté un peu avec des jeunes russes et eux ne voient pas l’intérêt d’aller se faire trouer la peau pour rien. Mais ils reconnaissent que chez les « vieux », la propagande veut un pouvoir fort. Non pas fort économiquement mais militairement. Il ne faut pas jouer leur jeu. On peut dépenser encore des milliards que l’on a pas pour nourrir l’industrie de l’armement, les russes feront pareil, jusqu’à l’éventuelle apocalypse. Proposons leur au contraire de désarmer, sous controle bilatéral. Nous n’avons pas besoin de Trump qui est un inconscient, nous avons besoin d’un futur sur notre continent. Et ce futur ne passe que par la demilitarisation de l’Europe et de la Russie. Si on supprime l’OTAN, que peut faire la Russie pour aller dans le même sens ?. A la place on a plein de petits chefs qui font tout pour préparer une guerre de multiples fois inutile. Nous n’avons aucun intérêt à attaquer et envahir la Russie, eux n’ont aucun intérêt à envahir des pays qui pourraient être des partenaires commerciaux, tous les peuples pourraient profiter utilement de l’argent dépensé en pure perte. Et le vrai problème n’est pas la Russie mais le grand sud. Il serait bien d’avoir des politiciens intelligents.

    • @ A Maury
      Renouer les liens précieux de l’amitié Franco Russe qui n’auraient jamais dû se rompre, et faire de la Russie l’alliée incontournable de l’Europe, voilà un programme intelligent et ambitieux pour construire l’avenir. Encore faut-il avoir les dirigeants à la hauteur de cet enjeu diplomatique et nécessaire.

  7. Merci Gabrielle pour nous rappeler que beaucoup d’hommes de la terre sont morts pendant la guerre de 14/18 et de nous faire encore d’écouvrir 3 soldats retrouver dans la terre de France.

  8. le hasard, la providence ou le miracle… tout dépend seulement de son niveau de croyance ou de foi en Dieu dont le nom est Yahweh, Yehovah, Jehovah.
    on peut souhaiter que cette découverte soit révélatrice d’un éveil des français

  9. Il y a peu, en rangeant des boîtes de vieux papiers et lettres qui m’avaient été remis par un tante j’ai retrouvé le courrier qu’entretenait mon arrière grand père avec son fils , prisonnier en Allemagne depuis 1916. J’ai le courrier ,tamponné par les allemands ,lorsque après 50 jours sans nouvelles , mon arrière grand père Louis apprend que son fils Paul est détenu par les allemand à Mederziveren . Après cette attente angoissante , en tant que père il ne cache pas qu’il est soulagé par la tournure des évènements ,son fils est certe prisonniers et le moral pour lui est au plus bas mais il est vivant et ne pourra pas mourrir car c’est toutes les semaines que le père Louis apprend dans la région ,des nouvelles de ceux des amis de Paul qui ne reviendront plus.
    Pendant sa longue captivité Paul écrit un recueil , » comment je fus fait prisonnier  » .Il raconte dans le détail cette expérience terrible comme Sergent sur le front près de Verdun , à la côte 304 entre Béthincourt et Esnes ses camarades du 90 ème d’infanterie et lui ont reçu pendant des semaines un déluge d’obus jour et nuit et après cela l’assaut des allemands contre des tranchées qui , n’étaent plus des abris car remplis de terre par l’explosion des obus , les marmites comme ils les appelaient.
    C’est Louis mon grand père qui imprima et publia le recueil de Paul son fils .
    J’ai été très ému de constater les liens si forts qui unissaient ce père à son fils .
    Et le niveau d’honnêteté morale des gens de cette époque . Je n’ai pas connu mon grand.père et bien sûr mais j’en sais un peu plus d’eux et je suis fier de mes aïeux.

  10. Peu importe l’époque le citoyen subit les manipulations des élites politico économiques. Aujourd’hui les traités tel que le Mercosur sacrifie les intérêts vitaux de nos agriculteurs sur l’autel de la mondialisation. J’ espère que la rentrée politique du mois prochain  »brasse » sérieusement les priorités notre état.

  11. Mon grand père parernel a fait les 4 années de la guerre 14-18. Étant agriculteur -charon il était illettré et ne savait pas envoyer de courrier. Il fut blessé 4 fois, rafistolé et remi au front à chaque fois, normal à l’époque c’était de la bonne « chair à canon ».. il fut gazé et décéda quelques années plus tard des suites de ces gaz dans de terribles souffrances. Mais quand je vois qu’un maghrébin ose allumer sa clope sur la tombe du soldat inconnu, cela me révolte. Les français ont la mémoire très courte et sélective. Pauvre France…..

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