Du Tarn-et-Garonne à Paris, la valse-hésitation des LR à l’heure des choix

Qui a demandé à Bardella d’entrer comme un mammouth laineux d’un autre âge dans le délicat magasin de porcelaine LR ?
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Dans le Tarn-et-Garonne, la gauche a mordu la poussière, ce dimanche. LFI et macronisme sont à terre. 10 % au premier tour de cette législative partielle pour le candidat EELV-LFI, 5 % pour le macroniste. En face, à droite, une poignée de main autour d’un mauvais vin et l’affaire est dans le sac : le candidat UDR, le parti d’Éric Ciotti, est élu haut la main et on n’en parle plus. Mais voilà, comme le raconte notre journaliste Sarah-Louise Guille, chez LR, on hésite. On fait le tour de l’établissement. On se planque. Au cas où. Le candidat local, injoignable, observe un silence prudent. On regarde, on réfléchit, on tergiverse, on joue sur les mots, sur les négations, sur les « Je n’ai pas dit cela ! » mais je ne dis pas le contraire. Donc, Bruno Retailleau jure la main sur le cœur qu’il appelle à voter contre la gauche, mais il ne va pas jusqu’à dire qu’on peut éventuellement voter pour le représentant du parti de son ancien collègue Éric Ciotti. La valse LR est étourdissante : un pas en avant, un pas en arrière, un pas sur le côté et on tourne. Sur le terrain, dans le Tarn-et-Garonne, le candidat LR a annoncé qu'il ne donnait... aucune consigne de vote. Éric Ciotti sera, ce mercredi, à Montauban pour soutenir son candidat : pour lui, LR et Retailleau prennent le risque de faire élire la socialiste, arrivée en seconde position avec près de 30 % des voix, et ainsi de « provoquer la victoire d'une députée soutenue par le PCF », résume Ciotti.

Magasin de porcelaine

On retrouve la subtilité de LR, d’un bout à l’autre du pays, du Tarn-et-Garonne à Paris. Retailleau assure qu’il pourrait participer à un gouvernement de cohabitation, façon Mitterrand-Chirac, chacun tirant le tapis. Mais sans le RN, bien sûr. Personne n’avait demandé à Bardella d’entrer comme un mammouth laineux d’un autre âge dans le délicat magasin de porcelaine LR. Ce mardi matin, sur BFM TV, le président du RN a pourtant franchi le seuil de ce salon où l’on cause subtil. « Je suis convaincu qu’aux Républicains, il y a une partie des militants, des sympathisants mais aussi des cadres et des parlementaires qui ne souhaitent pas, comme le fait monsieur Retailleau, se fondre dans le macronisme, lance Bardella. À ceux-là, je suis prêt à tendre la main sur un accord de gouvernement. » Une étape. Le RN, qui n’est pas réputé pour ouvrir très généreusement les bras aux petits partis plus libéraux que lui - ceux de Marion Maréchal, Éric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan - déroule un demi-tapis rouge aux LR.

Non sans montrer qui est le dominant et qui sera dominé… Bardella n’ouvrira les portes d’une alliance avec les LR que s’il en a vraiment besoin, s’il ne lui manque que quelques voix pour atteindre le seuil fatidique de 289 suffrages à l’Assemblée nationale - la majorité absolue. Autant signifier aux moins lucides des LR que le parti héritier de Chirac n’est plus qu’une force d’appoint à droite. Bardella converse, précise-t-il, avec des élus LR, il évoque même une fracture nette au sein des cadres LR sur le sujet du RN : le cordon sanitaire apparaît en pointillés, fragilisé. Ce n'est pas un secret : la poutre LR travaille dur.

« Marchepied du RN »

Le site de la chaîne Public Sénat confesse, ce mardi, de nombreux sénateurs LR. À la main tendue de Bardella, les sénateurs qui s’expriment répondent en tournant le dos au président du RN. « Vous savez bien que c’est hors de question. Les LR qui ont voulu faire ça ont rejoint Éric Ciotti. Ils sont hyper minoritaires. Ça n’a pas produit grand-chose pour Ciotti », balaie le sénateur Marc-Philippe Daubresse, sur le site de la chaîne. Et Max Brisson ajoute : « Notre objectif n’est pas de servir de courte échelle au RN, d’être le marchepied du RN. C’est d’avoir le plus de députés possible. Certainement pas d’être les supplétifs du RN. »  Plus pragmatique que les autres, l'ancienne porte-parole du gouvernement Sophie Primas a ouvert la porte aux discussions avec le RN, avant de se faire agonir dans son parti.

D’autres ont conscience que leur parti est « fragile »… il faut le protéger. La France, elle, ne semble pas au centre du sujet. Les Républicains devraient se demander ce que penseront les électeurs de droite lorsque le pouvoir tombera entre les mains d’une gauche devenue folle mais prête à s’unir coûte que coûte, quitte à piétiner un par un tous les principes dont elle se drape depuis des décennies. Pour accélérer la ruine du pays.

Macron ou Bardella ? Il faudra remercier le Président d’avoir présenté aux Français et aux LR, au terme de ses errances politiques destructrices, un révélateur aussi puissant de l’attachement ou non de nos élus aux intérêts supérieurs du pays.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

122 commentaires

  1. Et si on essayait l’I.A. à la tête de l’état, peut-être est-elle dépourvue d’égo ? Car c’est l’égo des uns et des autres qui nous tue. En tête de liste Marine Le Pen qui ne veut pas comprendre qu’elle a fait élire deux fois Macron tout simplement parce que certains, à droite, ne voteront jamais Le Pen. Je crois que même Bardella l’a compris. Ensuite, même égo surdimensionné chez Retailleau. Donc la défaite de la droite assurée. Mais ceux d’en face ne sont pas dépourvus d’égo non plus. Mélenchon me fait penser à Raminagrobis. Toutes griffes dehors depuis des mois, le voilà qui se transforme, hier, en bon gros chat respectueux de l’ordre et des institutions dans l’espoir d’obtenir le pouvoir dont il êve depuis si longtemps. Franchement, je n’en peux plus.

    • En privé,Bardella,et même Chenu,voyaient souvent Z et S Knafo.Jusqu’au moment où MLP,qui déteste Z,lequel lui faisait de l’ombre à l’époque,leur a intimé l’ordre de mettre un terme à ces retrouvailles.Considérant que leur carrière politique serait mieux soutenue au RN,ils ont suivi la Bretonne,faisant fi de leurs convictions politiques profondes.C’est en tout cas ce qu’écrivait Z dans son dernier ouvrage.A priori,les deux personnages cités n’ont jamais démenti.

  2. LR c’est l’UMPS c’est Sarkozy (traité de Lisbonne de 2005) c’est la drouache.
    Un parti perfide.
    Aucune confiance.

  3. Les cadres LR ,je ne parle donc pas des sympathisants,sont en fait des UMPS bis Ils préfèreront toujours pactiser dans l’ombre avec la gauche,ne serait ce que par le jeu des désistements.Pas question pour eux de passer accords avec un RN ,fût til devenu centrriste,vu qu’il se dit ni de droite ni de gauche.Et puis ,je ne cesserai jamais de le rappeler,souvenons du parrainage que le LR D.Lisnart avait accordé à Mélanchon,dont on connait les positions droitières…..Ralliement idéologique larvé ou fraternité maçonnique ?

  4. Taïaut! Taïaut! Taïaut c’est cuicui pour Bruno. Après avoir dynamité le gouvernement éphéméroptère, il tente de se raccrocher aux branches qu’il vient de scier tandis que juste au dessous se tient Lecornu pas encore parti. Le choc risque d’être pour le moins perforant dans les rangs du parti, mais surtout dans les urnes en cas de dissolution. Un premier sondage donne son parti à 13% soit une élimination massive au premier round et un chaos au second. On le pensait droit comme un I, mais il ondule comme Kaa face au Mowgli de la jungle macronniste. Adieu Berte la présidence un temps espérée et retour rue de Vaugirard pour se faire gronder par papa Larcher.

  5. Le RN ne parviendra pas à diriger ce pays seul. Il faut une plateforme de gouvernement, ce qui permettrait au RN de revenir sur certaines de ses proposions économiques irréalistes, sans dommages. .

  6. La droite ne pourra arriver au pouvoir qu’unie. A gauche, sans vergogne depuis Mitrand, on s’allie avec les communistes et maintenant les islamo-gaucho lfistes et ça passe crème. Mais dès lors qu’il s’agit d’imaginer une alliance des droites les anathèmes ressortent :  » faites ce que je dis et pas ce que je fais ». Combien de temps encore la droite va-t-elle se faire dicter sa conduite par les escrocs de gauche ?

  7. A lire les sénateurs LR qu’ils ne sont pas le marche pied du RN mais ils sont la béquille de macron.

  8. Le choix au second tour pourrait nous montrer que ce ne sont pas les partis qui votent mais les électeurs. Et qu’il faudra bien que les partis les suivent, en dehors de l’équation dominants-domines. D’autant que, selon la théorie des fluides et des vases communicants, l’électeur de droite passe de LR à RN avec un zèle zemmourien des plus parfaits, quand il ne fait pas une halte salutaire chez Mme Knafo.

    • Mme Knafo ,est souverainiste nationaliste.Sa ligne politique est peu ou prou la même que celle de De Villiers,qui a choisi,après les déboires de R!,qu’il avait soutenu,de s’éloigner officiellement de la politique,tout en militant toujours ,mais en utilisant le seul média CNews pour défendre ses idées.A cet égard,il remplace Zemmour sur ce créneau éditorialiste droitier.

  9. Les LR abritent encore trop de centristes. B Retailleau doit passer des accords avec les autres partis de la vraie droite et avec le RN. Ceux qui ne sont pas d’accord rejoindront leurs amis du socle commun bientôt sans socle… Il réussirait ainsi à assainir son parti en clarifiant sa ligne politique et poserait la 1ere pierre de l’union des droites que tous les électeurs de droite espèrent y compris les siens. On ne lui demande pas de se dissoudre comme il dit mais passer des accords permettant l’élection d’un maximum d’élus patriotes. Lors des législatives de 2024 ils se sont trompé lourdement en faisant barrage au RN . La situation actuelle est aussi le résultat de cette erreur. Si le front républicain avait fait barrage à la gauche on n’en serait pas là et on aurait aujourd’hui une majorité de droite à l’AN et non pas des écervelés qui déshonorent la France. Qu’ils ne reproduisent pas 2 fois la même erreur ! Allez monsieur Retailleau un peu de courage ! Il suffit d’un geste pour faire sauter le verrou. Et en plus vous seriez l’artisan de cette union des droites tant attendue. Quel tremplin pour 2027!

  10. Le problème de l’union de droite vient de LR et non du RN. LR un parti des perdants et des traitres.

  11. Retailleau, le parfait LR.
    Retailleau a pensé faire un coup politique en acceptant de collaborer avec Macron.
    Retailleau a parlé beaucoup, trop même, n’ayant pas les mains libres, mais menottées par Macron et son gang.
    Maintenant, réélu ministre pour 12 heure avec son ex « collègue » l’ex second Mozart financier, l’écrivain Lemaire, ainsi qu’une petite poignée de mediocres personnages, les LR paient très cher leur collusion macronienne !
    Retailleau espéré Matignon et être le 9ème premier ministre de Macron, c’est raté !
    Maintenant, il nous explique ne pas avoir été informé sur la nomination Lemaire, et exécute un double salchow, fait un autre coup politique en faisant tomber le 8ème gouvernement macroniste !
    La première partie du double salchow a bien été exécutée, à la seconde il s’est ramassé !
    Retailleau pensait décorer le LR de la médaille d’or, il n’a même plus la confiance ni d’une grande partie des LR, ni des français.
    Monsieur Retailleau, pour arriver à l’Élysée il faut un parti solide derrière soi, seulement voilà, les LR ne plaisent plus aux français, résultat ils boudent.

  12. Les LR sont devenus le parti du grand n’importe quoi, quand je pense qu’après le RPR, l’UMP, j’ai adhéré a ca parti, donné de l’argent, aveugle que j’étais.
    Aujourd’hui nous avons besoin d’hommes politiques capables de donner un budget a la France et gérer les affaires courantes en attendant soit une dissolution, soit une démission du Président qui pour nos institutions ne serait peut-être pas là meilleure des choses.
    Mais chez LR on est incapable de se concentrer sur l’essentiel, sur le vital, et accepter des compromis « d’apaisement  » en attendant que le ciel s’éclairecise.
    C’est une honte LR n’est plus un parti de gouvernement, Retailleau restera le fossoyeur de LR

  13. s’il faut revoter , pas de vote des traitres LR mais union des droites : UDR , RN , Reconquête , Debout la France , Marion Maréchal , Philippot , Asselineau etc , il n’y a que ça pour sauver la FRANCE !

  14. Le le ont tout fait, tout trahi et se voient encore prendre l’Élysée, leur jugement est tellement erroné qu’ils avaient choisi Pecresse pour taquiner par le bas les 5%. La confiance , ça met des années à se gagner et un clin d’œil à se perdre.

  15. Que prétendent les LR avec leurs tergiversations ? Ciotti a franchi le pas, honnêtement, à visage découvert, sans arrières pensées. Il est suivi, il a une ligne claire. Ce n’est pas pour autant qu’il ne dort pas la nuit pour s’être rapproché du RN.
    Les LR sont à cheval sur leurs principes au détriment d’une vision sur le redressement de la France. Le RN serait de gauche. Le RN aurait une politique économique désastreuse. Mais qu’attendent les LR pour convaincre de leur dite « bien-pensance » ? Pour se rapprocher du RN et dialoguer sur ce fameux programme économique désastreux? Nous avons le sentiment que leurs arguties ne tiennent pas la route. Ils n’osent pas les confronter. C’est cela gouverner, fuir le débat ? Non, ce n’est pas pour demain que les LR vont reconquérir des électeurs. Trop imprévisibles. Trop disposés à se prostituer avec le centre. Trop disposés à flirter avec les socialistes. Les LR, c’est UMP du passé. Un pied au centre, la pointe de l’autre pied sur la droite.

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